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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Haïti et l’Afrique Noire: de la primauté à la marginalité, du modèle au contre-modèle (2) -Par André Ntonfo

Publié par André Ntonfo sur 22 Juin 2015, 09:00am

Catégories : #CULTURE

Nous poursuivons la diffusion de l'article de M. André Ntonfo  dont on peut lire le début ici.

Je vous signale que Silencing the past ( Faire le silence sur le passé) titre  du livre de M. Ralph Trouillot cité par l'auteur, est un livre qui devra être traduit en créole et mis au programme dans l'enseignement de l'Histoire et de la Philosophie.

Un grand travail de traduction en créole d'ouvrages - pas seulement écrits par des Haïtiens- est à venir. Et ça c'est exitant et une bonne nouvelle pour les enfants d'Haïti qui pourront aller à la découverte des multiples facettes du monde et sortir de l'univers carcéral univoque du français.

 

Faire le silence sur le passé, reste la stratégie utilisée encore aujourd'hui  par les ex-empires coloniaux et esclavagistes. Ils sont aidés en cela par les zentellectuels, chiens de garde du système.

Un schéma à plusieurs égards similaire à celui utilisé pour faire en sorte que de modèle Haïti  avec sa révolution anti-esclavagiste devienne un contre-modèle. La démocratie est devenue en Haïti un contre-modèle.

L'histoire post dictatoriale d'Haïti de 1986 à aujourd'hui racontée par ces zentellectuels est pleine de trous et d'omissions qui permettent de focaliser sur les échecs et de passer par dessus les obstacles sciemment  mis pour faire échouer la transition démocratique.

 

De sorte que les femmes et hommes, issus de tous les milieux sociaux,  qui se sont bagarrés pour s'extraire de la fange duvaliériste avec ni armes, ni fric, sont présentés à l'inverse par ces mêmes zentellectuels dans une généralisation dont ils ont le secret, comme des salauds, des criminels.

Les bons étant les duvaliéristes, pourtant entièrement responsables de cet échec qui eux, avec armes et argent, ont constamment, dès 1986, court-circuité le processus de rupture avec la dictature (avec le soutien bien évidemment de la RD et de la CI). 

 

Combien de fois, n'avons-nous pas entendu de la bouche d'un quidam originaire des Antilles françaises ou de la Guyane : quand on voit ce que l'indépendance a apporté à Haïti c'est à se demander si cela valait la peine.

Parce que bien évidemment, les Noirs de la Caraïbe sont soumis via l'éducation, à cette même représentation de l'histoire qui passe sous silence le combat acharné des Occidentaux pour empêcher Haïti de se développer et de réussir son projet d'une société juste, équitable, respectueuse des droits de ses citoyens et prospère.

L'offensive de 2004 - soit-disant pour chasser un dictateur pire qu'Hitler, un Attila qui brûle tout sur son passage ( malheureusement M. Antonin connaît partiellement l'histoire d'Attila qui n'était pas seulement un redoutable chef mais par ailleurs était l'un des guerriers les plus cultivés, tolérants et austère parmi ceux qui bataillaient à cette époque- mais comme d'hab, il a repris l'histoire occidentale de démonisation de tout ce qui est non-Blanc - Attila étant asiatique)  -n''avait pas d'autre objectif que d'humilier, une fois de plus, la nation, de renforcer son image diabolique au regard du monde, de l'installer dans la durée dans une néo-colonisation ouverte et directe.

Les Khímaira (sorte de monstre composite animal dans la mythologie gréco-latine), les dites "chimères",  des éléments du lumpen-prolétariat qui se vendent à qui payent, ont été actionnées par les "daemon" (esprits malfaisants dans la mythologie grecque), c'est à dire par ceux qui ont l'argent et les armes, étrangers et nationaux, avec la complicité agissante des plumitifs, artistes, associations, étudiants. Bref, tous ceux qui se positionnent en "save".

