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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Un peu de culture ne peut pas faire de mal. Cette date qui mit feu aux poudrières américaines Par Sarah R. Champagne

Publié par Sarah R. Champagne sur 23 Novembre 2021, 15:55pm

Catégories : #INTERNATIONAL, #CULTURE, #RACISME

Qu’on les aime ou les conspue, le projet 1619 et sa figure centrale, Nikole Hannah-Jones, ne laissent personne indifférent. Rééditée, distribuée, et parfois bannie, la série d’articles du New York Times Magazine devient un livre, mardi. Il pourrait avoir une influence culturelle durable sur les Américains, au-delà de controverses foncièrement politiques, disent des historiens d’ici. Retour sur ces écrits qui ont provoqué une onde de choc.

Initialement publiés en août 2019, les textes et le balado du projet d’origine défendent entre autres l’idée que c’est l’arrivée du premier bateau d’esclaves en Virginie en 1619 qui constitue la véritable fondation des États-Unis, et non pas la déclaration d’indépendance de 1776. Les auteurs allaient aussi plus loin : l’esclavage n’est pas un phénomène anecdotique dans l’histoire américaine, mais en est plutôt inextricable.

Le réputé média a dû réimprimer des dizaines de milliers d’exemplaires une semaine plus tard tant la demande était forte.


Le livre 1619, publié par Penguin Random House mardi, semble destiné à connaître une popularité semblable puisqu’avant même sa sortie, il se hissait parmi les titres les plus vendus. En vente uniquement en anglais pour l’instant, l’ouvrage dirigé par Nikole Hannah-Jones reprend les grandes lignes argumentaires du projet. Des œuvres de poésie et de fiction, majoritairement d’auteurs afro-américains, constituent autant de respirations entre les essais denses et lourds de sens dans cette brique de près de 600 pages.


Sa particularité — et la raison pour laquelle 1619 est devenu une cible privilégiée de la droite américaine — est de faire de l’esclavage un axe central de l’histoire des États-Unis. Si un président comme Joe Biden n’hésite pas à le qualifier de « tache morale » ou de « péché originel de l’Amérique », le livre en fait une « nouvelle histoire des origines », comme l’énonce son surtitre.

Peu de controverse historique

« Aucun aspect du pays qui sera formé n’a été laissé intouché par les années d’esclavage qui ont suivi [1619] », annonce Hannah-Jones dès la préface. L’Afro-Américaine n’est pas historienne. En tant qu’éditrice du livre, elle a donc soumis les textes à un groupe d’experts, tout comme elle l’avait fait pour la série journalistique.

Son travail en est donc avant tout un de « vulgarisation et d’écriture », c’est un « projet narratif » et une « excellente synthèse écrite d’un point de vue afrocentrique », décrit le professeur d’histoire à l’Université de Sherbrooke Jean-Pierre Le Glaunec.

Il n’y voit pas de détournement des faits, au contraire, dit ce spécialiste de l’esclavage et des Amériques noires : « Il existe un consensus dans la communauté des historiens que l’histoire américaine est traversée de manière structurelle par l’idée de race, qu’elle y joue un rôle central. »

Même les historiens les plus critiques de ces articles admettent applaudir « tous les efforts pour prendre en considération la centralité de l’esclavage et du racisme à notre histoire ». Si cinq historiens réputés ont toutefois cherché tribune, c’était pour contester le récit sur un élément en particulier, sur lequel le New York Times Magazine a depuis apporté une correction. Le texte d’origine « allait un peu loin », explique M. Le Glaunec, en énonçant que la Révolution américaine avait eu lieu pour défendre la cause esclavagiste.

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