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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


L'heure putride. - Par Erno Renoncourt

Publié par siel sur 8 Février 2021, 19:34pm

Catégories : #E.Renoncourt chroniques, #PEUPLE sans mémoire..., #DUVALIER

L'heure putride. - Par Erno Renoncourt

L’heure Putride

Haïti où est ta résistance ?

Comme c'était prévisible, dans le sillon du triomphe de l'indigence, la répression s'abat sur Haïti. Dans sa version la plus grotesque, la plus médiocre, la barbarie revient en force. Les gens sont jetés en prison, battus, humiliés, torturés par la seule volonté et la ferme disposition d’un chef tout puissant qui claironne qu’on a attenté à sa vie. Voulant à tout prix rester au pouvoir, il crée le contexte machiavélique pour mieux se débarrasser de toute résistance.

Résistance ! Mais, cette Haïti a-t-elle le courage de résister aux assauts de l’indigence quand elle a si longtemps désappris à être digne ?  Cette Haïti, si remplie de talents qui, tels d’étonnants voyageurs en transit, sont plus prompts à prétendument réussir ailleurs, a-t-elle la disponibilité humaine pour vivre libre et digne quand ses fils et ses filles, pour se projeter au sommet de la hiérarchie, ne vivent que dans l’ombre projetée des accointances qui oppriment sa population ? Les succès de ces nouveaux marrons de la précarité, ne dépendent-ils pas des impostures qui sont promues en haut lieu pour affaiblir la résistance collective de la population ?  N’est-il pas de plus en plus manifeste que pour certains, ici et ailleurs, la population noire et pauvre d’Haïti ne vaut pas l’éclat des projecteurs médiatiques et encore moins le bénéfice de l’effectivité démocratique fondant les piliers des droits humains si chers aux Nations Unies et à l’Occident ?

Mais les coups d’éclats, l’effectivité démocratique s’obtiennent-ils par mérite ? Ne se gagnent-ils par l’entêtement d’un collectif à vouloir rester digne ? Car, c’est en raison de l’indignité politique des uns, de l’insignifiance académique des autres et de l’impuissance de tous qu’Haïti devra avaler la semence nauséabonde abondamment projetée par la graine qu’elle avait, toute indignité bue, fait germer dans ses arrières non protégés. Vous souvenez-vous de ces chants qui résonnaient dans les saisons fleuries de la moisson des 184 fanions démocratiques ? : « Grenn Nan Bounda an Ale ! N’est-ce pas cette graine, GNBiquement transformée, qui, ayant fleuri comme une rose indigente, libère son nectar putride dans la gorge du peuple haïtien ?

De convergences aliénantes aux divergences structurantes

Ah, j’entends en contre bas la chorale qui me rappelle à l’ordre ! Ce n’est pas le moment de revenir sur ces indigences, nous avons besoin d’unité. Oui, nous avons besoin d’unité, mais surtout de divergences structurantes. Car, nous avons été trop enclins par le passé à aller vers des convergences aliénantes et dévoyantes que nous avons fait du surplace. De concertation modulée par entre-soi en convergence regroupée autour de bandits sans foi ni loi nous avons tout galvaudé, et nous voilà aux abois ! Et loin d’apprendre de nos errances pour puiser dans ces retours d’expérience des raisons de faire murir l’intelligence collective autour d’un pacte éthique, nous refusons d’assumer la vérité. On ne peut assumer Haïti que dans la vérité, par le courage pour faire vivre la dignité.

N’est-ce pas étrange qu’Haiti a pu se défaire en 2004 de son « tyrannique président Lavalas » qui était pourtant très « populaire », alors qu’elle n’arrive pas à faire vaciller d’un pouce, depuis 4 ans, un inculpé illégitime, impopulaire ? Ne faut-il pas aussi ajouter que celui-ci qui est en travers de la gorge de la population porte mille fois plus d’atteinte à la démocratie que celui-là !

