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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Le temps des universitaires faussaires. Par Erno Renoncourt

Publié par Erno Renoncourt sur 21 Septembre 2020, 19:28pm

Catégories : #AYITI ACTUALITES, #CULTURE, #AYITI EXTREME DROITE, #DUVALIER

Le temps des universitaires faussaires. Par Erno Renoncourt

     Le temps des universitaires faussaires

 

Merci d’avoir republié ce texte[1] de 2015 dans lequel je décrivais l’immonde complicité des universitaires haïtiens dans l’étouffoir qu’est devenu Haiti. J’en profite pour vous envoyer l’avatar par lequel je représente désormais l’universitaire haïtien.  Un être effondré qui contribue à enfumer les vies et les consciences de ceux et celles qui sont encore capables de dignité dans un pays rendu humainement invivable.

 

Ce texte que vous avez republié doit aussi être rattaché à un billet[2]  que j’avais produit dans la même année pour dénoncer l’imposture des acteurs qui jouaient le spectacle des faux opposants au pouvoir Tèt Kale au nom de la permanente tactique des ennemis d’Haïti de toujours faire en sorte que la bêtise succède à la bêtise. À l’époque, ma provocation visait les positions douteuses d’un certain groupe qui jouait les « opposants bienveillants à Tèt Kale » et animait un forum politique par messagerie interposée. Vraisemblablement l’actuel ministre des affaires étrangères faisait partie de ce groupe puisque son email revenait toujours dans la liste des destinataires.

 

Et comme je le pensais, ces gens n’étaient, en grande partie, que des imposteurs. D’ailleurs les noms de nombreux destinataires des messages de ce forum peuvent orner un musée des crimes économiques et politiques contre le peuple haïtien. Et de fait, notre faux opposant est aujourd’hui devenu ministre et semble avoir atteint ses rêves les plus fou, s’il faut du moins croire les indiscrétions d’un de ses amis. Car, il aurait hurlé de joie juste après son installation en disant « qu’il peut désormais mourir sans regrets, car il vient d’entrer dans l’histoire de la diplomatie et dans les légendes haïtiennes ».

 

 

Vous voyez bien que c’est toujours une commune dynamique qui s’active :  des ordures confinées, sans distanciation, dans le même espace mal aéré, dégageront toujours la même puanteur. En d’autres mots, des hommes et des femmes privés de conscience et de dignité, qu’ils soient universitaires, dignitaires religieux, fonctionnaires, prolétaires ou gangsters, réagiront avec la même indignité pour servir la même escroquerie.

 

Le temps des arnaqueurs anti-système

 

Dans la même veine, il faudra penser aussi à rafraichir la mémoire des PetroChallengers. Je les avais interpellés aussi en 2008 par une lettre[3] pour les mettre en garde contre cette inconstance et cette imposture que je leur soupçonnais et qui empêchent toujours à la petite bourgeoisie haïtienne d’entrer dans l’histoire aux côtés des masses. Hélas, là encore, mes craintes se sont révélées prémonitoires. Car c’est la fausse contestation antisystème des PetroChallengers qui a allumé les contre feux ayant permis au PHTK de reprendre la main sur tout.

 

Par anticipation sur l’inconstance chronique petite bourgeoise, je les avais exhortés « à comprendre l'urgence de certains moments pour se dépouiller de leur ego et accéder à l’appel de la responsabilité et de la solidarité ». Je leur disais de laisser leur colère se joindre à l’effervescence de la rue pour embraser la conjoncture, je leur faisais voir la nécessité de se défaire des conjectures sur l’opposition politique (certes médiocre) pour voir en PHTK le plus dangereux des ennemis du peuple haïtien. Mais, tout laisse croire qu’ils avaient reçu des injonctions et des gages pour se décanter des masses. Et voilà que nous sommes dans une heure indigente qui peut nous ramener à plus d’horreurs que celles commises par les Duvalier et les Militaires.

 

Pourtant les signes étaient présents depuis le début. Car ce n'est pas l'obscurité qui annonce la nuit, mais le premier vol du hibou et le premier cri de la chouette qui surviennent furtivement au-delà du crépuscule. Mais sans intelligence et sans vigilance, certains ratent toujours les signes avant-coureurs des catastrophes. Et le temps d'en prendre conscience, noire, immonde et ténébreuse, l'horreur est là avec son cortège d'expropriés, de sacrifiés, de fusillés et d'exilés.

 

Il y a une comme une sourde défaillance qui vient plomber toutes les luttes populaires et sociales en Haïti. Pourtant, cette défaillance n’est pas une fatalité. Elle est maintenue à dessein comme une éclipse permanente pour terrifier et corrompre ce que l’‘humain peut avoir de plus digne en lui. Une défaillance qui agit comme une insoutenable gravité pour maintenir l’humain dans une permanente précarité qui l’invitera à renoncer à tout pour lutter pour sa survie.

