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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Haïti, un espace social de violence. - Par Emmanuel Joseph

Publié par siel sur 24 Septembre 2015, 10:00am

"Depuis l’assassinat de Dessalines en 1806 en passant par l’occupation américaine (1915-1934) et le régime dictatorial des Duvalier jusqu’au gouvernement actuel, le projet de violence coloniale de l’Elite ne prend pas même une ride.""Depuis l’assassinat de Dessalines en 1806 en passant par l’occupation américaine (1915-1934) et le régime dictatorial des Duvalier jusqu’au gouvernement actuel, le projet de violence coloniale de l’Elite ne prend pas même une ride."
"Depuis l’assassinat de Dessalines en 1806 en passant par l’occupation américaine (1915-1934) et le régime dictatorial des Duvalier jusqu’au gouvernement actuel, le projet de violence coloniale de l’Elite ne prend pas même une ride.""Depuis l’assassinat de Dessalines en 1806 en passant par l’occupation américaine (1915-1934) et le régime dictatorial des Duvalier jusqu’au gouvernement actuel, le projet de violence coloniale de l’Elite ne prend pas même une ride."

"Depuis l’assassinat de Dessalines en 1806 en passant par l’occupation américaine (1915-1934) et le régime dictatorial des Duvalier jusqu’au gouvernement actuel, le projet de violence coloniale de l’Elite ne prend pas même une ride."

 

       L’Haïti d’aujourd’hui est la négation des grands idéaux de l’épopée de 1804 : liberté, égalité, solidarité et dignité. En effet, au lendemain de l’indépendance, l’Elite postcoloniale, nostalgique des privilèges et richesses du système colonial et esclavagiste dont elle était bénéficiaire, s’attelle à le rétablir. Elle joue sur la naïveté des « nouveaux libres » en réactivant les mécanismes coloniaux sous forme d’Etat importé, des lois et constitutions totalitaires, des codes (noirs), de racisme, d’amnésie culturelle etc. Elle exerce donc une « violence coloniale » sur les anciens esclaves. Cette violence jalonne toute l’histoire du pays et s’impose aujourd’hui comme impératif catégorique aux haïtiens.

 

Depuis l’assassinat de Dessalines en 1806 en passant par l’occupation américaine (1915-1934) et le régime dictatorial des Duvalier jusqu’au gouvernement actuel, le projet de violence coloniale de l’Elite ne prend pas même une ride. Il change sa peau au gré des circonstances, mais son essence reste la même.

 

Ainsi, la violence est-elle instituée comme modalité des rapports sociaux en Haïti. C’est dire qu’elle est placée comme ce qui rend possibles les relations que tissent quotidiennement les individus de l’espace social haïtien.

 

Néolibéralisme aidant, cette violence se déplie et se démultiplie dans la société à un point tel qu’elle se fait un mode de vie, une manière de dire son humanité, de marquer sa présence au monde. Elle se manifeste donc sous plusieurs formes : faim chronique, analphabétisme criant, domesticité, conflits armés, insalubrité, non-appartenance à soi, exclusion, dilapidation des deniers publics, massacre, expropriation massive, harcèlement sexuel, viol, assassinat sommaire, chômage, promiscuité abjecte, torture, etc.

 

L’objectif de cette violence, c’est de ravir l’humanité aux vrais « vengeurs du nouveau monde », ainsi qu’à ceux qui leur descendent. Il y a dans cette perspective une haine congénitale contre les Bossales qui ont fait 1804 et leurs descendants depuis plus de deux siècles.

 

En effet, il faut se rappeler que le renversement radical du système colonial français n’a jamais été le rêve de ceux qui vont constituer l’Elite du pays au lendemain de l’Indépendance. Ils formaient du temps de la colonie, la classe des créoles, c’est-à-dire la classe de ceux qui, nés dans la colonie, avaient à leur actif esclaves et propriété.

 

Tous ceux que l’on appelle dans l’histoire haïtienne  « les pères de l’Indépendance », faisaient partie de l’armée expéditionnaire de Leclerc en 1802 après la déportation de Toussaint Louverture au Fort de Joux en France. De concert avec les Français, ils  s'étaient mis à chasser les Bossales (nègres nétant pas nés dans la colonie) parce que réfractaires au système colonial. N’était-ce le gauchissement du General Richepanse par son massacre précipité en Guadeloupe ayant révélé, du coup, le plan génocidaire de Leclerc contre eux, ils ne se seraient jamais mis du côté des Bossales pour créer 1804 (voir Laurent Dubois, les Vengeurs du nouveau monde ; Jean Casimir, Haïti et ses élites. L’interminable dialogue de sourds).