Comme je l’avais dit en 2018, pour s’extraire de la valse indigente qui berce Haïti, il faut construire l’unité stratégique contre l'ennemi commun. Or cet ennemi, qui supporte les affreux politiques est le même qui finance les succès des plus soumis et des plus gentils d'entre nous par des subventions, des bourses d’études, des prix littéraires, des distinctions honorifiques. Une manière d’isoler ceux qui sont dans la radicalité afin de faire plier l’échine aux autres plus facilement. Or, pour paraphraser un auteur français, les honneurs et les prix accordés par l’Occident, qui donnent aux plus neutres ce sentiment de supériorité et de réussite sur les masses populaires, sont souvent de « l’amidonnage » pour momifier la conscience et dompter les postures. Une sorte « de nouveau fouet pour amadouer et soumettre ». C’est contre cet ennemi commun qu’il faut s’unir. Et cela demande des renoncements et des sacrifices. Cela demande de se défaire des accointances mafieuses et d’accepter de sortir de cette zone de confort structurée autour de la médiocrité. L’histoire des luttes populaires enseigne qu’il est préférable de construire le changement autour des divergences structurantes au lieu de s’aliéner des parrainages déstructurants.

En revenant sur 2004, je voulais rappeler que l’enjeu de la bataille contre Lavalas n’a jamais été un enjeu démocratique. Cela a été une injonction formelle du blanc qui ne supporte pas de travailler avec ceux qui ont la moindre once de dignité. Une injonction qui a été reprise en boucle par les éternels courtiers et portefaix locaux de la communauté internationale et aussi par les organisations socioprofessionnelles qui vivent des projets de l’assistance internationale.

N’est-il pas vrai que l’unité du groupe des 184 a été faite parce que le blanc était le donneur d’ordre ? Sinon pourquoi nous avons accepté que soient portés et maintenus au pouvoir, tour à tour, un toxicomane délinquant et un inculpé arrogant qui ont :

  • Vandalisé toutes les institutions du pays ;
  • Participé à l’une des plus grandes opérations de dilapidation de fonds dans le pays ;
  • Recruté des mercenaires pour tuer une partie de la population ;
  • Livré, à des porcs comme repas, des cadavres de gens des quartiers populaires abattus dans des scènes de grande barbarie ;
  • Armé, légalisé et unifié des gangs rivaux pour mieux réprimer la population ;

Qu’on ne me fasse pas dire que Lavalas a été un modèle démocratique !  D’ailleurs plus de 30% des cadres du PHTK sont des transfuges Lavalas qui eux-mêmes ont été en grande partie des transfuges macoutes. Juste pour rappeler combien l’absence de conviction nourrit l’indignité, et combine l’indignité empêche toute résistance et toute intelligence. C’est là qu’est le drame : car si dans quelques jours, dans quelques semaines, dans quelques mois, ou dans quelques années, une opportunité historique permettra de se défaire du PHTK, ceux qui prendront le relais sur le trône seront parmi ceux qui ont su rester silencieux pendant la montée de l’indigence et qui de toute évidence seront aussi futiles parce que leur mission sera la même : utile à la continuité.

Ensemencer le courage et la dignité pour auréoler l’avenir

Mais que disais-je déjà ! La dictature revient déconfinée. Mais cette dictature, était-elle jamais loin ? N’était-elle pas que voilée ? N’était-elle pas que dissimulée derrière des artifices et des impostures qui ont été cautionnés et tolérés parce que permettant à quelques-uns de tirer profit et de changer de statut pour échapper à cette sourde précarité ?

Si aujourd’hui la dictature prend la forme d’un nègre banane qui s’entend octroyer les pleins pouvoirs pour régner comme maitre et seigneur d'Haïti après Dieu et après le Blanc, c’est ce parce qu’en amont nous avions toléré à des niveaux autres que politiques qu’Haïti soit un lieu d’expérimentation des projets foireux des agences internationales qui ont besoin de défaillance pour promouvoir leur expertise d'assistance.

Aujourd’hui, il est plus que jamais manifeste que les concepts démocratie, État de droit, Élections, qui sont promus par l’occident, ne sont que des impostures. Comme aussi d’ailleurs les projets techniques d’assistance portés par les agences internationales de développement. Haïti doit construire sa résistance autour des valeurs qui peuvent structurer et enraciner son collectif sur son territoire pour magnifier sa dignité. Cela prendra du temps, mais ça viendra si Haïti apprend à vivre autrement que pour survivre au naufrage entre marronage indigne et sauvetage individuel. E sera douloureux, mais ça viendra pour autant que des voix minoritaires continuent de s’élever pour amplifier ces mots d’insolence que l’imposture ne peut pas reprendre et ne peut pas relayer. Car ce sont ces mots qui doivent permettre d’ensemencer le courage et de faire germer la dignité pour auréoler l’avenir loin de l’enfumage actuel.

Erno Renoncourt

8 février 2021

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