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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Ce que veut dire la ville des vies et demie - Par Emmanuel Joseph

Publié par Emmanuel Joseph sur 25 Septembre 2015, 10:34am

Catégories : #AYITI ACTUALITES

Ce que veut dire la ville des vies et demie - Par Emmanuel Joseph

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Il est 8h00. Il est aussi minuit. Il n’est ni 8h00 ni minuit. Il est hors-temps. La ville git dans le vide du temps. Et la ville est dans le temps. Peut-être. C’est une ville nocturne, lugubre et putride. Elle a l’âge de ses artères et la démarche d’une vieille dame. Elle a l’odeur des cafards. Des rats morts. Des crachats « pourris ». Des chiens errants. Des putes au corps visqueux. Elle semble appartenir au temps où vivre a le goût de la mort.

 

Les entrées et sorties de la ville habitent des morts, des presque-morts,  des morts ratés, des morts qui ne veulent pas mourir leur mort.

 

Au grand carrefour de tous les croisements, on rencontre des corps sans tête, des têtes sans corps, des corps mutilés, des corps déchiquetés où tripes et matières fécales donnent le ton, des politiciens carnassiers qui rotent et pètent sur notre demi-vie et qui nous font avaler nos tripes, nos matières fécales et nos urines avant de nous transformer en une masse de viandes pour leur repas quotidien. On y rencontre aussi des corps sans chair qui essayent de fendre l’air comme dans une sorte d’invocation d’une force occulte. Et, à chaque instant, il y a une voix caverneuse qui crie : « Ici, a-t ‘on seulement le goût des sales parenthèses ? ».

 

Le corps de ses rues est une mer de plaies où gémissent des vagues de liquides gluants attirant sans cesse une armée de mouches. Des tonnes de mouches.  Des millions de mouches. L’odeur fétide des plaies circule sur nos lèvres, pénètre notre cerveau et se faufile dans nos veines et du coup, fait de nous une sorte de miasme debout. Un cadavre puant. Dans cette atmosphère pestilentielle, c’est la voix qui revient : « Ici, a-t’on seulement le goût des sales parenthèses ? ».

 

Les places publiques servent de lieu de tortures et de viols  aux « nouveaux miliciens ». Ces derniers sont les gorilles qui font office de gardes, de chefs de poste dans la ville. Ils ont des têtes de hibou, un corps long et galeux fait de boursouflures et de blessures qui saignent, une démarche qui fait penser à des chiens crevés. Ils puent le sang. Leurs doigts longs et crochus portent les traces de tous les corps qu’ils ont détruits, les viandes humaines qu’ils ont dévorées comme des vautours. De tous les coins et recoins de ces places, s’échappent les cris étouffés des enfants, des femmes et hommes qu’ils ont torturés, violés, et à qui ils ont fait avaler les liquides blanchâtres de leur sexe de sida. Du fond de cette horreur, il y a la voix qui revient avec rage: « Ici, a-t’on seulement le goût des sales parenthèses ? ».

 

Dans les écoles, c’est l’ivrognerie et la masturbation qui rythment les séances de cours. Les élèves et les professeurs se donnent chaque jour de classe une bonne partie de cochonnerie. De ce spectacle ahurissant, émergent des intellectuels au cerveau gavé d’alcool et de spermes qui, quotidiennement, produisent des textes d’alcool et de spermes. Pour se reproduire, ils fabriquent des générations d’intellectuels  d’alcool et de spermes. A leur tour, ces générations d’intellectuels  d’alcool et de spermes  fabriquent d’autres générations d’intellectuels d’alcool et de spermes. Et ainsi de suite. Et ainsi de suite. Dans cet « univers liquide », c’est la voix qui revient : « Ici, a-t’on seulement le goût des sales parenthèses ? ».

 

La ville est quadrillée de quartiers sordides. Ils poussent comme des champignons et nous tendent toutes les saletés de l’acte même de notre « exister ». Ces inventions de nos « zélites » ayant bénéficié le soutien des « Pays » qui fabriquent et exportent la mort, fuient l’humanité. C’est là où des chiens malades, des femmes violées et éventrées, des enfants-ossements, des hommes coupés en rondelle , des boues infectes, des tripes humaines et animales en putréfaction, des plaies fourmillées de vers, des morts qui ne veulent pas mourir, des mouches, des cafards, forment ce que l’on appelle « le spectre des vies et demie ». Des vies mutilées. Cassées. Des vies où vie et mort se confondent.

 

Et c’est donc la voix qui revient, abyssale: « Ici, a-t’on seulement le goût des sales parenthèses ? Ici, il faut cesser de massacrer la vie ! ».

                                                                                                                                        Emmanuel Joseph.

                                                                                                                                                                         1er Septembre 2015.

 

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