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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Présentation par Sauveur Pierre Etienne de Duvalier la Face cachée de Papa Doc de Jean Florival

Publié par Elsie HAAS sur 12 Décembre 2007, 21:45pm

Catégories : #DUVALIER

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La face cachée de Papa Doc

Par Sauveur Pierre Etienne

Nous livrons à nos lecteurs le point de vue du politologue et auteur Sauveur Pierre Étienne, qui a lu pour nous le dernier ouvrage de Jean Florival "Duvalier. La face cachée de Papa Doc", paru chez Mémoire d'encrier. Docteur en science politique (Université de Montréal), Sauveur Pierre Étienne vit à Paris où il est chercheur postdoctoral à l'Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (Sciences sociales, Politique, Santé), unité mixte de recherche associant le CNRS, l'EHESS, l'Inserm et l'Université Paris 13. Ses recherches portent sur la construction de l'État en Haïti, en République dominicaine et à Cuba (1492-2008). Il est l'auteur de L'énigme haïtienne. Échec de l'État moderne en Haïti (2007, Mémoire d'encrier/Presses de l'Université de Montréal), de Haïti : misère de la démocratie (1999, L'Harmattan) et de Haïti : l'invasion des ONG (1997, CIDIHCA).
Les nombreux livres consacrés à la dictature de François Duvalier, tant par des auteurs haïtiens qu'étrangers, montrent clairement que la réputation du personnage transcende les frontières d'Haïti et que Papa Doc ne laisse personne indifférent. Les écrits de partisans zélés ou d'opposants farouches, de romanciers, d'historiens, d'anthropologues, de sociologues et de politologues permettent de comprendre tout l'intérêt que ce « brave médecin », cet ethnologue formé sur le tas, cet idéologue noiriste et, néanmoins, admirateur de Gobineau, a suscité et suscite encore chez les encenseurs et les pourfendeurs, les artistes et les hommes de science. La littérature sur Papa Doc est si abondante qu'on pourrait croire qu'il n'y a plus rien à écrire ou à apprendre sur François Duvalier. Le livre de Jean Florival, " Duvalier. La face cachée de Papa Doc ", vient de prouver le contraire, en levant un autre pan du voile...
Âgé de 77 ans, Jean Florival n'a rien à craindre et n'attend rien de personne. Aussi, a-t-il décidé de déclasser ses archives secrètes et de les ouvrir au grand public. Observateur à l'oeil américain et au regard froid, narrateur d'une mémoire prodigieuse, Jean Florival surprend le profane par des anecdotes croustillantes, des révélations déconcertantes, et force l'admiration du savant par sa méthode consistant à dissocier éthique et politique, à éviter de formuler des jugements de valeur, à ne pas dresser de bilan.
"Duvalier. La face cachée de Papa Doc " n'est pas dédié à un prince, mais comme Le Prince et La Mandragore du philosophe et diplomate florentin Machiavel, ce livre nous plonge au coeur de la réalité de tout pouvoir en général et de celui de Papa Doc en particulier : ruse, rivalités, intrigues, manipulation, liaison amoureuse fatale, passion dévorante, simulation, dissimulation, naïveté, cynisme, trahison, corruption, délation, emprisonnement, torture, exil, assassinat, massacre, etc. Les récits bibliques, l'histoire de la Grèce et de la Rome antiques, celle des monarchies du Moyen Âge et des Temps modernes, des monarchies constitutionnelles et des régimes républicains contemporains en témoignent grandement. Mais l'originalité de la dictature de Papa Doc, c'est que, en tant que pouvoir sans bornes, elle ne supporte aucun cadre institutionnel lui imposant des limites à ne pas franchir.
La fascination de Papa Doc pour sa secrétaire privée, France St-Victor, et certains intellectuels mulâtres révèle les travers de l'idéologie noiriste et masque difficilement la mulâtrolatrie et la blancolatrie de ses adeptes : Duvalier n'a-t-il pas déclaré avoir réussi, en mariant sa fille au mulâtre Luc-Albert Foucard, jeune frère de France St-Victor, là où Dessalines a échoué ! Une remarque faite par François Duvalier à Hervé Boyer, sur un ton confidentiel, au sujet de Clovis Désinor, montre le caractère manipulateur du soi-disant idéologue noiriste .