 

Leur revirement ne traduisait pas, dans cette perspective, leur acquiescement au projet radical des Bossales, mais une sorte de subterfuge pour sauver leur peau : leur tentative acharnée de rétablir le système colonial et esclavagiste après l’indépendance l’explique bien.

 

L’établissement des réseaux de mafias dans tous les interstices du pays est la technique par laquelle notre Elite assure la pérennité de cette violence. Dans les institutions étatiques, à l’école, à l’église, à l’hôpital, dans les rues, dans les familles, dans les entreprises, dans le sport, la musique, les medias…, les mafias imposent leurs lois et comptent leurs victimes de génération en génération.

 

Qui pis est, ces « entrepreneurs de violence » jouissent d’une grande légitimité dans la société : non seulement, ils sont soutenus par de simples particuliers, mais aussi ils sont en étroite collaboration avec l’Etat. Une mentalité de mafias submerge la société haïtienne. Et les enfants. Et les jeunes. Et les adultes. Tous vivent avec le rêve de devenir mafiosos s’ils ne le sont pas encore. Il s’agit donc d’une sorte de « société de mafias ».

 

Par des élections dites démocratiques (paradoxe majeur car par les élections, on choisit une petite clique de gens pour nous diriger et l’esprit n’est pas démocratique, mais plutôt aristocratique à en croire Francis Dupuis-Deri), l’Elite rétrograde haïtienne renouvelle constamment cet effluve d’énergies meurtrières incontrôlables qui transforment une large couche de la population en ossements, déchets et loques humaines, d’où une « esthétique haïtienne de la déshumanité ».

 

Ainsi l’espace social haïtien se fait-il un lieu où, quotidiennement, l’on est dans une sorte de mode d’être avec soi-même et avec l’autre dans la violence. Et ceci depuis toujours.

 

Et la violence y est donc pratique « discursive », c’est-à-dire technique traditionnelle par laquelle la société haïtienne se dit et laisse dire sur elle-même.

 

Mais à quand la « montée en humanité » de la société haïtienne ? Quel espoir pour une Haïti nouvelle ?   Ce nouvel ordre local de mouvement social qui se définit dans ses « milieux bossales (ruraux) » lui permettra-t-il de « sortir de la grande nuit » dans un avenir pas trop lointain ? Y a-t-il des zones de fuite ? Soyons pour le moins optimistes !

 

                                                                                     Emmanuel Joseph.

                                                                                     Juriste et sociologue

Haïti, un espace social de violence.

 

L’Haïti d’aujourd’hui est la négation des grands idéaux de l’épopée de 1804 : liberté, égalité, solidarité et dignité. En effet, au lendemain de l’indépendance, l’Elite postcoloniale, nostalgique des privilèges et richesses du système colonial et esclavagiste dont elle était bénéficiaire, s’attelle à le rétablir. Elle joue sur la naïveté des « nouveaux libres » en réactivant les mécanismes coloniaux sous forme d’Etat importé, des lois et constitutions totalitaires, des codes (noirs), de racisme, d’amnésie culturelle etc. Elle exerce donc une « violence coloniale » sur les anciens esclaves. Cette violence jalonne toute l’histoire du pays et s’impose aujourd’hui comme impératif catégorique aux haïtiens.

 

Depuis l’assassinat de Dessalines en 1806 en passant par l’occupation américaine (1915-1934) et le régime dictatorial des Duvalier jusqu’au gouvernement actuel, le projet de violence coloniale de l’Elite ne prend pas même une ride. Il change sa peau au gré des circonstances, mais son essence reste la même.

 

Ainsi, la violence est-elle instituée comme modalité des rapports sociaux en Haïti. C’est dire qu’elle est placée comme ce qui rend possibles les relations que tissent quotidiennement les individus de l’espace social haïtien.

