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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Elisabeth Martens: « Il y a une collusion entre l’institution bouddhiste et les bonzes du néolibéralisme »

Publié par siel sur 17 Novembre 2020, 17:58pm

Catégories : #INTERNATIONAL, #CULTURE

Alors que notre société capitaliste se révèle de plus en plus étouffante, la pleine conscience apparait comme un exutoire qui a le vent en poupe. Dans les émissions radio, les tutos YouTube ou les magazines, la pleine conscience est préconisée pour échapper au stress du quotidien. Dans le nouveau livre paru chez Investig’Action, Elisabeth Martens révèle le côté pile d’un phénomène enjolivé. Biologiste ayant étudié la médecine chinoise, elle ne nie pas les bienfaits de la méditation. Mais elle dénonce l’imposture de cette institution religieuse qui s’est discrètement liée aux pouvoirs et aux élites, comme on peut dénoncer les dérives du christianisme sans remettre en cause le message des Evangiles. (IGA)

 

Elisabeth, peux-tu te présenter, notamment sous l’angle : quelle légitimité, ou compétences, ou expériences, as-tu pour parler du bouddhisme ?

Tout d’abord un intérêt pour les religions, ou plus exactement pour ce qui amène les gens à croire et à s’engager dans une religion. C’est une curiosité qui remonte à mon adolescence. Alors que je fréquentais des abbayes cisterciennes et que me mère, professeure de yoga, s’intéressait aux religions orientales, je me suis aussi tournée vers le bouddhisme. Vers 15 ans, je me suis retrouvée assise en zazen dans le premier centre bouddhiste de Bruxelles, à la Rue Capouillet, qui venait d’ouvrir.

Mes études universitaires m’ont éloignée de ces préoccupations pendant quelques années et, suite à une licence en biologie acquise à l’ULB dans une rigueur tout académique, je me suis sentie en manque de « remue-méninges philosophiques ». Ce fut une des motivations qui m’ont dirigée vers la Chine, et je me suis engagée dans trois années de spécialisation en médecine traditionnelle chinoise que j’ai faites à Nankin, capitale du Jiangsu (Chine).

Ces années ont été comme une renaissance pour moi, à bien des points de vue, entre autres, au niveau du mode de pensée chinois, tellement différent du nôtre. J’ai d’ailleurs écrit un livre à ce sujet, il est sorti en 2013[1]. Les nombreux voyages que j’ai faits durant ces trois ans en Chine m’ont donné l’occasion de visiter des monastères bouddhistes, d’y rencontrer des moines et des lamas. J’ai été frappée par la similitude entre leur mode vie et celui que j’avais vu dans les monastères cisterciens en Belgique, des similitudes que j’ai perçues également dans leur foi en un « Ultime », un « Transcendant », un « Au-delà ». Que les uns l’appellent « Dieu », les autres « Réalité ultime », il s’agissait pour moi d’une seule et même croyance. Même si notre Dieu est anthropomorphe et que la « Réalité ultime » du bouddhisme ne l’est pas, cela ne change rien au fait qu’une transcendance est pensée et comprise comme engendrant notre monde phénoménal. 

Par contre, la Chine, plus pragmatique, a à peine ébauché un questionnement quant à la transcendance ou quant à la création, elle s’est rapidement distanciée de toute possibilité de réponse valable. Elle a préféré se tourner vers le « comment » des choses, laissant les « pourquoi » aux plus futés qu’elle (ou à ceux qui se croient tels). La Chine s’est contentée d’épouser les mouvements oscillatoires du vivant. Les pratiques de taijiquan en sont un exemple, et je me suis mise à les pratiquer là-bas tout en étudiant la langue, la médecine traditionnelle et d’autres pratiques de santé taoïstes comme les différentes formes de Qigong qui incluent aussi des méditations, dites « visualisations ». Je n’ai jamais arrêté de me former à ces pratiques puisque j’en apprends encore régulièrement avec Tian Liyang, un maître taoïste des monts Wudang (dans le Hubei).

La Chine, avec son bagage philosophico-pratique, est une source inépuisable d’apprentissage et elle m’a donné envie de le partager, d’où les cours que je propose sur les différentes lignées de la pensée chinoise, principalement taoïsme, confucianisme et bouddhisme, des formations de médecine chinoise et de massothérapie, des ateliers de pratiques de santé taoïstes. D’où aussi la publication de plusieurs livres qui sont pour moi autant de stimuli à la recherche, des motivations à aller chercher toujours plus loin, et d’où les sites sur le Tibet[2] et sur l’écologie en Chine[3], et encore les voyages d’étude à travers la Chine.

SUITE dans le lien

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