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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


HAÏTI : UN TOURNANT DANS L’ENQUÊTE SUR L’ASSASSINAT DE L’EX-PRÉSIDENT JOVENEL MOÏSE- Par Frédéric Thomas

Publié par Frédéric Thomas sur 19 Janvier 2022, 18:09pm

Catégories : #AYITI ROSE RAKET, #AYITI EXTREME DROITE, #AYITI ECONOMIE, #PEUPLE sans mémoire..., #DUVALIER

1-Martelly et ses oligarques; 2- Jovenel et le sien1-Martelly et ses oligarques; 2- Jovenel et le sien

1-Martelly et ses oligarques; 2- Jovenel et le sien

Extraits ( les passages en gras l'ont été par moi)

ENSEIGNEMENTS DE L’ENQUÊTE

D’ores et déjà, plusieurs enseignements peuvent être tirés de ce développement. Les deux personnes arrêtées l’ont été en dehors d’Haïti – la seconde, juste après avoir quitté le pays –, et en raison de mandats de la justice états-unienne. Cela confirme la passivité du pouvoir judiciaire haïtien. Sans pression, cette affaire, comme toutes les autres, sera classée sans suite.

Ensuite, la diversité des profils impliqués – militaires, policiers, hommes d’affaires et politiciens – dessine, en creux, la composition du pouvoir haïtien et un portrait de son oligarchie. Qu’il ait semblé si facile de fomenter un coup d’État, avec l’aide de quelques mercenaires colombiens, en se faisant passer pour des agents états-uniens anti-drogue – ce que certains avaient d’ailleurs été –, témoigne à la fois du mépris dans lequel on tient Haïti et de la mise à mal de sa souveraineté sur la scène internationale.

Ancien trafiquant de drogue, agent de la DEA, et homme d’affaires, Rodolphe Jaar, « Whiskey » comme il est surnommé, est représentatif de cette oligarchie, dont les membres occupent et monopolisent le sommet de l’État et de la sphère économique, dans ce pays parmi les plus inégalitaires au monde. Issu d’une des familles les plus riches d’Haïti, ayant la franchise Coca-Cola, il est lié à l’ex-président Michel Martely, dont Jovenel Moïse était le dauphin, et sous la coupe duquel, il semble être resté.

Le parcours de « Whiskey » illustre le tropisme international de cette élite, dont le pouvoir et les ressources proviennent prioritairement de ses relations avec les États-Unis. Il témoigne surtout de la perméabilité des frontières publiques et privées, légales et illégales au sein de ce milieu, où politique, affaires et détournements se confondent. Dans le contexte de déliquescence des institutions publiques, le trafic de drogue a étendu son domaine, et semble avoir joué un rôle dans l’élimination de Jovenel Moïse.

La principale leçon n’en demeure pas moins la faillite de la stratégie poursuivie par Washington, et docilement reprise par l’Union européenne. L’État haïtien, victime des bandes armées, serait trop faible pour les affronter. Il faut donc le renforcer ; ce qui revient, pour les États-Unis, à renforcer la police. Depuis 2010, ils ont pourtant fourni plus de 220 millions d’euros à celle-ci, avec les résultats que l’on sait. Poser le problème sous cet angle permet de poursuivre la même politique, d’éviter de reconnaître son échec, et d’écarter tout autre choix.

Les bandes armées constituent moins un corps étranger à l’État haïtien qu’un marqueur de sa captation et instrumentalisation par l’oligarchie. D’où la dénonciation par les organisations haïtiennes de défense des droits humains de la « gangstérisation de l’État ». Or, ce banditisme remonte jusqu’au sommet de l’appareil étatique : le premier ministre actuel, Ariel Henry, a été directement mis en cause par divers suspects, dont un avec lequel il a été à plusieurs reprises en communication téléphonique la nuit du meurtre de Jovenel Moïse...

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