 

Néolibéralisme aidant, cette violence se déplie et se démultiplie dans la société à un point tel qu’elle se fait un mode de vie, une manière de dire son humanité, de marquer sa présence au monde. Elle se manifeste donc sous plusieurs formes : faim chronique, analphabétisme criant, domesticité, conflits armés, insalubrité, non-appartenance à soi, exclusion, dilapidation des deniers publics, massacre, expropriation massive, harcèlement sexuel, viol, assassinat sommaire, chômage, promiscuité abjecte, torture, etc.

 

L’objectif de cette violence, c’est de ravir l’humanité aux vrais « vengeurs du nouveau monde », ainsi qu’à ceux qui leur descendent. Il y a dans cette perspective une haine congénitale contre les Bossales qui ont fait 1804 et leurs descendants depuis plus de deux siècles.

 

En effet, il faut se rappeler que le renversement radical du système colonial français n’a jamais été le rêve de ceux qui vont constituer l’Elite du pays au lendemain de l’Indépendance. Ils formaient du temps de la colonie, la classe des créoles, c’est-à-dire la classe de ceux qui, nés dans la colonie, avaient à leur actif esclaves et propriété.

 

Tous ceux que l’on appelle dans l’histoire haïtienne  « les pères de l’Indépendance », faisaient partie de l’armée expéditionnaire de Leclerc en 1802 après la déportation de Toussaint Louverture au Fort de Joux en France. De concert avec les français, ils se mettaient à chasser les Bossales (nègres n’ayant pas été nés dans la colonie) parce que réfractaires au système colonial. N’était-ce le gauchissement du General Richepanse par son massacre précipité en Guadeloupe ayant révélé, du coup, le plan génocidaire de Leclerc contre eux, ils ne se mettraient jamais du côté des Bossales pour créer 1804 (voir Laurent Dubois, les Vengeurs du nouveau monde ; Jean Casimir, Haïti et ses élites. L’interminable dialogue de sourds).

 

Leur revirement ne traduisait pas, dans cette perspective, leur acquiescement au projet radical des Bossales, mais une sorte de subterfuge pour sauver leur peau : leur tentative acharnée de rétablir le système colonial et esclavagiste après l’indépendance l’explique bien.

 

L’établissement des réseaux de mafias dans tous les interstices du pays est la technique par laquelle notre Elite assure la pérennité de cette violence. Dans les institutions étatiques, à l’école, à l’église, à l’hôpital, dans les rues, dans les familles, dans les entreprises, dans le sport, la musique, les medias…, les mafias imposent leurs lois et comptent leurs victimes de génération en génération.

 

Qui pis est, ces « entrepreneurs de violence » jouissent d’une grande légitimité dans la société : non seulement, ils sont supportés par de simples particuliers, mais aussi ils sont en étroite collaboration avec l’Etat. Une mentalité de mafias submerge la société haïtienne. Et les enfants. Et les jeunes. Et les adultes. Tous vivent avec le rêve de devenir mafiosos s’ils ne le sont pas encore. Il s’agit donc d’une sorte de « société de mafias ».

 

Par des élections dites démocratiques (paradoxe majeur car par les élections, on choisit une petite clique de gens pour nous diriger et l’esprit n’est pas démocratique, mais plutôt aristocratique à en croire Francis Dupuis-Deri), l’Elite rétrograde haïtienne renouvelle constamment cet effluve d’énergies meurtrières incontrôlables qui transforment une large couche de la population en ossements, déchets et loques humaines, d’où une « esthétique haïtienne de la déshumanité ».

 

Ainsi l’espace social haïtien se fait-il un lieu où, quotidiennement, l’on est dans une sorte de mode d’être avec soi-même et avec l’autre dans la violence. Et ceci depuis toujours.

 

Et la violence y est donc pratique « discursive », c’est-à-dire technique traditionnelle par laquelle la société haïtienne se dit et laisse dire sur elle-même.

 

Mais à quand la « montée en humanité » de la société haïtienne ? Quel espoir pour une Haïti nouvelle ?   Ce nouvel ordre local de mouvement social qui se définit dans ses « milieux bossales (ruraux) » lui permettra-t-il de « sortir de la grande nuit » dans un avenir pas trop lointain ? Y a-t-il des zones de fuite ? Soyons pour le moins optimistes !

 

                                                                                     Emmanuel Joseph.

                                                                                     Juriste et sociologue.

Haïti, un espace social de violence.

