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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Archives1996. HAÏTI/ ARMEE et TRAFIC DE DROGUE. Haïti, entre coups d'Etat et trafic de drogue - Par MARTINE ROYO

Publié par siel sur 27 Juin 2020, 14:58pm

Catégories : #AYITI EXTREME DROITE, #PEUPLE sans mémoire..., #DUVALIER

Joseph Michel François dit " Sweet Micky" l'un des artisans du coup d'Etat de 1991 et responsables de crimes sur la population décédé au Honduras

Joseph Michel François dit " Sweet Micky" l'un des artisans du coup d'Etat de 1991 et responsables de crimes sur la population décédé au Honduras

Faire la lumière sur l'histoire d'Haïti n'est pas chose facile. C'est pourtant ce que viennent de tenter deux journalistes, Nicolas Jallot et Laurent Lesage, dans un livre qui clarifie les rapports de forces en présence dans cette île condamnée à subir le jeu des influences étrangères et des rivalités locales. De la fin du règne de Jean-Claude Duvalier, alias « Baby Doc », au terme du mandat du prêtre-président, Jean-Bertrand Aristide, fin 1995, ils nous montrent le dessous des cartes, du moins une partie, et ce n'est pas toujours à la gloire des grandes puissances, en particulier des Etats-Unis. Ni du Vatican qui prend ouvertement parti contre Aristide, donc se coupe de la frange la plus déshéritée de la population haïtienne. La France en revanche y brille de plus en plus par son absence. 


C'est surtout à partir du coup d'Etat de septembre 1991, fomenté par le chef de la police haïtienne, Michel François, contre Aristide, que l'histoire d'Haïti se façonne à Washington et que Paris baisse les bras. « A l'ambassade américaine, Michel François est inconnu des fichiers. Vent de panique à Washington. Un ordre tombe rapidement : "S'il est trop tard pour influencer le cours des évènements, faire récupérer le coup d'Etat par l'un de nos hommes et garantir la vie du président Aristide". » Cet homme, ce sera le général Raoul Cedras. Il va voler le coup d'Etat à Michel François, sauver le président Aristide de la folie meutrière du chef de la police et de ses hommes, et expédier le « paquet » en avion vers Washington où Aristide ne fera rien pour reprendre le pouvoir avant d'être ramené à Haïti par les Américains en 1994.

Pourquoi Washington n'a­ t­-il pas rétabli le pouvoir légal plus tôt, au nom du respect de la démocratie ? Aristide, qui avait gouverné sept mois, était le second président élu démocratiquement par les Haïtiens, avec Leslie Manigat, qui n'a gouverné que cinq mois. Nicolas Jallot et Laurent Lesage n'y vont pas par quatre chemins : « Aristide a tout simplement payé pour sa lutte contre la contrebande et le trafic de drogue. Michel François, qui surveille et active le trafic de drogue en Haïti, commençait à sentir le danger. » Car le drame d'Haïti, c'est la drogue. « De 1986 à 1994, le trafic s'implante massivement sur le territoire haïtien, au point d'en faire une véritable plaque tournante de la drogue pour cette région. Un gigantesque entrepôt pour les trafiquants venus de Colombie, avant d'approvisionner toute l'Amérique du Nord. Une grande partie de la hiérarchie militaire plonge dans le trafic. » Certaines grandes familles d'Haïti, celles qui financent les coups d'Etat quand le pouvoir contrecarre leurs intérêts, ont­elles également trempé dans le commerce de stupéfiants ? Des soupçons pèsent sur la famille Bennett, dont est issue Michèle Bennett-Duvalier, l'épouse de « Baby-Doc ».

Avec Cedras au pouvoir et Michel François aux commandes de l'armée, le trafic s'est affermi. Pourquoi les Américains ont­ils laissé faire ? La CIA forme un certain nombre d'officiers haïtiens au camp militaire Fort Benning de Colombus en Georgie (un vivier où elle recrute aussi des informateurs latino-américains). Parmi eux, les principaux chefs militaires haïtiens qui ont émargé ensuite à la CIA. Le général Cedras fait partie des heureux élus. « Pour assurer son emprise sur l'élite galonnée, l'agence de renseignement américaine a tout intérêt à la "pousser" dans le trafic de drogue. Le procédé permet, entre autres avantages, de "déboulonner" les militaires devenus indésirables. » Une stratégie qu'illustre bien la chute du président panaméen Manuel Noriega. Aristide n'a pas tort de dénoncer l'ambiguïté de la position américaine. 

Car si Bill Clinton lui a apporté publiquement son soutien pendant ses années d'exil, la CIA semble avoir une autre stratégie... 

Le 15 octobre 1994, « Titid » revient dans les fourgons américains, mais il est sous influence. Il ne parle plus que de privatisations et d'économie de marché. Le peuple haïtien est déçu. Aristide décide de se retirer (provisoirement ?) de la politique et va passer la main à son successeur le 7 février prochain. Mais René Préval, présenté bien souvent comme son clone idéologique, a été élu dans l'indifférence générale (80 % d'abstentions) en décembre dernier. 

 

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