Une coaliton d'éléments rétrogrades, récurrente  dans l'histoire d'Haïti qui, comme souligné par l'auteur a commençé dès l'indépendance. Et a poursuivi, sans honte et sans remords, son chemin dans la décadence jusqu'à aboutir à l'occupation du pays par la Minustah demandée par les autorités haïtiennes et au régime folklorique et prédateur des Tèt Kale imposé par la CI.

Après le tremblement de terre

Après le tremblement de terre

2 De la reconnaissance de la Primauté d’Haïti  

2.1 À l’affirmation de sa déchéance 

 

   La primauté d’Haïti, en tant que Première République Noire - d’aucuns diraient « La Fille aînée de l’Afrique » - pour avoir conquis son indépendance dès 1804, a été maintes fois affirmée et par des voix éclairées. On pense certes d’abord au vers fameux d’Aimé Césaire dans Cahier d’un retour au pays natal: Haïti où la Négritude se mis debout pour la première fois, et dit qu’elle croyait à son humanité (CÉSAIRE, 1975, p. 24). 

 

  Mais près de 50 ans avant Césaire, Hannibal Price, un essayiste haïtien, écrivait déjà dans son ouvrage resté célèbre, à savoir De la réhabilitation de la race noire par la République d’Haïti: 

 

Je suis d’Haïti, la Mecque, la Judée de la race noire, le 

pays où […] doit aller en pèlerinage, au moins une fois 

dans sa vie, tout homme ayant du sang africain dans 

ses artères. Car c’est là que le Nègre s’est fait homme, 

c’est là qu’en brisant ses fers, il a condamné 

irrévocablement l’esclavage dans tout le nouveau 

monde (HANNIBAL PRICE, 1900, p. 8). 

 

 

Enfin, plus proche de nous, Edouard Glissant ne dit pas autre chose dans Le Discours antillais quand il affirme, et dans ce style elliptique qui lui est propre: 

 

Haïti (Saint-Domingue). Probablement la nouvelle 

« terre-mère ». Parce que s’y sont rencontrées, et là 

seulement, les conditions de la survie organisée et 

l’affirmation politique (révolutionnaire) qui en 

découle. La démesure du sous-développement et les 

extrémités macoutiques ont fait régresser ce pays en 

deçà de toute évaluation possible. Mais Haïti garde 

une force née de la mémoire historique dont tous les 

Antillais auront un jour besoin (GLISSANT, 1982, p. 

164). 

 

       On pourrait dire dont tous Noirs aurons un jour besoin. 

 

      Malheureusement, ce rôle de pionnière et de précurseur, cette place de choix ainsi reconnue à Haïti dans le devenir du monde noir n’a pas fait long feu et n’a pas prêté à conséquence, en commençant par cette Haïti même où les fruits de la liberté conquise n’ont pas tenu la promesse des fleurs. En d’autres termes, la victoire retentissante remportée sur le monde esclavagiste n’a pas apporté le mieux être et les bouleversements promis par les pères fondateurs et notamment par Jean Jacques Dessalines. C’est que très rapidement le vers s’est installé dans le fruit de l’indépendance. 

 

 

       A ce propos, il est significatif que ce soit encore Aimé Césaire qui ait le mieux illustré le faux départ de la République Noire dans sa pièce à succèsLa Tragédie du Roi Christophe (1963). Il est significatif que ce soit encore dans l’expérience haïtienne qu’il ait puisé pour tirer la sonnette d’alarme, à travers cette pièce qui aura été l’une des plus représentée en Afrique Francophone dans les années 1970, devant les dérapages affichés par les nations africaines subsahariennes aux premières heures de l’indépendance. En effet, une lecture de cette pièce sous l’angle de l’identification du champ référentiel, montre qu’elle projette aussi bien Haïti que l’Afrique subsaharienne des première années de l’indépendance, et même par rapport à l’actualité.

