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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


La dette du Chili envers le peuple mapuche. PAR YASNA MUSSA

Publié par YASNA MUSSA sur 10 Mai 2021, 15:49pm

Catégories : #NUESTRA AMERICA, #RACISME

Racisme, agressions et invisibilité politique ont marqué la relation entre l’État chilien et les Mapuches, groupe majoritaire parmi les peuples autochtones. Toutefois, dans un geste sans précédent, ces derniers disposeront de 17 des 155 sièges de l’Assemblée constituante qui est désignée les 15 et 16 mai.

Santiago (Chili).– Le 7 janvier est une date importante pour Guacolda Catrillanca. C’est son anniversaire. Et cette année, celle de ses sept ans, a eu une saveur spéciale, car un tribunal a reconnu coupable huit policiers pour le meurtre de son père. Camilo, paysan de 24 ans d’une communauté mapuche (« peuple de la terre »), le groupe autochtone majoritaire au Chili, avait été tué d’une balle dans le dos en novembre 2018.

La version officielle voulait accréditer, en mettant en avant son casier judiciaire, que la victime était coupable. Mais la justice l’a mis à bas. Pour la communauté mapuche, c’est l’illustration parfaite du racisme dont elle est victime de la part de l’État chilien. 

Au même moment cependant, la police d’investigation (PDI) a empêché la mère, la veuve et la fille de Camilo Catrillanca d’être présentes au tribunal, car elles étaient bloquées par une énorme opération antidrogue menée avec plus de 800 soldats dans leur communauté de Temucuicui.

Le même après-midi, des photos ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux montrant la petite Guacolda encerclée par la police, allongée à plat ventre sur le sol, regardant sa mère et sa grand-mère menottées à quelques mètres d’elle. Une semaine plus tard, le média communautaire Radio Villa Francia a diffusé un enregistrement audio dans lequel un responsable présumé du PDI menace de tuer une jeune Mapuche de 12 ans.

Quelques mois plus tôt, en septembre 2020, une scène similaire s’était produite dans le centre de Temuco, une ville située à environ 700 kilomètres de Santiago, où des enfants et des adolescents se sont affrontés aux forces de l’ordre. À cette occasion, la police était soutenue par des véhicules antiémeutes et des canons à eau pour interrompre une marche en défense des enfants mapuches à l’appel des communautés de ce peuple autochtone, le plus nombreux au Chili selon le dernier recensement de 2017 (1,7 million de personnes, soit près de 13 % de la population totale et 80 % des autochtones chiliens).

Une vingtaine de personnes avaient été arrêtées. Parmi elles, Brandon Hernández Huentecol, 20 ans, qui avait fait la une des journaux en 2016 lorsqu’il avait été grièvement blessé par le tir d’un carabinier en tentant de défendre son jeune frère de 14 ans. Hernández Huentecol vit toujours avec 180 plombs dans le corps, malgré les nombreuses opérations qu’il a subies.

« La violence est systématique et historique et, malheureusement, nous la portons presque tous dans notre héritage. Tous nos ancêtres ont vécu des épisodes de violence depuis leur enfance », estime Onesima Lienqueo, fondatrice du Réseau pour la défense des enfants mapuches.

Cette avocate autochtone a accompagné la famille de Brandon Hernandez Huentecol tout au long de son traitement à la clinique allemande de Temuco, lorsque l’adolescent était entre la vie et la mort. Que cela se soit passé lors d’une manifestation pour exiger la fin de la violence contre les enfants illustre bien ce que son peuple subit. « On parle de viols, de violences physiques, de racisme, de discrimination verbale et psychologique. Ils nous ont dépouillés de notre langue, de notre religiosité, de notre culture, de notre spiritualité », souligne Lienqueo.

« C’est directement lié à l’idée d’homogénéité créole et au fait de se sentir représenté par des imaginaires où les origines sont brouillées, il existe un déni et une profonde ignorance de la mémoire territoriale et collective, explique Daniela Catrileo, professeure de philosophie, écrivaine et poète. Nous l’observons dès le plus jeune âge dans les écoles, où le programme scolaire tend à blanchir l’histoire, à donner certains noms de “gagnants” et d’autres de “perdants”. »

Le conflit entre l’État du Chili et le peuple mapuche remonte à loin. Après l’indépendance en 1818, les terres riches et fertiles situées dans le sud du territoire et ayant appartenu pendant des siècles à ce peuple autochtone qui a résisté à la colonisation espagnole ont été occupées. Les Mapuches ont été dépossédés. Wallmapu – comme est désigné en mapudungun, la langue des Mapuches, leur territoire – concentre un grand nombre d’entreprises forestières et hydroélectriques, d’usines de cellulose et de plantations en monoculture.

Seule une minorité a vendu ses terres volontairement ou a été indemnisée. C’est vers la fin du XIXe siècle et la première moitié du XXe que différents gouvernements ont lancé des campagnes visant à promouvoir l’immigration européenne et donc à « blanchir » la « race » (raza), comme on peut le lire dans les programmes gouvernementaux de l’époque.

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