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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Haïti entonne le Gangster Noster sur les ruines de l’État de droit. PAR ERNO RENONCOURT

Publié par siel sur 17 Juillet 2021, 15:08pm

Catégories : #E.Renoncourt chroniques

 

Plus le rideau effiloché se dénude sur la scène hideuse du théâtre haïtien, plus l'intrigue devient macabrement odieuse. Et, conséquemment, plus machiavélique apparait le jeu criminel des acteurs qui s’y performent, plus nette et claire se révèle leur identité mafieuse et inhumaine. Si l’Italie a sa comedia del arte, Haïti peut s’enorgueillir d’avoir sa comédie des ratés. Les diplômes académiques, les prix littéraires, les distinctions honorifiques, les médailles des légions d’honneur qui ont été généreusement distribués dans le shithole ont produit l’effet voulu par les producteurs, les réalisateurs et les metteurs en scène des grandes mégapoles.  Chemin faisant, là où généralement le talent se met en valeur par l’excellence et le sens des responsabilités pour faire briller l’intelligence éthique, en Haïti, c’est par une insoutenable indécence et indignité qu’on se bouscule pour entre dans l’enfumage pour réussir ou survivre.

Et l’éternelle question qui revient et qui dérange : comment un peuple prétendument bourré de talents individuels, dont les ancêtres ont été à l’avant-garde des luttes pour la liberté, il y a deux siècles à peine, peut-il se complaire à survivre à tout même au prix de la laideur et de l’indignité ? Cet article n’a pas la prétention de répondre à cette question, mais se propose de relancer quelques grandes questions qui bouclent la boucle des irresponsabilités entourant l’assassinat de Jovenel Moïse. Assassinat qui du reste permet de trouver d’innombrables exemples de cas comme autant d’application de l’axiomatique de l’indigence.

L’indigence universelle

Empressons-nous de dire, que ce serait trompeur de croire que le contexte d’indigence qui déshumanise Haïti n’est qu’une spécifié de shithole. Car, pour prendre en exemple le pays du Roi Soleil, qui revendique toutes les lumières, toute la culture, tout le luxe et toute la démocratie du monde, la France, puisqu’il faut la nommer, se retrouve presque dans une situation institutionnelle aussi indigente qu’Haïti. Avec un ancien président condamné à la prison pour corruption et poursuivi dans des dizaines d’autres affaires les unes plus crapuleuses que les autres, avec un ministre de la justice en fonction inculpé pour prise illégale d’intérêts, avec un ministre de l’intérieur en fonction faisant l’objet de poursuites judiciaires pour viol et avec des dizaines d’autres affaires, notamment celles de Benalla et de Koller, qui ont sérieusement entaché l’intégrité de sa présidence actuelle, oui, la France n’a pas, en regard de son passé glorieux, de leçons à donner à Haïti pour l’indigence de ses institutions. D’autant que l’indigence notoire d’Haïti n’est que le résultat d’un jeu déséquilibré entre le global et le local.

En effet, c’est le contexte géopolitique global qui impose, en amont, au contexte local haïtien des contraintes déshumanisantes et précarisantes contre lesquelles le collectif de ce pays a du mal à résister. Évidemment le déracinement et l’imposture culturelle des élites locales haïtiennes les empêchent de trouver la dignité et l’intelligence pour répondre responsablement à ces contraintes. Mais comme le dit Edgar Morin tous les pays du monde ont la même proportion de voleurs, et j’ajouterai d’indigents. La différence est qu’en Haïti, il n’y a presque personne pour oser défier l’indigence, alors qu’aux USA, on l’a vu récemment, des juges ont résisté à Trump ; on le voit aujourd’hui en France, des Juges résistent à la Macronie soumise au totalitarisme financier, comme hier en Italie, des juges, au péril de leur vie, avaient résisté à la Cosa Nostra.