 

L’Haïti d’aujourd’hui est la négation des grands idéaux de l’épopée de 1804 : liberté, égalité, solidarité et dignité. En effet, au lendemain de l’indépendance, l’Elite postcoloniale, nostalgique des privilèges et richesses du système colonial et esclavagiste dont elle était bénéficiaire, s’attelle à le rétablir. Elle joue sur la naïveté des « nouveaux libres » en réactivant les mécanismes coloniaux sous forme d’Etat importé, des lois et constitutions totalitaires, des codes (noirs), de racisme, d’amnésie culturelle etc. Elle exerce donc une « violence coloniale » sur les anciens esclaves. Cette violence jalonne toute l’histoire du pays et s’impose aujourd’hui comme impératif catégorique aux haïtiens.

 

Depuis l’assassinat de Dessalines en 1806 en passant par l’occupation américaine (1915-1934) et le régime dictatorial des Duvalier jusqu’au gouvernement actuel, le projet de violence coloniale de l’Elite ne prend pas même une ride. Il change sa peau au gré des circonstances, mais son essence reste la même.

 

Ainsi, la violence est-elle instituée comme modalité des rapports sociaux en Haïti. C’est dire qu’elle est placée comme ce qui rend possibles les relations que tissent quotidiennement les individus de l’espace social haïtien.

 

Néolibéralisme aidant, cette violence se déplie et se démultiplie dans la société à un point tel qu’elle se fait un mode de vie, une manière de dire son humanité, de marquer sa présence au monde. Elle se manifeste donc sous plusieurs formes : faim chronique, analphabétisme criant, domesticité, conflits armés, insalubrité, non-appartenance à soi, exclusion, dilapidation des deniers publics, massacre, expropriation massive, harcèlement sexuel, viol, assassinat sommaire, chômage, promiscuité abjecte, torture, etc.

 

L’objectif de cette violence, c’est de ravir l’humanité aux vrais « vengeurs du nouveau monde », ainsi qu’à ceux qui leur descendent. Il y a dans cette perspective une haine congénitale contre les Bossales qui ont fait 1804 et leurs descendants depuis plus de deux siècles.

 

En effet, il faut se rappeler que le renversement radical du système colonial français n’a jamais été le rêve de ceux qui vont constituer l’Elite du pays au lendemain de l’Indépendance. Ils formaient du temps de la colonie, la classe des créoles, c’est-à-dire la classe de ceux qui, nés dans la colonie, avaient à leur actif esclaves et propriété.

 

Tous ceux que l’on appelle dans l’histoire haïtienne  « les pères de l’Indépendance », faisaient partie de l’armée expéditionnaire de Leclerc en 1802 après la déportation de Toussaint Louverture au Fort de Joux en France. De concert avec les français, ils se mettaient à chasser les Bossales (nègres n’ayant pas été nés dans la colonie) parce que réfractaires au système colonial. N’était-ce le gauchissement du General Richepanse par son massacre précipité en Guadeloupe ayant révélé, du coup, le plan génocidaire de Leclerc contre eux, ils ne se mettraient jamais du côté des Bossales pour créer 1804 (voir Laurent Dubois, les Vengeurs du nouveau monde ; Jean Casimir, Haïti et ses élites. L’interminable dialogue de sourds).

 

Leur revirement ne traduisait pas, dans cette perspective, leur acquiescement au projet radical des Bossales, mais une sorte de subterfuge pour sauver leur peau : leur tentative acharnée de rétablir le système colonial et esclavagiste après l’indépendance l’explique bien.

 

L’établissement des réseaux de mafias dans tous les interstices du pays est la technique par laquelle notre Elite assure la pérennité de cette violence. Dans les institutions étatiques, à l’école, à l’église, à l’hôpital, dans les rues, dans les familles, dans les entreprises, dans le sport, la musique, les medias…, les mafias imposent leurs lois et comptent leurs victimes de génération en génération.

 

Qui pis est, ces « entrepreneurs de violence » jouissent d’une grande légitimité dans la société : non seulement, ils sont supportés par de simples particuliers, mais aussi ils sont en étroite collaboration avec l’Etat. Une mentalité de mafias submerge la société haïtienne. Et les enfants. Et les jeunes. Et les adultes. Tous vivent avec le rêve de devenir mafiosos s’ils ne le sont pas encore. Il s’agit donc d’une sorte de « société de mafias ».

