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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


A L'AFFICHE, CINÉMA, FESTIVALS Les Révoltés du Monde : Papa Doc, Oncle Sam et les Tontons Macoute

Publié par siel sur 6 Octobre 2020, 20:20pm

Catégories : #PEUPLE sans mémoire..., #DUVALIER

 « un pays qui n’a pas de mémoire est un pays voué à la destruction… »

« un pays qui n’a pas de mémoire est un pays voué à la destruction… »

— par Janine Bailly —

À la Martinique, le Festival International du Film Documentaire a choisi comme patronyme « Les Révoltés du Monde ». Un fort joli titre, si l’on veut bien se rappeler que la manifestation est organisée par l’association Protea-Les Révoltés de l’Histoire. Car qu’est-ce d’abord que Protea, sinon cette superbe fleur originaire d’Afrique du Sud, et qui au pays de Nelson Mandela fut choisie comme emblème !

En dépit de l’obligation à porter sans défaillir le masque tout au long des séances, les salles se remplissent à l’appel de ce cinéma du réel, alors que le public, encore trop clairsemé, semble bouder les films de fiction offerts, depuis le déconfinement, par Madiana, ou par Tropiques-Atrium. La programmation Festival, centrée d’abord sur les Caraïbes, ses rapports avec l’Afrique, puis ouverte sur le reste du monde, exerce sur nous un attrait particulier – sans oublier les tarifs très attractifs proposés en cette période difficile ! Et c’est tout à notre honneur de vouloir, comme le dira l’un des organisateurs, « combler notre déficit de connaissances historiques et géopolitiques », nous renseigner sur le monde comme il va, ou comme il se fourvoie  !  Mais ne peut-on désirer être plongé au cœur de la réalité tout en souhaitant s’en évader de temps à autre ? Au bonheur enfin retrouvé de partager avec les autres mes émotions, mes découvertes, mes surprises sur grand écran, s’ajoute ma perplexité : nous n’étions l’autre soir qu’une petite poignée de spectateurs à voir Ondine, en version originale sous-titrée, un petit bijou teinté de romantisme allemand, une jolie métaphore sur la force et l’éternité du sentiment amoureux… notre aptitude au rêve souffrirait-elle de la pandémie qui perdure ?

Bref, ne boudons pas notre plaisir, Papa Doc, l’Oncle Sam et les Tontons Macoutes, écrit et réalisé par Nicolas Jallot et Émile Rabaté, sorti en France en 2019, voilà une belle proposition pour l’ouverture du Festival, ce jeudi 2 octobre 2020. L’occasion de mieux appréhender ce que furent les « années Duvalier père et fils », puisqu’à François succéda Jean-Claude. Et qu’à la troisième génération un Nicolas ne se montre pas hostile à l’idée de jouer à son tour, dans un avenir nébuleux, un quelconque rôle politique en Haïti… les « héritiers », les « barons du duvaliérisme » restant là, « dans les coulisses », tapis dans l’ombre, prompts peut-être à se glisser dans l’interstice qui pourrait s’ouvrir… 

Le documentaire est parfait dans le dosage, entre voix off qui assume la trame du récit, témoignages recueillis auprès des acteurs de l’époque, cartes situant le lieu des actions, interventions savantes de spécialistes historiens et avocats, et documents d’archives visuelles ou sonores : nous entendrons la voix de Papa Doc, puis celle de Baby Doc, moments propres à nous troubler quand nous savons les dictateurs qu’ils furent. Tortionnaires, sanguinaires, avides de pouvoir et de richesses. S’appuyant sur les tontons macoutes. « La démocratie, c’est un mot, c’est juste un mot. Ce que vous appelez démocratie dans votre pays, un autre pays peut appeler ça dictature », proclame dans un demi-sourire inquiétant Papa Doc. « Il n’a jamais été question de concéder quoi que ce soit au gouvernement américain », soutient son successeur, imposé à la tête du pays par les États-Unis, justement ! Ce serait à rire si ce n’était si tragique : le film démontre avec précision comment pendant trois sombres décennies, le pays soumis à un régime d’oppression et de répression instauré par un génie malfaisant – qui n’avait été d’abord qu’un petit médecin de campagne – ce pays fut, aurait pu dire Césaire un « jouet sombre au carnaval des autres ». Haïti, un pion dans la Guerre froide qui opposait en ces années les deux géants USA / URSS. Un bastion quand on craignait « l’avancée du communisme en Amérique latine ». Et François ou Jean-Claude Duvalier, pantins dont les présidents américains successifs tiraient les ficelles.

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