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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Réponse de Leslie Péan à Sophonie et Lestrohan deux commentateurs de son article : Haïti en route vers une nouvelle farce électorale

Publié par siel sur 17 Août 2015, 11:16am

Catégories : #REFLEXIONS perso

Notez que cet article date de mars 2015. Il prévoit ce qui s'est passé le 9 août.

Pas que Péan soit un divinô. Ayant fait l'exercice de réfléchir sur le passé, tenant compte du présent, il en est arrivé à ce constat. Simple travail d'un intellectuel.

A propos de la réponse de Péan, je relis en ce moment "L'Horreur économique"  de Viviane Forrester paru en 1996.

Elle aussi pourrait apparaître comme une magicienne, vu que son livre décrit avec une exactitude terrible, la situation mondiale actuelle.

Notamment le cas de la Grèce: " Des foules sur d'autres continents vivent cette absence de statut. Leur avenir semblait devoir les faire se rapprocher des conditions de vie occidentales. Reste à voir, si, sur la planète entière, le grand nombre ne devra pas plutôt s'aligner sur eux."

 

Et cette autre citation  : "L'urgence véritable invite à opérer des constats. Ils échappent seuls à l'interdit le plus radical : la perception d'un présent toujours escamoté. Le constat seul donne à voir sous une lumière crue ce qui, d'ordinaire celé, permet la manipulation. C'est en fixant l'événement, afin de l'examiner maintenu dans son mouvement, dans sa fuite même, ses travestis et ses contradictions, qu'on le découvrira tel quel, non trafiqué. Non enfoui sous des a priori, des corrolaires factices."

Dans L'Horreur économique, Mme Forrester évoque également l'avenir de pays laissés  en friches. Ruffin dans son livre plus récent, Globalia, une fiction futuriste, narre un monde partagé en zones sécurisées et en zones laissées à l'abandon, gérées par des mafieux sous le commandement des gouvernements des zones sécurisés.

Haïti dans ce schéma prospectif rentre en plein dans la catégorie : zones laissées en friches. Avec à l'intérieur de cette friche quelques espaces sécurisés: Pétion-Ville et les autres hauteurs dévolues aux géreurs. 

 

Réponse à Sophonie et Lestrohan
Le chaos insupportable vient du fait que l’esclavage a continué sous différentes formes en Haïti malgré la déclaration des droits de l’homme de 1793 l’abolissant à Saint Domingue. Haïti n’a pu jamais construire un État de droit. Ce n’est pas la loi qui gouverne la société mais la volonté du chef du jour qui a le monopole des armes et du pouvoir. Un tel arbitraire despotique est même encouragé par la communauté internationale pour ses intérêts mercantiles mesquins. Le remède fondamental est l’alliance entre les différentes catégories sociales qui ont signé l’Acte de l’Indépendance (mulâtres, nègres et blancs) pour atteindre des objectifs minimums tels que le règne de la loi, l’accès à la terre, l’éducation et la santé pour tous, la justice, la décentralisation, l’indépendance, la séparation et la limitation des pouvoirs, l’inclusion de la diaspora, la taxation progressive, etc. 


Les élites haïtiennes, n’ayant pas compris que la communauté internationale raciste était déterminée à faire échouer l’expérience haïtienne de liberté, n’ont pas forgé les instruments nécessaires et incontournables pour la croissance et le développement d’Haïti. Ces élites ont géré Haïti de la même manière anti-institutionnelle que le faisaient le Gouverneur général, représentant du roi de France et les colons. Il y a un refus des institutions et tout dépend de la volonté du chef du moment. La société haïtienne créée en 1804 continue la société esclavagiste de Saint-Domingue avec le racisme anti-noir, l’exclusion des bossales nés en Afrique, l’accaparement des 8000 propriétés qui appartenaient aux colons français par les généraux de l’armée indigène. D’un côté, qu’on se rappelle que Dessalines, ancien esclave de Toussaint Louverture, était déjà propriétaire de 30 sucreries dès 1801. Le caporalisme agraire obligeait les cultivateurs de travailler sur les anciennes plantations pour les nouveaux maitres. De l’autre, Boyer fait partie de cette autre aile des élites qui était prête à renforcer son pouvoir en acceptant la dette de l’indépendance. 
Haiti n’a jamais été une vraie république. La grande majorité de la population a été exclue des affaires nationales dès l’origine. Le capitalisme financier et les dettes accumulées par Haïti en 1825, 1874, 1875, 1896, 1910 et 1922 sous l’occupation américaine ont drainé tout le surplus à l’étranger et maintenu le peuple dans la misère.


L’idéologie colonialiste esclavagiste a continué en Haïti après 1804. Les 500 000 restavèks dont une bonne partie sinon un cinquième vit à Cité Soleil sont la preuve la plus évidente.
Le pouvoir politique est devenu le seul lieu de réalisation de soi. L’augmentation démographique, la diminution de la production agricole et l’exode des cerveaux sous la tyrannie des Duvalier ont créé l’anarchie que nous vivons depuis 1986. L’exaspération des luttes de pouvoir a atteint des sommets. Le modèle du pouvoir absolu et à vie instauré dès le gouvernement de Dessalines a été repris systématiquement pendant deux siècles. Même sous l’occupation américaine, les élections ont toujours été frauduleuses et déterminées par l’armée. Les présidents ont toujours refusé de respecter la Constitution et l’ont amendé pour se donner d’autres mandats. Les trois décennies de la dictature des Duvalier ont cassé la bouteille en des millions de morceaux qu’on ne peut plus recoller. S’il n’y avait pas les transferts financiers de la diaspora, la grande majorité de la population serait déjà morte de faim. 


Je salue toutes les âmes de bonne volonté qui essaient de faire quelque chose sans vraiment comprendre la nature du mal haïtien. Leurs efforts sont malheureusement des gouttes d’eau dans l’océan quand ce n’est pas carrément une action pour se donner bonne conscience. On ne peut pas transporter de l’eau dans un panier percé. Les actions micro qui peuvent être entreprises en Haïti pour soulager la misère de la grande majorité se heurtent tôt ou tard aux structures répressives bien ancrées dans l’État et la société. Ces structures ne veulent pas que les choses changent.
Les réponses, remèdes, solutions, démarches, et autres actions concrètes, à faire et appliquer au mal haïtien sont multiples. Elles commencent par avoir des gens compétents et honnêtes dans l’administration publique afin que l’aide aille à ses vrais destinataires et qu’elle ne soit pas détournée comme c’est le cas avec les millions de la Croix Rouge ou encore les millions collectés après le séisme du 12 janvier 2010. Cela exige de la transparence dans l’allocation des fonds et la gestion des contrats. Cela passe par la participation des bénéficiaires dans l’identification, l’exécution et l’évaluation des actions réalisées. Un changement d’état d’esprit est la chose la plus importante dans ce processus pour lutter contre la culture de la pauvreté et de la mendicité qui s’est installée à tous les niveaux de la société.

 
 

 

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