Cependant, il ne faut pas voir en François Duvalier un démiurge. Comme on le sait, il a été porté au pouvoir par des politiciens et des officiers noirs de l'armée d'Haïti. Pourtant, Papa Doc s'est débarrassé très rapidement d'eux et des duvaliéristes de l'avant-première heure et de la première heure. L'armée d'Haïti une fois mise au pas, son pouvoir, reposant sur la « sauvagerie » de ses Tontons-Macoutes, survivra aux pressions et menaces d'intervention du président John Fitzgerald Kennedy et du président Juan Bosch. Offrant aux lecteurs et lectrices une véritable galerie de portraits, " Duvalier. La face cachée de Papa Doc " dresse le profil des principales têtes d'affiche, des poids lourds et autres mastodontes du régime : intellectuels, technocrates, gens d'affaires, ministres, chefs des Volontaires de la sécurité nationale (VSN), officiers supérieurs...
François Duvalier instaure en Haïti une dictature féroce, dont l'usage et l'ampleur de la violence font oublier tous les régimes autoritaires traditionnels et sanguinaires qui l'ont précédée. Jean Florival a réalisé le tour de force de présenter les multiples facettes de l'enfant terrible de l'occupation américaine et des classes moyennes. Duvalier. La face cachée de Papa doc a le mérite de révéler des faits qu'un témoin privilégié se doit de partager avec ses concitoyens, afin de les aider à se ressaisir et à avoir le courage de se regarder objectivement, sans passion.
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(1) C'est dans un article publié en 1936 que François Duvalier laisse apparaître l'influence de Joseph Arthur, comte de Gobineau, sur sa pensée: « Le comte de Gobineau a posé certains principes qui demeurent. Il a catégorisé la famille humaine en trois types : le Blanc, le Noir et le Mongolique. Et chacun d'eux avec leurs caractères spécifiques : le Noir représentant la passion, la sensibilité ; le Jaune, le sens pratique ; le Blanc, la raison d'origine divine. » Voir DUVALIER François, « En quoi l'état du Noir se différentie-t-il de celui du Blanc ? », dans Le Nouvelliste, 30 décembre 1935-3 janvier 1936.
(2) Dans son discours du 14 juin 1964, Papa Doc affirme : « Le docteur Duvalier n'est ni Dessalines, ni Soulouque, ni le général Salomon, tout en étant cependant leur élève. C'est un homme très méfiant. Il a l'intention de gouverner en maître, en autocrate authentique. Cela veut dire, je le répète, qu'il ne veut voir personne sur son chemin, excepté lui-même. » Cité dans DIEDERICH Bernard et BURT Al, Papa Doc et les Tontons Macoutes, Paris, Albin Michel, 1971, p. 271.
(3) Au sujet de l'idéologie de couleur en Haïti, voir LABELLE Micheline, Idéologie de couleur et classes sociales en Haïti, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 1978 ; NICHOLLS David, From Dessalines to Duvalier. Race, Colour, and National Independence in Haiti, Cambridge/Sydney, Cambridge University Press, 1979 ; VOLTAIRE Frantz (dir.), Pouvoir noir en Haïti, Montréal, V & R Éditeurs/CIDIHCA, 1988.
(4) « ... C'est François Duvalier, le parrain ; à son bras, naturellement, la soeur du marié : France St-Victor. En laissant la petite église des Casernes Dessalines, et alors que les cloches carillonnent, Duvalier ne cache point son bonheur, contrairement au précédent mariage. Éperdu de fierté et d'affection, il chuchote à l'oreille de sa chère commère : « Ce n'est pas le mariage de Nicole et de Luc-Albert que ces cloches sonnent, mais bien un autre. » Le couple sourit. À la réception au Palais national, François Duvalier se vante dans son allocution « de réussir là où Jean-Jacques Dessalines a échoué, en voulant marier sa fille, noire, au général mulâtre, Alexandre Pétion ». Inimaginable, quand l'on sait que François Duvalier a toujours laissé l'impression d'être un « noiriste inconditionnel ». Voir Florival Jean, " Duvalier. La face cachée de Papa Doc ", Montréal, Mémoire d'encrier, novembre 2007, p. 152.
