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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


«Haïti est loin d’avoir la transition démocratique», un titre du Nouvelliste

Publié par siel sur 7 Avril 2015, 11:10am

Catégories : #REFLEXIONS perso

Le hic c'et que une transition démocratique on ne l'a pas. On la fait.

C'est un chemin vers une direction : l'instauration d'un Etat de droit.

Il semblerait que bon nombre d'Haïtiens aient crû qu'il suffirait "d'avoir" des élections pour que Klik klak kodak, surgisse un Etat démocratique.

Or, il existe un raport de force entre ceux de l'ancien système dictatorial qui ont bien vécu sous ce régime et  s'accrochent comme des forcenés à cet ordre et ceux qui ont le désir de construire un pays régi par des lois respectées par tous, du gwo zouzoun au maigrelet prolétaire.

Après 29 ans de dictature auxquels ont succédé des régimes militaires, le rapport de force n'était pas en faveur des progressistes.

L'ensemble de la machine de l'Etat était aux mains des réactionnaires, du petit employé duvaliériste attaché à ses petits privilèges, à la grosse pintade arrogante dans l'incapacité d'accepter du jour au lendemain de ne plus pouvoir sortir son revolver ou son Uzzi pour régler ses problèmes, ne serait-ce que  ceux de voisinage.

Les tenants du "fèmen djol" ou du "Pa foure bouch ou nan sa ki pa gadew" étant totalement allergiques à la notion démocratique  de" tout moun se moun", ont agi avec constance, aidés par la CI, à  mettre des rouages dans cette transition démocratique de manière à la faire échouer.

 

Les Duvaliéristes après Duvalier, est un livre écrit par un Français, Gérard Barthélémy. Il est sorti en 1992 aux Editions de l'Harmattan.

La lecture de ce livre m'avait beaucoup marquée. J'avais compris, dès cette époque, à partir des reflexions de l'auteur qu'on était mal barré.

En effet,  Barthélémy expliquait clairement  qu'à partir du moment où aucune justice n'était exercée contre ceux-là responsables de crimes odieux durant les 2 régimes duvaliéristes,  ils continueraient à jouer les trouble-fête (coups d'Etat, assassinats, financement de gangs, kidnappings)  pour barrer le chemin de la démocratie, jusqu'à créer,  à force d'organiser le désordre, une situation chaotique qui leur permettrait de revenir au pouvoir.

 

«Haïti est loin d’avoir la transition démocratique», un titre du Nouvelliste

A mon avis, il n'y a pas eu beaucoup de responsables politiques progressistes qui ont  pris le temps de lire ce livre. L'eussent-ils fait que bien des pièges aureient pu être évités.

Mais à cette époque, enivrés par leur victoire,  ils ont totalement sous-estimé le poids de l'alliance entre les réactionnaires duvaliéristes et Washington. Ils ont de bonne foi pensé que le train arriverait à destination. Sans penser que des déraillements pourraient être provoqués.

 

Les faits se sont déroulés comme prévus par Barthélémy.

A partir de 2004, les duvaliéristes, via Latortue, puis Préval en 2006,  rentrent en scène. En 2011, ils sont placés au pouvoir  par le biais d'élections truquées. Un ancien macoute, sympathisant des criminels du Fraph, est mis à la tête de l'Etat haïtien.

En dehors du sénateur Moïse Jean-Charles, - qui dès le départ dénonce l'arnaque- des 6 sénateurs dits nuisbles, qualifiés de cafards par un médecin qui mange pour 4,  actuellement nommé au Fonds d'aide sociale ( quelle ironie !) et des 2 avocats pauvres, plus pauvres que son enfant, dixit le  Président, l'ensemble de la société dite des élites : cadres, intellectuels, journalistes, artistes, ont accueilli avec un grand enthousiasme ce président sélectionné par la CI.

Du jour au lendemain, ils  se sont mis à arborer chemise et bracelets roses en signe d'allégeance. Les bâtiments publics du pays sont peinturlurés en rose, comme cela se doit dans toute dictature qui se respecte et où le chef suprême considère le bien commun comme son bien personnel. 

 

Le rose étant la couleur de Martelly, les fonctionnaires, les ministres, les batiments se devaient d'être à cette couleur.

Un délire !

Auquel ont participé et participent encore, les cadres et hauts fonctionnaires de ce pays.

Comme je l'ai signalé à plusieurs reprises et récemment ici, toute la gente qui a boycotté la transition démocratique pendant vingt cinq ans, s'est transformée  par un tour de passe-passe grand guignolesque et méchant, en passant du bleu/makout au rose/raket, en chantres de la démocratie.

Comment et pourquoi les Haïtiens ont accepté cette mystification, fabriquée par l'international pour organiser leur mainmise sur le pays  ?

