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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


S'ils le font en Espagne nous pouvons aussi le faire en Haïti.Madrid offre aux descendants de réfugiés politiques exilés la possibilité d'adopter la nationalité espagnole et d'en faire bénéficier

Publié par Elsie HAAS sur 27 Novembre 2007, 17:12pm

Catégories : #INTERNATIONAL


Citoyens et republicanos

LE MONDE | 22.11.07 | 14h33  •  Mis à jour le 22.11.07 | 14h33

Leurs parents étaient tous orphelins de l'Espagne. Les enfants des réfugiés politiques espagnols exilés à Toulouse ont vécu pendant des années avec des parents qui portaient le deuil de la République. Madrid leur offre aujourd'hui la possibilité d'adopter la nationalité de leurs parents, et d'en faire bénéficier leurs enfants. Ils se disent soulagés, surpris, parfois même embarrassés par ce "cadeau", auquel la plupart ne s'attendaient pas.

Madrid-h-9-ill-981121-app2001092700032-1.jpgMadrid offre aux descendants de réfugiés politiques exilés la possibilité d'adopter la nationalité espagnole et d'en faire bénéficier leurs enfants.

Née à Toulouse en 1964, Sylvie Castro a déjà été espagnole à deux reprises en moins de quarante ans. Elle se souvient vaguement avoir été naturalisée française lors de son entrée en classe de 6e. "C'était ma mère qui insistait, pour que nous puissions avoir droit aux bourses je crois." Son père, José, a gardé ce moment de l'histoire familiale en mémoire avec beaucoup plus d'acuité. "C'était en 1974, un an avant la mort de Franco", se souvient ce vieux militant du PSOE (Parti socialiste espagnol). Il ajoute presque comme un remords : "A un an près..." Soupir. On devine que la décision de demander des papiers français pour toute la famille ne fut pas prise de gaieté de coeur. "C'était pour les enfants, pour leur avenir, des fois qu'ils auraient voulu devenir fonctionnaires", explique, avec un fort accent, ce maçon retraité. Même muni de sa nouvelle carte d'identité, ce natif de Galice n'a "jamais pu dire qu'(il était) français". Dès que possible, il a demandé - et obtenu - la récupération de sa nationalité espagnole. Selon le consulat d'Espagne à Toulouse, presque tous les anciens républicains qui avaient perdu leur nationalité ont fait la même démarche que José. Soit environ 1 500 personnes.

Désormais, ce sont les deuxième et troisième générations qui montent au front. Les papiers de la famille Castro sont des billets aller-retour. Sylvie doit encore la vérifier sur son passeport espagnol pour se remémorer la date de son retour officiel dans son deuxième pays. "Depuis 1997, j'ai pu voter à toutes les élections, locales ou nationales, en Espagne", précise la jeune femme, fière de bénéficier d'une nationalité qu'elle qualifie de "simultanée". Dans cette famille de militants, cartes d'électeurs, cartes d'identité et cartes de parti vont de pair. Elle a adhéré au Parti socialiste de la Haute-Garonne tout en ayant conservé une carte à la section française du PSOE, le parti de son père.

Aujourd'hui, la fille de José s'apprête à demander la nationalité espagnole pour ses propres enfants, âgés de 8 et 11 ans. "Ce sont eux qui me le demandent", affirme Sylvie Castro, qui a inscrit son fils aîné dans une classe de collège en section internationale. "Je suis déjà en train de constituer le dossier", précise la jeune mère de famille, qui a suivi d'un oeil les débats au Parlement espagnol autour de la loi sur la mémoire historique récemment votée. Le dépôt d'un amendement va permettre aux enfants et petits-enfants d'exilés de réclamer la nationalité de leurs parents et grands-parents. Prudent, le consul d'Espagne à Toulouse déclare attendre les consignes officielles de Madrid pour savoir comment appliquer cette nouvelle mesure, qui ne devrait être effective qu'en 2008 ou 2009. Et pour deux ans seulement.

José Castro estime que la nouvelle loi bénéficiera surtout aux enfants des émigrés économiques partis en Amérique latine. "Je ne sais pas pourquoi ils ont voulu mélanger ça avec la loi sur la mémoire historique", ajoute-t-il.

"Les républicains exilés se sont sentis trahis quand la démocratie, puis la gauche, est arrivée au pouvoir en Espagne", tente d'expliquer le musicien de flamenco Vicente Pradal, 50 ans, connu sur la scène internationale pour ses adaptations musicales des poèmes de Federico Garcia Lorca. Ceux qui s'étaient battus, les armes à la main, pour défendre la jeune République du Frente Popular contre les miliciens du général Franco ont trouvé bien longue la période dite de "transition démocratique". "Dans leur pays, où des rues et des places portent toujours le nom du Caudillo, la volonté de ne pas raviver les tensions intérieures a probablement été juste, mais elle a été vécue comme une humiliation supplémentaire par les vaincus d'hier", raconte le guitariste, petit-fils d'un député andalou de la défunte République espagnole.
La nationalité espagnole ? On le devine troublé : "Si on me la propose, je ne dirai pas non." Mais il préfère se définir comme "citoyen du monde avant tout". Il revendique plutôt sa fierté d'avoir conservé son "hispanité" et de l'avoir transmise à ses enfants. Raphaël, pianiste, et Paloma, chanteuse, étaient sur scène à ses côtés pour la célébration officielle des 75 ans de la République espagnole sur la place du Capitole, en avril 2006. "Ce sont eux qui choisiront s'ils veulent devenir espagnols. Ils n'ont pas subi les dommages collatéraux endurés par ceux de ma génération, et c'est tant mieux", déclare Vicente Pradal.

Fils d'un militant anarcho-syndicaliste exilé de la CNT (Confédération nationale du travail), Louis Bujan, autre quinquagénaire, préfère lui aussi se déclarer "universaliste", plutôt que "nationaliste". "Je me sens un peu comme chez moi au Mexique ou en Colombie, mais je connais finalement très mal l'Espagne", confie ce médecin toulousain. Il affirme ne parler l'espagnol qu'avec "un très mauvais accent". "Peut-être parce que mon père, un anarchiste très autoritaire, nous avait interdits, à ma soeur et moi, de parler français à la maison", explique-t-il en riant. C'est à peine s'il se souvient avoir disposé d'un passeport espagnol lorsqu'il était enfant. Quand cet épisode lui revient en mémoire, il s'exclame, stupéfait : "J'étais espagnol, j'avais oublié."

Sa compagne, Charlotte Mondinat, descendante de la deuxième génération, trouve l'Espagne "plus moderne, plus dynamique que la France, qui se sclérose et se replie sur elle-même". Une voie de recours pour un exil politique à rebours ?
Stéphane Thépot
 

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