 

Par des élections dites démocratiques (paradoxe majeur car par les élections, on choisit une petite clique de gens pour nous diriger et l’esprit n’est pas démocratique, mais plutôt aristocratique à en croire Francis Dupuis-Deri), l’Elite rétrograde haïtienne renouvelle constamment cet effluve d’énergies meurtrières incontrôlables qui transforment une large couche de la population en ossements, déchets et loques humaines, d’où une « esthétique haïtienne de la déshumanité ».

 

Ainsi l’espace social haïtien se fait-il un lieu où, quotidiennement, l’on est dans une sorte de mode d’être avec soi-même et avec l’autre dans la violence. Et ceci depuis toujours.

 

Et la violence y est donc pratique « discursive », c’est-à-dire technique traditionnelle par laquelle la société haïtienne se dit et laisse dire sur elle-même.

 

Mais à quand la « montée en humanité » de la société haïtienne ? Quel espoir pour une Haïti nouvelle ?   Ce nouvel ordre local de mouvement social qui se définit dans ses « milieux bossales (ruraux) » lui permettra-t-il de « sortir de la grande nuit » dans un avenir pas trop lointain ? Y a-t-il des zones de fuite ? Soyons pour le moins optimistes !

 

                                                                                     Emmanuel Joseph.

                                                                                     Juriste et sociologue.

 

Haïti, un espace social de violence.

 

L’Haïti d’aujourd’hui est la négation des grands idéaux de l’épopée de 1804 : liberté, égalité, solidarité et dignité. En effet, au lendemain de l’indépendance, l’Elite postcoloniale, nostalgique des privilèges et richesses du système colonial et esclavagiste dont elle était bénéficiaire, s’attelle à le rétablir. Elle joue sur la naïveté des « nouveaux libres » en réactivant les mécanismes coloniaux sous forme d’Etat importé, des lois et constitutions totalitaires, des codes (noirs), de racisme, d’amnésie culturelle etc. Elle exerce donc une « violence coloniale » sur les anciens esclaves. Cette violence jalonne toute l’histoire du pays et s’impose aujourd’hui comme impératif catégorique aux haïtiens.

 

Depuis l’assassinat de Dessalines en 1806 en passant par l’occupation américaine (1915-1934) et le régime dictatorial des Duvalier jusqu’au gouvernement actuel, le projet de violence coloniale de l’Elite ne prend pas même une ride. Il change sa peau au gré des circonstances, mais son essence reste la même.

 

Ainsi, la violence est-elle instituée comme modalité des rapports sociaux en Haïti. C’est dire qu’elle est placée comme ce qui rend possibles les relations que tissent quotidiennement les individus de l’espace social haïtien.

 

Néolibéralisme aidant, cette violence se déplie et se démultiplie dans la société à un point tel qu’elle se fait un mode de vie, une manière de dire son humanité, de marquer sa présence au monde. Elle se manifeste donc sous plusieurs formes : faim chronique, analphabétisme criant, domesticité, conflits armés, insalubrité, non-appartenance à soi, exclusion, dilapidation des deniers publics, massacre, expropriation massive, harcèlement sexuel, viol, assassinat sommaire, chômage, promiscuité abjecte, torture, etc.

 

L’objectif de cette violence, c’est de ravir l’humanité aux vrais « vengeurs du nouveau monde », ainsi qu’à ceux qui leur descendent. Il y a dans cette perspective une haine congénitale contre les Bossales qui ont fait 1804 et leurs descendants depuis plus de deux siècles.

 

En effet, il faut se rappeler que le renversement radical du système colonial français n’a jamais été le rêve de ceux qui vont constituer l’Elite du pays au lendemain de l’Indépendance. Ils formaient du temps de la colonie, la classe des créoles, c’est-à-dire la classe de ceux qui, nés dans la colonie, avaient à leur actif esclaves et propriété.