Je ne parle pas de  la majorité de la population, laquelle, depuis nanni nannan se tient loin des guignols, comédiens et madigra appointés par la CI- mais des, disons, 10% de personnes plus ou moins lettrées qui se sont bousculées pour recevoir les honneurs, décorations et postes des Tèt Kale.

 

Chacun a beau me donner l'explication du ventre qui commande, des USA qui punissent, des commerçants qui donnent ou refusent des pubs aux radios, de la peur des exactions des milices pro-Martelly et le reste....

Je ne comprends toujours pas comment : des taxes illégales prélevées sur la diaspora, des agents intérimaires remplaçant des maires, des abus notoires, constants et répertoriés comme le budget alloué à la femme et au fils du président, des gens qui se considèrent comme l'intelligentsia du pays ont pû accepter de laisser cette équipe avancer dans ce projet de dap-piyan du pays...  jusqu'à en arriver  à ce que ce président roz gouverne par décrets.

 

C'est vrai que la MInustah, l'OEA, les USA, l' Espagne, l'Allemagne, la France, l'UE, le Core Group, le Club de Madrid, le Pape et les évêques, les pasteurs et les hougans, les commerçants et les trafiquants en tous genres le protègent. C'est dans l'ordre des choses. Les mêmes ont soutenu Pinochet, Bautista, Trujillo, Franco and co.

Malgré cette coalition des puissants, on aurait pu espérer que ceux qui dans la diaspora, intellectuels et média,  ne dépendant pas directement pour leur gagne pain de l'ensemble de ces entités, seraient montés au créneau, auraient constitué des groupes de pression pour lutter contre ces dysfonctionnements  évidents et connus de tous.

Que les auditeurs lambda de Radio Vison 2000 à l'écoute se laissent manipuler par les discours anesthésiants du style " di tan divalye" propagés sur ces ondes, c'est une chose; mais que des personnalités qui ont connu ce régime et ont dû le fuir puissent accepter sans mot dire et maudire que les héritiers de ce régime fassent main basse sur le pays et se présentent aux jeunes générations non informées ou désinformées comme des petits Jésus dans la crêche, c'est carrément incompréhensible.

LA CI agite les hommes et femmes politiques haïtiens comme des marionettes. C'est sûr. Mais elle le fait d'autant plus qu'il existe en face d'elle peu de voix pour s'opposer à ses manigances.

 

Le vide est tel, que cette CI, avec son bras armé la Minustah, pourrait décider, sans que personne ne bouge, du jour au lendemain,  d'imposer au pays un président venu de l'Arkansas, comme Clinton si l'idée lui prenait de devenir président d'Haïti.

Vous aurez compris que je m'interroge sur cette servitude volontaire, cette pulsion pathologique des élites haïtiennes pour la soumission et les bénéfices que chacun personnellement escompte en tirer.

Que des ministres, des cadres, des étudiants, des artistes, des intellectuels puissent se balader avec des bracelets roses au bras, c'est bien évidemment grotesque. Mais au delà de l'absurde, c'est l'aspect de cette absence de respect de soi, de cette indignité portée comme une légion d'honneur au veston qui à de quoi désemparer.

 

En fait, ce que je tente de dire - la pensée allant par tatonnements- c'est ma stupéfaction totale/capitale  devant la démence instutionnalisée, érigée en règle de conduite.

Cette même démence qui a été la matrice du régime des Duvalier se retrouve chez les Tèt Kale.

Et, l'on aurait pu penser que des intellectuels éclairés en auraient reconnu les signes - y compris les plus jeunes qui n'ont pas vécu cette époque, mais qui à travers livres et témoignages sur les Boss Pent et autres figures du duvaliérisme pouvaient en avoir une idée. 

La démence c'est l'image que dès l'indépendance, les Occidentaux ont collé aux Haïtiens. Et les Haïtiens - encore une fois je parle des élites- se sont complus à la reprendre, à la véhiculer et à l'entretenir.

De sorte que l'apogée de cette démence est d'avoir un président roi du konpa, dont le métier est de faire danser des foules misérables et de les rabaisser à coup de paroles grivoises. Il est servi dans son entreprise, comme les 2 Duvalier l'ont été, par des lettrés qui apportent leur caution à cette nef des fous.

Ce retour à la démence,  la joie qu'il semble procurer à ceux qui ont été élus ministres, aux fonctionnaires et aux députés, sénateurs, journalistes et société civile;  et dont témoignent les partisans des Tèt Kale sur le net, est particulièrement inquiétant parce qu'il porte le masque hideux de la mort d'une société.

Le stand de carnaval à 450 000 $ de Martelly et l'accident mortel arrivé lors de cet événement, les cérémonies  organisées en grande pompe et le silence par la suite,  l'ensemble relève de cette démence institutionnalisée.

 

 

 

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