 

La conjonction des forces ténébreuses

 

C’est là qu’il faut chercher la conjonction des intérêts économiques et culturels qui produisent, par attraction pour la bêtise, cette éclipse favorable à la permanence de l’indigence. En effet, tout en étant sur des trajectoires opposées de réussite et de survie, les couches sociales haïtiennes dominantes parviennent toujours à aligner leur vue autour des forces politiques ténébreuses. La stratégie consiste à créer des contre feux qui estompent toutes les initiatives en faveur des couches populaires. En Haïti, les groupes qui se trouvent au-dessus de la hiérarchie sociale, parce qu’humainement précaires, ont toujours préféré l’obscurité, la médiocrité et la criminalité à la colère irradiante des masses. Et pour cause, car la lumière révèle toujours ce que l’obscurité voile et masque.

 

L’agonie du peuple haïtien résulte d’une constante historique : l’absence d’une avant-garde réellement cultivée (je reviendrai sur l’imposture du savoir de nos universitaires) et politiquement conscientisée prête au grand sacrifice de l’incandescence pour éclairer la route que doivent emprunter les masses pour se maintenir et marcher dans l’histoire.

 

Je ne cesse de le dire : le bug du logiciel haïtien n'est pas seulement au niveau du management politique. Le management politique n’est qu’un outil au service d'un modèle économique et d'une culture d’affaires qui font la part belle aux mauvais arrangements et promeut l’imposture et la soumission. Derrière les monstres politiques passés, actuels et futurs, il y a eu, il y a et il y aura toujours les forces de l’ombre représentées par les structures économiques, culturelles et médiatiques. Et dans notre contexte, elles sont en grande majorité des forces de dévoiement et d’abrutissement de l’humain.

 

L’auto routage vers l’indigence

 

Manifestement, de mon point de vue, Roger Gaillard s’est trompé en parlant de déroute de l’intelligence en Haïti. Car, il n’y a qu’un auto routage permanent de ceux et celles qui détiennent le savoir vers les lieux de pouvoir pour assurer leur réussite ou leur survie, dans un contexte d’humaine précarité. C’est ce que j’appelle l’Indigence et que je définis comme un effondrement de la conscience vers les basses eaux précaires, entre les lignes de la servitude et de la survie. Il semblerait que dans la germination du projet social, les couches haïtiennes ont compris que, sur une terre de douleurs, le prix de l’intelligence et de la dignité serait humainement trop élevé pour que ces valeurs restent soutenables dans le temps. Alors ils ont pris les raccourcis vers l’indigence.

 

Tout le malheur d’Haiti vient du fait que c’est un pays qui n’est pas humainement habité. Majoritairement, il n’y a que des forces déracinées qui se trouvent en permanente situation de transit. De ce fait, au nom de l’individualisme méthodologique, elles limitent leur horizon de succès à une intégration dans les rêves d’ailleurs, sinon à une complète soumission aux injonctions venues de ceux qui peuvent leur permettre de survivre en échappant à la précarité. Il y a donc une projection horizontalement assumée, c’est-à-dire, selon une direction parallèle au sol et sans aucune verticalité de la majorité des Haïtiens vers les rêves étrangers et blancs. Regardez bien, et vous verrez que derrière tous ceux et toutes celles qui affichent un semblant de réussite sociale, il y a l’ombre projetée d’une accointance étrangère à angle droit. C’est ce qu’on pourrait appeler l’angle zéro de la réussite par la soumission. Voilà pourquoi la proximité avec le blanc et la reconnaissance du blanc sont les étendards que brandissent toutes les couches sociales haïtiennes. L’ironie est que même ceux qui se réclament de la gauche et qui luttent contre le néo-libéralisme n’échappent pas à cette indigence. Ces groupes, qui combattent de leur verbe marxiste l’asservissement économique des masses par le libéralisme, oublient volontairement que ce sont eux qui bénéficient des avantages culturels qu’offrent le néo-libéralisme pour mieux asservir les masses. Regardez bien comment ceux qui ont reçu les reconnaissances académiques du blanc sont toujours en première ligne pour défendre l’indigence politique.

 

Il est donc manifeste qu’Haiti fera un grand pas vers la prise en main de son destin, le jour où ceux et celles qui ont le savoir et le pouvoir comprendront que ce n'est pas en se projetant sur les normes improbables de gouvernance, de performance et d'existence définies par le blanc qu'ils se réaliseront humainement, socialement, politiquement et économiquement.


L'expérience vivante de ces 60 dernières années prouve que les projections faites par le blanc pour Haïti sont toujours à minima. C'est le moyen barbare le plus civilisé pour continuer le mythe du blanc civilisateur et sauveur du nègre incapable d'entrer dans l'histoire et de s'approprier les outils d'intelligence. Je reprends la parole officielle d'un ancien récent président français qui, comme beaucoup d’autres, déconfine de plus en plus son racisme. Tant que la relève haïtienne vivra dans l'exaltation des rêves d'ailleurs, elle ne pourra pas inventer ses propres légendes. Or c'est en se donnant des légendes à la mesure de ses conditions d'existence, de ses souffrances et de ses espérances en lien avec son territoire qu'un peuple se libère de ses indigences.


 

À bientôt.

 

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