 

Tous ceux que l’on appelle dans l’histoire haïtienne  « les pères de l’Indépendance », faisaient partie de l’armée expéditionnaire de Leclerc en 1802 après la déportation de Toussaint Louverture au Fort de Joux en France. De concert avec les français, ils se mettaient à chasser les Bossales (nègres n’ayant pas été nés dans la colonie) parce que réfractaires au système colonial. N’était-ce le gauchissement du General Richepanse par son massacre précipité en Guadeloupe ayant révélé, du coup, le plan génocidaire de Leclerc contre eux, ils ne se mettraient jamais du côté des Bossales pour créer 1804 (voir Laurent Dubois, les Vengeurs du nouveau monde ; Jean Casimir, Haïti et ses élites. L’interminable dialogue de sourds).

 

Leur revirement ne traduisait pas, dans cette perspective, leur acquiescement au projet radical des Bossales, mais une sorte de subterfuge pour sauver leur peau : leur tentative acharnée de rétablir le système colonial et esclavagiste après l’indépendance l’explique bien.

 

L’établissement des réseaux de mafias dans tous les interstices du pays est la technique par laquelle notre Elite assure la pérennité de cette violence. Dans les institutions étatiques, à l’école, à l’église, à l’hôpital, dans les rues, dans les familles, dans les entreprises, dans le sport, la musique, les medias…, les mafias imposent leurs lois et comptent leurs victimes de génération en génération.

 

Qui pis est, ces « entrepreneurs de violence » jouissent d’une grande légitimité dans la société : non seulement, ils sont supportés par de simples particuliers, mais aussi ils sont en étroite collaboration avec l’Etat. Une mentalité de mafias submerge la société haïtienne. Et les enfants. Et les jeunes. Et les adultes. Tous vivent avec le rêve de devenir mafiosos s’ils ne le sont pas encore. Il s’agit donc d’une sorte de « société de mafias ».

 

Par des élections dites démocratiques (paradoxe majeur car par les élections, on choisit une petite clique de gens pour nous diriger et l’esprit n’est pas démocratique, mais plutôt aristocratique à en croire Francis Dupuis-Deri), l’Elite rétrograde haïtienne renouvelle constamment cet effluve d’énergies meurtrières incontrôlables qui transforment une large couche de la population en ossements, déchets et loques humaines, d’où une « esthétique haïtienne de la déshumanité ».

 

Ainsi l’espace social haïtien se fait-il un lieu où, quotidiennement, l’on est dans une sorte de mode d’être avec soi-même et avec l’autre dans la violence. Et ceci depuis toujours.

 

Et la violence y est donc pratique « discursive », c’est-à-dire technique traditionnelle par laquelle la société haïtienne se dit et laisse dire sur elle-même.

 

Mais à quand la « montée en humanité » de la société haïtienne ? Quel espoir pour une Haïti nouvelle ?   Ce nouvel ordre local de mouvement social qui se définit dans ses « milieux bossales (ruraux) » lui permettra-t-il de « sortir de la grande nuit » dans un avenir pas trop lointain ? Y a-t-il des zones de fuite ? Soyons pour le moins optimistes !

 

                                                                                     Emmanuel Joseph.

                                                                                     Juriste et sociologue.

 

Haïti, un espace social de violence.

 

L’Haïti d’aujourd’hui est la négation des grands idéaux de l’épopée de 1804 : liberté, égalité, solidarité et dignité. En effet, au lendemain de l’indépendance, l’Elite postcoloniale, nostalgique des privilèges et richesses du système colonial et esclavagiste dont elle était bénéficiaire, s’attelle à le rétablir. Elle joue sur la naïveté des « nouveaux libres » en réactivant les mécanismes coloniaux sous forme d’Etat importé, des lois et constitutions totalitaires, des codes (noirs), de racisme, d’amnésie culturelle etc. Elle exerce donc une « violence coloniale » sur les anciens esclaves. Cette violence jalonne toute l’histoire du pays et s’impose aujourd’hui comme impératif catégorique aux haïtiens.

 

Depuis l’assassinat de Dessalines en 1806 en passant par l’occupation américaine (1915-1934) et le régime dictatorial des Duvalier jusqu’au gouvernement actuel, le projet de violence coloniale de l’Elite ne prend pas même une ride. Il change sa peau au gré des circonstances, mais son essence reste la même.

 

Ainsi, la violence est-elle instituée comme modalité des rapports sociaux en Haïti. C’est dire qu’elle est placée comme ce qui rend possibles les relations que tissent quotidiennement les individus de l’espace social haïtien.