(5) « ... D'entrée de jeu, Duvalier confirme à Boyer qu'il le garde au ministère, mais lui explique que, « pour protéger sa vie menacée », il lui est fait obligation, « par affection réelle pour lui », de le déplacer « momentanément » des Finances. Il faut bien jouer le jeu, précise-t-il, car la politique a ses exigences. Boyer, avec la déférence de mise, veut alors savoir qui le remplace, et le président, après un long silence - étudié, sans doute --, de lui dire sur le ton de la confidence : « Boyer, voyez-vous, le type qui a la peau plus foncée que la mienne (et il pointe en même temps l'index sur le dos de sa main), il est mauvais, il est ingrat et méchant. Ne l'oubliez jamais ! Et bien, c'est votre ami Désinor qui vous remplace ! » Voir FLORIVAL Jean, Ibid., pp. 227-228.
(6) Le 6 avril 1964, s'adressant à ses miliciens rassemblés massivement dans la cour du Palais national, Papa Doc, dans une envolée oratoire, déclare : « Les miliciens doivent être ce qu'ils sont, c'est-à-dire toujours prêts à faire le coup de feu, parce que c'est ce qui me plaît. C'est peut-être un peu drôle d'entendre un homme qui a passé toute sa vie penché sur les travaux avec son frère Lorimer Denis, que ce soit dans le domaine de la médecine, de l'ethnologie, du folklore, mais l'homme a un autre aspect en lui, et à partir du jour où j'ai décidé d'accepter le diktat du peuple, l'homme est devenu un autre homme : il est aussi sauvage que vous, ayant la même flamme pour épauler le fusil quand il le faudra. » Voir DUVALIER François, Oeuvres essentielles. La révolution au pouvoir (1962-1966), vol. lV, Port-au-Prince, Les Presses nationales d'Haïti, 1967, pp. 136-137.
Témoignage sur Duvalier
L'ouvrage « DUVALIER La face cachée de Papa Doc » vivement attendu depuis qu'il est annoncé se présente comme un ouvrage d'importance sur la dictature de DUVALIER. C'est un des livres marquants de la rentrée littéraire montréalaise. Radio-Canada, à travers l'émission Dimanche Magazine, a fait de cet ouvrage le titre du mois. Le livre est en librairie à Montréal. Au Salon du livre de Montréal, qui se tient du 14 au 18 novembre 2007, l'auteur Jean Florival sera en signature. Au milieu du mois de novembre, il sera disponible dans les librairies de Port-au-Prince, nous a-t-on fait savoir.
À l'occasion du centième anniversaire de François Duvalier (1907-2007), l'éditeur « Mémoire d'encrier » fait paraître ce livre, qui est un témoignage sur la vie de Duvalier. La dimension inédite de ce témoignage est que l'auteur Jean Florival, journaliste, a été un proche du régime de 1957 à 1967, l'année de son exil. En effet, ami de l'influent poète Gérard Daumec et de presque tous les ministres et ténors du régime, l'auteur est aux premières loges. Il raconte, dans ce témoignage, ce qu'il a vu, entendu et vécu.
Voici ce que donne à lire la quatrième de couverture : François Duvalier, né en 1907, médecin et ethnologue, règne en président à vie d'Haïti du 22 octobre 1957 au 21 avril 1971, date de sa mort. Son fils Jean-Claude, alors âgé de 19 ans, lui succède comme président à vie jusqu'au 7 février 1986. Pendant 29 ans, Papa Doc et Baby Doc édifient dans la première république noire des Amériques un empire obscurantiste qui plonge le pays dans la plus grande terreur. « DUVALIER La face cachée de Papa Doc » lève le voile sur cette tranche d'histoire. Révélations, intrigues, liaisons amoureuses, scènes de vie et de mort, portraits, paysages insolites, humour et sarcasme. Pour témoigner de la tragédie d'un peuple.
L'éditeur Rodney Saint-Éloi, dans son point de vue, dit ceci : « Spectateur et souffleur, Jean Florival est dans l'oeil du cyclone; à l'intérieur du régime, sans un quelconque titre officiel. C'est en témoin privilégié qu'il plonge dans l'intimité du pouvoir, relate des faits jusque-là inconnus du grand public. Ce livre a le mérite d'exposer avec sérénité des événements tantôt tragiques, tantôt loufoques, dans le dessein de refuser l'oubli, et de mieux comprendre cette tyrannie qui a endeuillé les familles haïtiennes, afin de sortir du cercle de l'impunité et de la logique bourreau-victimes. Découvrez les frasques d'un pouvoir qui fige depuis un demi-siècle l'histoire et l'imaginaire d'Haïti. »
Jean Florival, né en 1930 en Haïti, est journaliste. Il choisit l'exil en 1967 à New York et s'installe au Québec en 1973.

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