 

    Ce que Haïti vivait sous le règne de François Duvalier dans les années 1960 était-il si différent de ce qui se passait dans les dictatures africaines naissantes ? En fait donc la pièce de Césaire nous permettait déjà de réaliser que l’Afrique reproduisait pratiquement point par point ce que Haïti avait connu et même continuait à vivre, que leur destin se rejoignait dans une sorte de négativité envahissante. Ainsi donc, du modèle qu’elle aurait du être, en tant que colonie ayant inauguré, et avec succès, la lutte pour la liberté et la dignité de l’homme noir, Haïti a été transformé en un contre- modèle. Mais quel processus a conduit à une telle situation. C’est là 

l’interrogation à laquelle il convient de tenter de répondre. 

 

 

3 La République Noire dans la conscience collective euro- américaine: comment l’impensable engendre l’inacceptable 

 

      Les planteurs d’Haïti, et plus encore les habitants de la métropole, étaient loin d’imaginer, à la veille de l’insurrection déclenchée en 1791 par les esclaves noirs, qu’elle mènerait à l’abolition dès1793 et à l’indépendance en 1804, sous le commandement de « nègres à grands talents » que furent Toussaint Louverture, Jean Jacques Dessalines, Henri Christophe, Alexandre Pétion et tant d’autres, anonymes, mais tout aussi valeureux. En effet, en une décennie à peine ils réalisèrent ce qui relevait d’autant plus de l’impensable que la littérature et les témoignages de l’époque sur l’univers des plantations et la psychologie des esclaves, de même que sur leurs rapports avec les maîtres, ne laissaient point présager une contestation d’une telle ampleur et 

d’une telle violence. En témoignent ces propos d’un planteur des environs du Cap Haïtien qui écrivait à son épouse en métropole la veille même de 1791, propos rapportés par Michel Rolph Trouillot dans son magnifique ouvrage Silencing the Past, Power and the Production of History2

 

  We have nothing to fear on the part of Negroes. They are tranquil and obedient […] and always will be. We sleep with doors and windows wide open. Freedom for Negroes is a chimera (TROUILLOT, 1996, p. 90). 

 

(Nous n’avons rien à craindre de la part de nos nègres. Ils sont tranquilles et obéissants […] et le seront toujours. Nous dormons avec les portes et fenêtres largement ouvertes. La liberté pour les Nègres est une chimère). 

 

   En effet, il était communément admis pour les maîtres, en dépit du phénomène du marronnage dont ils s’obstinaient à nier l’ampleur et l’essence révolutionnaire, que toute aspiration collective à la liberté n’effleurait point l’esprit des esclaves des plantations. 

 

   Aussi, est-ce tout naturellement qu’en Europe, et notamment en France, on a refusé d’accepter le fait accompli, et pour cause, même ceux qui passaient pour être les amis des Noirs, étaient loin de les imaginer capables des hauts faits dont les nouvelles parvenaient de la colonie. A preuve, ces propos de Jean Pierre Bissot, un de ces amis des Noirs, tenus du haut même de l’Assemblée Nationale Française, tels que rapportés encore par Michel Rolph Trouillot dans Silencing the past:

     

      He outlined the reasons why the news had to be false. a) Anyone who knew the Blacks had to realize it was simply impossible for fifty thousand of them to get together so fast and act in concert. b) Slaves could not conceive of rebellion on their own, and mulatoes and whites were not so insane as to incite them to full-scale violence; c) even if the slaves had rebelled in such 

huge numbers, the superior French troops would have defeated them. 

 

     (Il souligna les raisons pour lesquelles les nouvelles devaient être fausses. a) Quiconque connaissaient les noirs devait comprendre qu’il était tout simplement impossible pour cinquante mille d’entre eux de se rassembler aussi rapidement et d’agir de concert. b) Les esclaves ne 

pouvaient concevoir une rébellion d’eux-mêmes, et les mulâtres et les blancs n’étaient pas si fous pour les pousser à une violence totale. c) Même si les esclaves s’étaient révoltés en si grands nombres, les troupes françaises, nécessairement supérieures, les auraient vaincus.) (TROUILLOT, 1996, p. 91). 

