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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


CUBA Étonnante usine à cerveaux - Par Romain Ligneul

Publié par Romain Ligneul siel sur 10 Mai 2018, 15:50pm

Catégories : #NUESTRA AMERICA

Des magasins vides, peut-être, mais des cerveaux pleins. Sans commune mesure avec celles des autres pays en voie de développement, les institutions scientifiques de Cuba demeurent largement méconnues. Ils se trouvent néanmoins à la pointe dans plusieurs domaines : la médecine et la recherche biomédicale, notamment. Un aspect de la réalité cubaine qui n’a pas échappé aux investisseurs soucieux de profiter d’une éventuelle « ouverture ».

 

«Le futur de notre pays doit nécessairement être un futur d’hommes de science, d’hommes de pensée, parce que c’est précisément ce que nous semons ; nous semons des opportunités pour l’intelligence », proclama Fidel Castro, le 15 janvier 1960. En 1959, le pays comptait trois universités, contre plus de soixante aujourd’hui. Le taux d’alphabétisation a bondi d’environ 70 % à plus de 99 % en 2012 (derniers chiffres disponibles). Celui de l’île voisine, Haïti, stagne à 62 % (1). Dorénavant, La Havane exporte des médecins et des chercheurs dans le monde entier (lire l’article d’Hernando Calvo Ospina page 52). Ces succès de Cuba dans le domaine biomédical s’expliquent en grande partie par les efforts de l’État en matière d’éducation publique (qui représentent plus de 10 % du produit intérieur brut (2)). Le pays fait aujourd’hui jeu égal avec les États-Unis en ce qui concerne l’espérance de vie (78,5 ans) et la mortalité infantile (5 pour 1 000) (3). Les médecins constituent ainsi une véritable manne économique pour l’île (première source de devises, devant les envois d’argent et le tourisme). Grâce à un accord conclu en 2000 avec le Venezuela d’Hugo Chávez, l’île a longtemps reçu jusqu’à cent mille barils de pétrole par jour (à prix subventionné) en contrepartie desquels plus de dix mille médecins et universitaires cubains travaillent sur le sol vénézuélien (4).

Directeur du Cuban Neuroscience Center (CNEURO), à La Havane, le docteur Mitchell Valdés-Sosa, 67 ans, fut le témoin privilégié de l’histoire du développement des sciences cubaines. Exilé à Chicago sous la dictature de Fulgencio Batista (1952-1959), son père revint sur l’île en 1961 pour y exercer sa profession d’obstétricien et pallier l’exode d’une bourgeoisie médicale ayant fui la révolution (5). Il assista donc à la création du Centro nacional de investigaciones científicas (CNIC, l’équivalent du Centre national de la recherche scientifique, CNRS) en 1965, et à l’arrivée des nombreux chercheurs et médecins envoyés par l’URSS de Leonid Brejnev ou par le Chili de Salvador Allende pour former la première génération de spécialistes locaux, ainsi qu’à la soutenance du tout premier docteur ès sciences de l’île en 1971. Au début des années 1980, la recherche cubaine s’éloigna du modèle soviétique, jugé trop centralisé, trop bureaucratique et trop rigide. Le pouvoir laissa de plus en plus d’autonomie aux chercheurs qu’il consultait fréquemment. Au cours des années fastes ayant précédé la perestroïka et la « période spéciale », Valdés-Sosa et son frère Pedro ont contribué à certaines des réussites majeures qu’ont connues les neurosciences locales, comme la construction du premier système cubain d’imagerie cérébrale assistée par ordinateur ou la conception d’algorithmes de traitement des signaux neuronaux encore utilisés aujourd’hui.

Partenaire privilégié de l’île, la Chine vient de recevoir l’autorisation d’ouvrir une société pharmaceutique sur le territoire    
Le budget de la recherche cubaine reste limité. C’est pourquoi le gouvernement promeut des circuits courts dans lesquels recherche fondamentale, recherche appliquée et chaînes de production se concentrent sur un même lieu. CNEURO regroupe par exemple des biologistes, des mathématiciens, des physiciens, des médecins impliqués dans divers essais cliniques ainsi que plusieurs techniciens spécialisés. Valdés-Sosa précise non sans fierté que CNEURO produit « chaque année quelques six mille prothèses et appareils auditifs permettant le diagnostic précoce de la surdité chez les très jeunes enfants ».

BioCubaFarma, la société publique qui regroupe l’ensemble des acteurs de l’industrie biomédicale, détient plus de deux mille brevets et exporte plusieurs centaines de produits différents vers le Brésil, le Vietnam, l’Afrique du Sud, le Venezuela, l’Algérie et l’Iran. Partenaire privilégié de Cuba, la Chine vient de recevoir l’autorisation d’ouvrir une société pharmaceutique sur le territoire cubain. Compte tenu du faible coût et de la bonne formation des professionnels de la santé à Cuba, les Canadiens sont également intéressés, tout comme certaines entreprises françaises.

 

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