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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Le leadership haitien existe t-il ? Par Pascale Doresca

Publié par Pascale Doresca sur 6 Juillet 2015, 17:35pm

Catégories : #LU SUR LE NET

Une photo du leadership qui  pourrait laisser croire à une bande de quartier s'apprêtant à aller confronter une autre

Une photo du leadership qui pourrait laisser croire à une bande de quartier s'apprêtant à aller confronter une autre

En vérité je n’ai jamais fait partie des fans du président Martelly. D’abord parce que j’ai toujours considéré la fonction présidentielle comme une sorte de sacerdoce,  la façon la plus assurée de se mettre au service du bien commun, un tremplin à partir duquel on change le monde et les choses. Etre le premier citoyen d’un pays—aussi petit et insignifiant soit-il—c’est porter, contre vents et marées, son étendard à travers le monde et faire profession de foi en ce que ce pays représente, à toute heure du jour et de la nuit. Du plus loin que je me souvienne, le chanteur Sweet Micky n’a jamais montré aucune volonté de servir personne d’autre que lui-même. A travers ses compositions et interprétations, on s’est toujours heurté à son indifférence et mépris pour l’ordre public et la décence, ses épanchements hédonistes, son machisme vulgaire et maladroit, et un narcissisme maladif dont l’homme peine à se départir en dépit de l’âge et des expériences.
Aussi, je n’ai jamais compris par quels artifices Martelly ait pu se réclamer la présidence d’un pays de plus de 10 millions d’âmes quand seulement 600 mille personnes, soit 6 % de la population, ont voté pour lui. C’est une chose de forcer la « démocratie » dans la gorge d’un petit pays sous l’impressionnante supervision des observateurs de l’ONU, c’est une autre chose que de vouloir substituer en pleine lumière cette farce à la réalité.  A vrai dire, les politiques haïtiens ne m’ont jamais impressionnée. Et la politique politicienne m’a toujours fait l’effet d’une entreprise mafieuse à la tête de laquelle des petits personnages s’enrichissent au nom de Dieu et des pauvres absolus qui servent d’engrais à leur vieux rêves de présidence et de banditisme prétentieux.
En tout cas, rien de  ce qui a à voir, de près ou de loin, avec le président Tet Kale ou avec ceux et celles qui tournent autour de lui n’a, jusqu’au concert du vendredi 26 juin, suscité mon intérêt. Ni les yayad incontrôlés, ni l’insolence primaire que sue son verbiage inculte, ni l’attitude pète-sec sur laquelle plane l’ombre désobligeante de Sweet Micky,  ni les mercenaires zentelektyel à sa solde, ni les sorties intempestives des zélotes aux vues simplistes et misérabilistes.
Mais vendredi dernier, quand faisant allusion aux milliers de Dominicains d’origine haïtienne, dénationalisés par la décision TC-168,  aux Haïtiens sans papiers ni existence légale, aux braceros vendus pour de l’argent comptant par le dictateur Baby Doc—défunt—et son Ministre des Affaires Sociales, feu Hubert Deronceray…quand, se référant à ces fils et filles d’Haïti, le président en a parlé comme si ces derniers étaient  d’une humanité inachevée, des bêtes de somme qui auraient dû être habitués aux humiliations et dégradations par ci et par là, et que les Dominicains leur auraient fait en les croquant beaucoup d’honneur…quand ce président-chanteur ou chanteur-président, en compagnie d’abrutis comme Chris Brown et Lil Wayne en a parlé en ces termes, l’indifférence que le quinquagénaire-qui-ne-sait-pas-qu’il est vieux m’avait toujours inspiré se mua en dégout.
En fait, comme le chanteur Sweet Micky avait prédit dans sa composition Ou La La, « pwason te fè dlo konfyans, men se dlo ki bouyil. »  Quelle déception ! Avant de parler des Dominicains xénophobes, anti-haïtiens, et racistes, peut-être qu’il faut jeter un regard vrai sur nous autres Haïtiens, sur nos dirigeants et nos Zelites sans âme ni conscience. C’est une chose d’avoir émigré de son propre chef, d’être un rescapé de la misère ou un réfugié politique, c’est une autre chose que de savoir au fond de soi que le pays d’où l’on vient n’est pas un pays. Il y a environ un an et demie, quand les juges dominicains ont pris la décision de dénationaliser les Haïtiens en transit depuis 1929 sur leur territoire, une amie me demanda à brule-pourpoint : « where is the Haitian leadership ? » Je l’ai regardée longuement, puis j’ai changé de sujet. La vérité était insupportable.
Pascale Doresca
3 juillet 2015
 

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