Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Haïti au temps du choléra - Par Jean METELLUS, Antoine-Fritz PIERRE, Daniel TALLEYRAND

Publié par siel sur 4 Septembre 2016, 17:38pm

Catégories : #AYITI ACTUALITES

Feu, Jean Métellus, médecin et écrivain

Feu, Jean Métellus, médecin et écrivain

Ces trois médecins haïtiens ont écrit ce texte publié dans le journal Libération en 2012.

Ils se sons inspirés du travail du Dr. Renaud Piarroux qui n'était pas  à l'époque médiatisé et de documents tirés des archives ayant trait au choléra en Haïti.

Dès 2012 donc ils étaient tous les trois convaincus et ils l'ont écrit que la maladie avait été "importée" par les troupes de l'ONU.

Cette réflexion de médecins originaires d'Haïti vivant en France n'a pas eu l'écho qu'elle méritait.

Il était donc important de rappeler que ses médecins haïtiens ne sont pas restés les bras croisés,  qu'ils se sont engagés en menant de leur côté, leurs propres recherches.

 

 

                         

         Octobre 2010 : le choléra fait brusquement son apparition en Haïti. Dans ce pays déjà dévasté par un tremblement de terre, il cause des milliers de morts. On recense aujourd’hui plus de cinq cents mille personnes  infectées.                                                                

      Est-ce le séïsme de janvier 2010 qu’il faut incriminer ?  Est-ce la société haïtienne, livrée au chaos par le tremblement de terre, qui serait responsable du mal qui la frappe ?

          Nullement.

        "L’épidémie de choléra en Haïti est la première qui s’est produite dans une zone touchée par un tremblement de terre depuis 15 ans." déclare le docteur Renaud Piarroux, professeur de parasitologie à l’Université d’Aix-Marseille. "De plus rappelez-vous qu’en Haïti, l’épidémie de choléra a débuté dans une zone épargnée par le séisme et a été moins sévère dans les camps de sinistrés que partout ailleurs. »

        ll est clair, pour le docteur Piarroux,  que " le germe a été apporté au pays par les soldats népalais de la MINUSTAH " (Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti). En effet, au Népal, ce germe est endémique.

      A aucun moment de l’histoire haïtienne,  le choléra (qui en Europe avait pu faire rage) n’avait touché le pays.

    Dès1832, le gouvernement du président Boyer avait pris des mesures pour s’opposer à l’invasion du pays par le cholera morbus qui, venant d’Europe, avait pénétré aux Etats-Unis.

     "Il est à observer", ajoute Madiou, premier grand historien haïtien (1814-1884), "que cette maladie n’est jamais parvenue en Haïti même quand elle s’est trouvée en même temps tout autour de notre île , à Saint-Thomas, à Porto Rico, à la Jamaïque et à Cuba, au vent comme sous le vent ".   

              En 1850, c’est le seul moment où il est fait mention d’une rumeur de choléra en Haïti parce qu’une pandémie sévissait dans les Antilles et ailleurs : la Jamaïque avait perdu environ 8% de sa population  Mais des témoins directs – comme le capitaine Moyer rentré du Cap et cité dans le Massachusetts Daily Atlas du 14 janvier 1851 -ont démenti cette rumeur.

                 Le Philadelphia Inquirer du 17 mars 1868 notait qu’en Haïti, tous les vaisseaux arrivant à Port-au-Prince ou dans les ports du pays étaient mis en quarantaine. En 1886, Spencer Saint-John, représentant britannique en Haïti (et, au demeurant, historiographe raciste du pays), a remarqué que " bien que Port-au-Prince soit la ville la plus dégradante que j’aie jamais vue, elle n’a jamais été visitée par le choléra "...

                   En 1892, le Moniteur, journal officiel de la république d’Haïti, annonce que le président Hippolyte interdit les navires infestés par le choléra.

Les tremblements de terre de 1842, 1952, les cyclones de 1935, 1936,1954, les  inondations qui ont frappé Haïti n’ont jamais jusqu’ici été accompagnés ou suivis par une épidémie de choléra.

                   Dans son ouvrage documenté " La santé de la République " paru en 1997 aux éditions Henri Deschamps de Port-au-Prince, le docteur Ary Bordes a fait le bilan des désastres et épidémies qui ont endeuillé le pays, et jamais il n’a fait mention du choléra parmi les fléaux que nous avons connus. Le docteur Rulx Léon, en 1954, dans son ouvrage Les maladies en Haïti (collection du Tricinquantenaire de l’Indépendance d’Haïti) n’en parlait pas

              Non plus.

         Ainsi, deux siècles durant, nos gouvernements et nos systèmes sanitaires, malgré nos faibles moyens, ont été capables de protéger les habitants d’Haïti contre cette affection. 

           Or voici que des militaires venus du monde entier pour aider à une stabilisation de la vie politique haïtienne ont contribué à créer le désastre et la panique. Il ne s’agit évidemment pas d’une action délibérée dans un pays qui n’est pas en guerre, mais il s’agit à tout le moins d’une faute dont il faut reconnaître les conséquences catastrophiques et qui mérite réparation.

           Le groupe d’experts indépendants chargés d’enquêter sur l’origine du choléra évoque une confluence de plusieurs circonstances et souligne que " l’introduction du choléra en raison de la contamination environnementale n’aurait pas pu être la source d’une telle épidémie sans les déficiences simultanées du système d’adduction d’eau, d’assainissement et des soins de santé ". 

                    Soit. Mais ces déficiences existent depuis deux siècles sans qu’ait jamais explosé une  quelconque épidémie.

           On doit s’interroger sur les raisons pour lesquelles les secouristes et le personnel des Nations Unies venant de zones où le choléra est endémique ne sont ni testés ni même traités de manière prophylactique avant leur arrivée sur notre sol.

              Le rapport des experts stigmatise le comportement des habitants qui utilisent l’eau de la rivière pour boire, faire la lessive, irriguer les terres agricoles. Mais comment la population haïtienne pourrait-elle faire autrement ? 

           En tout cas, depuis que la MINUSTAH est installée en Haïti, on aurait pu espérer qu’elle contribue de façon significative à l’amélioration de ces conditions. Or c’est tout le contraire qui s’est produit. Par négligence, sans doute. Mais peut-être aussi par mépris envers les populations que cette force internationale devait protéger.

                  Nous pensons que l’O. N. U doit montrer au monde entier qu’elle croit à ce qu’elle dit et qu’elle sait s’appliquer à elle-même les idéaux prônés par sa charte quand elle commet involontairement des faux pas.

LIBERATION. 06/02/2012

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents