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Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Ven an vire epi devire/Le vent a tourné et s'est retourné

Publié par Elsie HAAS sur 28 Janvier 2008, 22:38pm

Catégories : #PEUPLE sans mémoire...

Les Haïtiens  répètent  à satiété ce dicton "Ayiti se tè glise". Ce qui signifie que tout glisse en Haïti et par extension qu'il n' y existerait pas de convictions. 

Christophe Wargny qui a occupé, pendant un temps, le poste de conseiller auprès de l'ex-président Aristide et qui a frayé avec le milieu des élites économiques et politques du pays, a écrit  un livre  au titre  ravageur, tiré de son expérience : " Haiti n'existe pas".

Au delà de l'exaspération provoquée par ce titre, car après tout si Haïti n'existait pas Christophe Wargny n'existerait pas non plus- du moins médiatiquement-  cette injonction lapidaire rejoint le  dicton poulaire " Ayiti se tè glise".

Car si "Haiti n'existe pas " c'est que tout glisse  dans ce pays sans laisser de traces, que la mémoire  y est oubliée, que les expériences ne servent à rien.

C'est ainsi que nous avons  droit aux  nostalgiques de la dictature de Duvalier; à ceux qui souhaitent que son fils qui vit en France depuis 1986 dans l'oisiveté la plus complète, revienne diriger les affaires de l'Etat, fort de son expérience de plus de vingt années de farniente.

C'est ainsi que nul ne s'intéresse ni au sort des victimes du duvaliérisme, ni à celui de celles nombreuses du coup d'Etat de 1991, ni à celles du coup d'Etat de 2004 (qui pour certains n'existent pas); que  d'autres réclament à cors et à cris la reconstitution d'une armée connue pour ses exactions contre la population.

C'est ainsi que nous avons l'année de la commémoration du bicentenaire de l'Indépendance une occupation de l'ONU, en réalité de la France, du Canada et des USA qui régissent la politique actuelle du pays. L'année du bicentenaire est celle d'une recolonisation déguisée. Bel bagay an verite ( Vraiment du beau travail)

Et ainsi de suite.


Nous savons qu'Haïti, en tant que première République au monde fondée par des Noirs, a payé chèrement cette audacieuse victoire; que les puissances étrangères l'ont mise au ban des nations et qu'il lui a fallu bricoler pour survivre malgré tout.

 De cette situation de  plus de 200 ans,  est née une culture de "bricolage" que certains à tort confondent avec le marronage.  Le marronage exigeait une fois qu'on était entré dedans, une organisation et une discipline rigoureuses, une culture  fondée sur une religion, un partage des tâches, une  gestion de l'économie et des rapports sociaux. L'improvisation, le laisser aller, le "débrouya pa péché"  (débrouillardise) n'avaient pas leur place dans une structure où tout faux pas était un risque de mort.

La culture du bricolage, elle, serait un héritage d'un mix des colons et des créoles -ne pas oublier que la population d'Haïti au moment de l'Indépendance était en majorité composée de gens nés en Afrique et non dans la colonie- qui était  la culture dominante de l'époque et qui l'est restée. Les "moun en deyo", les paysans, soit 80% de la population n'y participant pas mais la subissant.

Cette culture, -qui encore une fois n'a strictement rien à voir avec le maronnage- est un agrégat d'opportunisme, d'arrogance, d'autoritarisme, d'hypocrisie, de cynisme, de bêtise et de couardise. Ce "manje kochon" ( nourriture pour cochon) a gagné ses lettres de noblesse sous Duvalier 1 et 2 et s'est "démocratisé", c'est-à-dire s'est répandu dans l'ensemble du corps social. Venant du haut, de chez les "moun de byen", les gens de Pétion Ville, pour aller vers le bas chez les gens des bidonvilles où ce "manje Kochon" est considéré comme un modèle de conduite.

Tout individu qui possède l'intégrale de ce  "manjé kochon" est  voué à un grand avenir dans un pays où honnêteté rime avec stupidité,  compassion  avec couillon, honneur avec "gren-nanbounda".

Ce qui fait qu' "Ayiti" se tè glisé" que "Haïti n'existe pas" c'est qu'elle a en guise de références morales, de valeurs éthiques, de code de conduite ce "manje kochon" ; On fait avec ce qu'on trouve, et avec qui on trouve, n'importe comment, n'importe quand.
Toutes les alliances, toutes les compromissions, tous les reniements, toutes les trahisons sont possibles pourvu qu'on tienne.

Tenir quoi exactement ?

Ce que les occupants consentent à donner à tenir ? (an bagay pou kenbe)


Un homme politique rencontré lors de mon dernier séjour  me disait  :" Tu sais, je suis là depuis 15 ans; pour tenir 15 ans en Haïti, il faut en avoir ".  Sa déclaration  prise à la lettre,  signifierait qu'il faut être courageux. Mais dans le contexte haïtien on peut entendre qu'il il faut savoir glisser. Autrement dit ne pas avoir de convictions politiques.
Avoir le corps aussi lisse que celui du voleur qui s'enduit d'huile pour éviter qu'on ne lui mette la mais dessus. Ne pas avoir d'accroches, ni d'angles, ni de courbes. Savoir durer.


Effectivement, la culture du bricolage, interdit toute sincérité dans l'action, tout plan, toute vision  de développement à long terme. Comment construire une habitation si l'architecte  fait le peintre en batiment, que le terrassier est à la surveillance des travaux, que le peintre est à l'achat des matériaux et le plombier au contrôle des comptes ?

Manque de ressources humaines dit-on.

Non. "Manje kochon" " Ayiti se tè glisé".

Et en celà,  ne peuvent  participer à la "gestion" du pays que celles ou ceux qui excellent dans l'art de la glisse. Le peuple lui, n'a qu'à se débrouiller pour apprendre à glisser. Une tout petite minorité y parvient et devient même parfois experte dans la discipline.

Je pense à Lovinsky Pierre, un militant courageux qui a lutté pendant des années pour que justice soit rendue aux victimes du coup d'Etat sanglant de 1991, qui a été kidnappé. A l'étranger des pétitions circulent, des vedettes, comme Vanessa Redgrave se mobilisent.

Quelles sont les autorités de ce pays qui manifestent leur préoccupation, quels intellectuels, quels artistes, quels média, quelles associations, quelle société civile ?

Dans quel pays au monde rencontre t-on une telle unanimité dans le silence ? Dans quelle soit-disant dictature ?

En Chine, à Cuba, en Birmanie, en Russie ?

Pas du tout. En Haïti.

Mais j'oubliais "Haiti n'existe pas"

Une journaliste haïtienne, déclarait récemment  dans la presse étatsunienne, qu'elle voyait ces derniers temps rentrés au pays nombre d'anciens duvaliéristes notoires et que ce n'était pas particulièrement agréable de croiser d'anciens bourreaux.

Celles et ceux qui, en 2006, ont fait la queue dans des conditions épouvantables (chaleur, saleté, absence de latrines, station debout pendant des heures, bousculades,etc.) pour aller glisser leurs bulletins de vote dans les urnes, convaincus (oui, les malheureux avaient la conviction, eux) de l'importance de leur choix,  se désepèrent de voir dans les couloirs du palais, dans les ministères, dans les ambassades, dans l'ensemble de   l'administration ceux-là même qu'ils voulaient bouter hors du pouvoir.

Les responsables des massacres, des coups d'Etat, de la déstabilisation du pays depuis 1986 à ajourd'hui, circulent dans l'impunité la plus totale  et mieux  encore se trouvent au timon des affaires avec passeports diplomatiques, voitures officielles, gardes du corps, etc.

Dans quel pays au monde des gouvernants font-ils une politique aussi ostensiblement  dirigée contre le peuple qui les a élus ?

Mais j'oubliais "Ayiti sé tè glisé"

Van an ap devire net ale ! ( le vent est en train de se retourner totalement)













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