L’indigence en fragments morcelés

C’est donc par la capacité de résistance de leur avant-garde éthique que les peuples cherchent leur équilibre dans l’opacité des incertitudes de la vie. La particularité d’Haïti est que ce pays n’a pas d’avant-garde et que son écosystème se présente comme un territoire d’affaires morcelé où différents cartels d’entrepreneurs liés aux intérêts géopolitiques internationaux se partagent les ressources nationales en s’assurant chacun de fidéliser une partie de ceux et de celles qui devaient jouer les avant-gardes conscientisées pour forcer le passage et extraire le collectif de son impuissance. En Haïti, parmi ceux qui revendiquent les palmes académiques, ceux qui ne sont pas les portefaix des uns, sont leurs éboueurs, ceux qui ne sont pas les messagers des autres, sont leurs hommes ou leurs hommes à tout faire. Regardez bien le profil académique et l'inhumanité de ceux que la communauté internationale recherche pour ses projets politiques en Haïti. Ce serait une erreur de croire que l'indigence ne se répand que sur le terrain politique. Car c'est par la culture que la barbarie s'infiltre toujours dans le corps social, d'où la structuration invariante de la bêtise grâce aux boucles de rétroactions entre culture, médias et politique. Une réalité fragmentée qui laisse très peu de disponibilité pour se responsabiliser face aux problématiques de ses défaillances et résister contre les assauts de l’indigence. C’est le sens profond de ce cri déshumanisant qui résonne dans la culture haïtienne et qui pousse les uns et les autres à assumer la laideur et l’indignité au nom de la survie : Pito nou lèd nou la !

Malgré ce poids culturel infamant dans l’errance du collectif haïtien, le drame de ce peuple ne peut être compris dans ses dimensions structurantes que son projette les postures irresponsables de ses élites sur les supports des foyers diplomatiques et économiques qui font régner l’impunité sur ce territoire comme le principal ferment métamorphique de l’indigence. Sauf à être profondément incompétent ou totalement corrompu, on ne peut ne pas s’interroger sur les liens entre le global et le local en Haïti. Comment un pays, qui a connu de 1996 à 2021, 25 ans de renforcement de l’État de droit par les agences internationales de développement et par la fine fleur de l’expertise internationale du renforcement institutionnel, peut se retrouver au milieu de ce mois de juillet 2021 sans une seule autorité légitime ? Pas de parlement, pas de justice, pas de police, pas de gouvernement, pas de président. Toutes ces institutions qui ont été renforcées à coup de millions de dollars par une armée d’experts internationaux et nationaux ne sont plus que des lieux de déshérence gangrénés par la corruption, la médiocrité et la criminalité. L’État haïtien n’est qu’un territoire contrôlé par des seigneurs de cartels d’affaires qui, pour survivre dans un contexte de rivalités intenses en raison de la rareté des ressources financières à exploiter, font régner un chaos structurel propice à leur business. Mais, comme la défaillance de cet État laisse un vide sécuritaire, ils arment les gangs locaux pour protéger leur business et font appel aux mercenaires internationaux pour protéger leur famille. Tout cela avec la bénédiction des diplomates étrangers dont certains sont eux-mêmes membres du secteur privé haïtien des affaires.

L’enquête improbable

On ne peut continuer de nourrir la version du shithole gangréné par la corruption sans pointer la responsabilité des tuteurs internationaux, des acteurs locaux qui n’ont jamais caché leur préférence pour travailler avec les plus vils, les plus soumis et les plus affreux. L’échec haïtien rayonne comme un miroir crasseux dans le bordel des projets des agences internationales qui ne sont que des boucles d’insignifiance, de corruption et de médiocrité. S’il y avait une quelconque institution de justice internationale compétente et intègre sur terre, il devait y avoir des mandats d’arrêt internationaux contre ceux qui ont célébré pendant ces 25 ans les succès de la MINUSTAH, de la MINUJUSTH et du BINUH alors que les instituions de l’État de droit et de la justice en Haïti ne sont qu’un vaste champ de ruines à la merci des cartels mafieux.