 

  Et Michel Rolph Trouillot d’ajouter: With such friends, revolution did not need enemies. (Avec de tels amis, la révolution n’avait pas besoin d’avoir des ennemis) (TROUILLOT, 1996, p. 91). Mais c’est là une autre question. 

 

 

    Ainsi donc, devant l’inattendu, voire l’impensable devenu réalité, le monde esclavagiste, la France en tête, va s’organiser pour donner la réplique. Car, quand se fut évanoui le rêve de Napoléon Bonaparte d’effacer, militairement, l’affront de ce que Emile Roumer a appelé « le premier Dien Bien Phu de l’Histoire »3, c’est-à-dire le premier cas d’une armée de colonisés (esclaves) écrasant une armée de colonisateurs, quand se fut donc évanoui le rêve, il fallut inventer d’autres stratégies contre cette République d’Haïti que l’on considérait comme un intrus dans le monde libre. 

 

    Dès lors le premier objectif affiché fut clair, à savoir préserver les autres colonies et états esclavagistes de la région de «cette peste libérale » qui s’était déclarée en Haïti, empêcher que la révolution haïtienne n’y résonnât comme un tocsin appelant à la révolte ceux qui avaient encore l’échine courbée. Pour cela il fallut trouver les moyens de couvrir l’exploit de la République Noire d’une énorme chape de silence. La représentation négative que l’on en faisait, notamment aux Etats-Unis, est parfaitement résumé dans ces propos d’un Sénateur américain s’insurgeant contre l’idée de l’admission d’Haïti au Congrès de Panama en 1826, propos que rapporte Hoggar Nicolas dans son ouvrage, L’Occupation américaine de 1915 en Haïti : la revanche de 

l’Histoire: 

 

    Les Etats-Unis ne recevront pas ces consuls mulâtres et ces Ambassadeurs noirs dont la présence au Congrès fournira à leurs congénères des Etats-Unis « la preuve par neuf » des honneurs qui les attendent s’ils tentaient un effort similaire. Nous ne permettrons pas que la paix de onze Etats soit troublée par l’exhibition des fruits d’une insurrection nègre qui a réussi, et que pour avoir assassiné leurs maîtres, ces anciens esclaves nègres puissent trouver des amis blancs aux Etats-Unis (HOGGAR NICOLAS, 1947, p. 43). 

 

 

Voilà qui était clair quant à l’estime dans laquelle on tenait la République Noire. Haïti fut victime d’ostracisme et d’humiliation de toutes sortes de la part de tous ceux qui avaient intérêt à projeter d’elle une image négative. 

C’est ainsi que la France, pendant plus de 20 ans, refusa d’accepter l’idée de la perte définitive de son ancienne colonie, qui plus est la plus prospère, et partant de reconnaître son statut de nation indépendante. Malheureusement, la tâche lui fut en cela d’autant plus facilitée qu’elle eu 

affaire, dans ces premières années de l’indépendance, à un pouvoir mulâtre particulièrement obsédé par l’idée d’une nation haïtienne répondant aux canons européens de la civilisation, un pouvoir en somme prêt a brader l’indépendance à l’ancienne métropole.  (A suivre )

 

                                                 

2 Cet ouvrage représente sans doute l’une des publications les plus significatives qui aient jamais été consacrés à la révolution haïtienne. Il s’agit d’une magistrale démonstration de la capacité des grandes puissances à organiser le silence sur les aspects de l’Histoire qui pourraient fonder une quelconque remise en question. 

 

 

3  Pour Emile Roumer, poète indigéniste haïtien, c’est par refus de reconnaître la révolution haïtienne que l’on a toujours considéré la défaite de l’armée française à Dien Bien Phu (Indochine) en 1954, comme la première défaite d’une armée de colonisateurs européens contre une armée de colonisés indigènes. Ceux d’Haïti avaient en effet déjà réalisé l’enploit exactement 150 ans auparavant. 

 

 

 

 

 

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