 

Néolibéralisme aidant, cette violence se déplie et se démultiplie dans la société à un point tel qu’elle se fait un mode de vie, une manière de dire son humanité, de marquer sa présence au monde. Elle se manifeste donc sous plusieurs formes : faim chronique, analphabétisme criant, domesticité, conflits armés, insalubrité, non-appartenance à soi, exclusion, dilapidation des deniers publics, massacre, expropriation massive, harcèlement sexuel, viol, assassinat sommaire, chômage, promiscuité abjecte, torture, etc.

 

L’objectif de cette violence, c’est de ravir l’humanité aux vrais « vengeurs du nouveau monde », ainsi qu’à ceux qui leur descendent. Il y a dans cette perspective une haine congénitale contre les Bossales qui ont fait 1804 et leurs descendants depuis plus de deux siècles.

 

En effet, il faut se rappeler que le renversement radical du système colonial français n’a jamais été le rêve de ceux qui vont constituer l’Elite du pays au lendemain de l’Indépendance. Ils formaient du temps de la colonie, la classe des créoles, c’est-à-dire la classe de ceux qui, nés dans la colonie, avaient à leur actif esclaves et propriété.

 

Tous ceux que l’on appelle dans l’histoire haïtienne  « les pères de l’Indépendance », faisaient partie de l’armée expéditionnaire de Leclerc en 1802 après la déportation de Toussaint Louverture au Fort de Joux en France. De concert avec les français, ils se mettaient à chasser les Bossales (nègres n’ayant pas été nés dans la colonie) parce que réfractaires au système colonial. N’était-ce le gauchissement du General Richepanse par son massacre précipité en Guadeloupe ayant révélé, du coup, le plan génocidaire de Leclerc contre eux, ils ne se mettraient jamais du côté des Bossales pour créer 1804 (voir Laurent Dubois, les Vengeurs du nouveau monde ; Jean Casimir, Haïti et ses élites. L’interminable dialogue de sourds).

 

Leur revirement ne traduisait pas, dans cette perspective, leur acquiescement au projet radical des Bossales, mais une sorte de subterfuge pour sauver leur peau : leur tentative acharnée de rétablir le système colonial et esclavagiste après l’indépendance l’explique bien.

 

L’établissement des réseaux de mafias dans tous les interstices du pays est la technique par laquelle notre Elite assure la pérennité de cette violence. Dans les institutions étatiques, à l’école, à l’église, à l’hôpital, dans les rues, dans les familles, dans les entreprises, dans le sport, la musique, les medias…, les mafias imposent leurs lois et comptent leurs victimes de génération en génération.

 

Qui pis est, ces « entrepreneurs de violence » jouissent d’une grande légitimité dans la société : non seulement, ils sont supportés par de simples particuliers, mais aussi ils sont en étroite collaboration avec l’Etat. Une mentalité de mafias submerge la société haïtienne. Et les enfants. Et les jeunes. Et les adultes. Tous vivent avec le rêve de devenir mafiosos s’ils ne le sont pas encore. Il s’agit donc d’une sorte de « société de mafias ».

 

Par des élections dites démocratiques (paradoxe majeur car par les élections, on choisit une petite clique de gens pour nous diriger et l’esprit n’est pas démocratique, mais plutôt aristocratique à en croire Francis Dupuis-Deri), l’Elite rétrograde haïtienne renouvelle constamment cet effluve d’énergies meurtrières incontrôlables qui transforment une large couche de la population en ossements, déchets et loques humaines, d’où une « esthétique haïtienne de la déshumanité ».

 

Ainsi l’espace social haïtien se fait-il un lieu où, quotidiennement, l’on est dans une sorte de mode d’être avec soi-même et avec l’autre dans la violence. Et ceci depuis toujours.

 

Et la violence y est donc pratique « discursive », c’est-à-dire technique traditionnelle par laquelle la société haïtienne se dit et laisse dire sur elle-même.

 

Mais à quand la « montée en humanité » de la société haïtienne ? Quel espoir pour une Haïti nouvelle ?   Ce nouvel ordre local de mouvement social qui se définit dans ses « milieux bossales (ruraux) » lui permettra-t-il de « sortir de la grande nuit » dans un avenir pas trop lointain ? Y a-t-il des zones de fuite ? Soyons pour le moins optimistes !

 

                                                                                     Emmanuel Joseph.

                                                                                     Juriste et sociologue.

 

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