C’est fort de ce constat que je reviens sur l’assassinat de Jovenel Moïse pour montrer en quoi et pourquoi l’enquête actuelle a déjà été biaisée et que, comme l’affaire PetroCaribe, la communauté internationale n’a aucun intérêt à laisser la vérité transparaitre dans ce dossier. Et c’est d’ailleurs pourquoi le FBI est sur les lieux. En effet, cet assassinat, étant un Crime autorisé en haut lieu mais Imparfaitement Accompli, laisse sur le terrain des traces capables de remonter aux sources diplomatiques et mafieuses qui ont conjugué leurs intérêts et leurs ressources pour se débarrasser d’un homme qui n’était plus qu’un embarras. En cela cet assassinat arrange tous les acteurs sur le terrain, quoi qu’ils disent. Mais le hic est ailleurs.

Pouvoir, Médias collusion et opacité 

Les images insoutenables du (vraisemblable) cadavre tuméfié et torturé de Jovenel Moïse témoignent d’une immonde sauvagerie. Et qu’importe l’opinion qu’on avait du personnage, plus homme de main bouffon que véritable homme d’état, on ne peut s’empêcher de demander :  quels intérêts a-t-il pu trahir pour lui valoir ce traitement bestial ? Un traitement dont le mode opératoire correspond à un crime lié à la grande délinquance, ce qui exclut tout mobile politique ?

Rappelons que l’équation d’une enquête pénale se structure autour de trois variables : l’infraction, le mobile et l’arme du crime. Or dans le cadre de l’affaire Moise, par un de ces paradoxes, les mêmes autorités suspectées d’office, sont les mêmes qui conduisent l’enquête et donc ont déjà eu toutes les opportunités pour manipuler ces trois variables. D’ailleurs fait étrange et surprenant, tous les suspects nationaux et internationaux ont eu le temps de se concerter entre eux pendant au moins 72 heures après le crime. Fait paradoxal, les médias privés haïtiens, contrairement à ceux d’autres pays, souvent instigateurs de leur propre enquête pour faire jaillir la vérité dans de telles circonstances, ne font que reprendre la version officielle des autorités policières, elles-mêmes suspectées de complicité dans le crime.

Comment ne pas rappeler que de grandes affaires de corruption, de criminalité ou de violence sexuelle dans des lieux de pouvoir ont été résolus par des journalistes courageux, compétents et éthiques ? Le cinéma s’est emparé de ces cas et nous les présenté sous les titres qui ont magnifié le courage des lanceurs d’alerte qui ont risqué leur vie pour défendre le climat, la justice, la vérité et la liberté. On pense à l’affaire Pélican, à Spotlight, à Official Secrets et plus près de nous à Julian Assange. À contrecourant de ces exemples, on vient de voir en Haiti qu’à peine un pseudo média proche des gangs au pouvoir ait lancé une information bidon pour enfumer l’enquête, la majorité des grands médias haitiens ont relayé et crédité l’information. Pourtant, ces mêmes médias font preuve de grande prudence et de grande retenue quand un véritable média colombien avance envers et contre tous que des officiels actuellement au pouvoir seraient les recruteurs des prétendus mercenaires colombiens.

Au vrai, un bon enquêteur analytiquement intelligent ne peut manquer de constater des zones d’ombre dans le récit construit par la police haïtienne.  En premier lieu, l’état du cadavre révèle une agression au corps à corps qui met en vrilles le mobile de la Police. On eut dit que les assaillants voulaient infliger une correction, une souffrance à la victime pour lui rappeler ses limites de vassal. C’est là un code de communication propre au milieu gangstérisé, où les hommes de main, quand ils dépassent leurs prérogatives, sont souvent torturés, par les lieutenants du chef des chefs, du saint des saints, Il capo di tutti capi pour servir d’exemple dans tout le réseau. Ce mode opératoire exclut le mobile politique où l’objectif est de se débarrasser vite fait de la cible et souvent à distance. Or dans ce cas, les assaillants ont agi comme s’ils avaient la certitude qu’ils ne seraient pas dérangés et ont pris leur temps. Donc, ils opéraient en territoire connu et reconnu. D’où ces questions.

Suite dans le lien.

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