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Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Pourquoi pas un vrai débat? par Mireille Nicolas

Publié par Elsie HAAS sur 10 Février 2008, 13:59pm


Réflexions à partir d'un film de Nicolas Rossier Une révolution sans fin, Jean-Bertrand Aristide et l'avenir incertain d'Haïti projeté à Public Sénat et du débat qui s'ensuivit le 17-1-2008

  

A la mi-janvier 2008, j'appris  que LE film de Nicolas Rossier allait passer finalement sur une chaîne câblée française de qualité. Une version de 52 minutes ; c'était mieux que le rien des deux années qui venaient de s'achever.
   Je reçus la nouvelle avec enthousiasme et la répercutai immédiatement aux nombreuses personnes qui, comme moi, depuis le 29 février 2004, n'ont cessé de s'indigner contre le traitement médiatique français subi par le président Aristide et Haïti.

Car  quel est ce film? Qui est Nicolas Rossier(1)?

 Paris, le samedi 25 mars 2006 à 20 heures trente et le lendemain à 17 heures, dans le cadre du Quatrième Festival International du film des Droits de l'Homme. Parmi les 40 titres, un film de 2005, 82 minutes Aristide, le naufrage d'une  révolution.

 Le journal du Festival le présente ainsi :" Haïti, 29 février 2004 : le président Aristide a-t-il de lui-même choisi de s'exiler sous la pression de la rue ou a-t-il été contraint et enlevé par les forces spéciales américaines avec la complicité de la France?"

Il n'y a pas assez de place pour la file qui attend devant la petite salle du Cinéma Action Christine, 4 rue Christine, dans le 6e Arrondissement de Paris.
 Pourtant aucun article de presse en France, aucune allusion médiatique ni avant ni après la projection.
Silence qui rejoint les autres silences.
Puisque depuis deux ans, avec un acharnement et une fougue rares, l'ensemble des medias français s'est complu à présenter le président Aristide de façon très négative, ô que voilà un euphémisme! Et  tout ce qui ne ressemblait pas à cette curée a été systématiquement rejeté(2).
   Le silence autour du film de Nicolas Rossier rejoignait donc le parti pris médiatique. Il passa donc inaperçu. En France du moins. Mais j'eus le plaisir d'apprendre qu'il recevait une bonne critique aux Etats-Unis(3 )et surtout qu'il obtenait en Afrique une grande distinction (4).

   C'est ce jour-là que j'ai rencontré Nicolas Rossier ; aux Etats-Unis, tout de suite beaucoup d'intellectuels connus et de grande valeur se sont indignés contre le nouveau coup d'Etat en Haïti et continuent de le dénoncer. En France, l'intelligentsia au pouvoir a étouffé toute idée qui n'est pas la sienne,  continue d'étouffer tout point de vue différent du sien. Et j'ai bien peur d'en suspecter une preuve de plus.

   Nicolas Rossier avait passé deux ans, depuis le 29 février 2004, à interroger des centaines de personnes en Haïti, aux Caraïbes, en France et aux Etats-Unis, un éventail très large, très divers de conceptions politiques et de points de vue des plus variés. Il en ressortait que le 29 février 2004 était bien un coup d'Etat perpétré par trois pays, le Canada, la France, les Etats-Unis à l'encontre du président Aristide.
 
   Quand je m'étonne auprès de lui que le titre français rende si mal et le titre original et la pensée profonde du témoignage, Aristide, le naufrage d'une révolution, pour Aristide and the Endless Revolution, qui donnerait facilement Aristide et la révolution sans fin, Nicolas Rossier renchérit ; mais la modification ne vient pas en tous cas de Vincent Mercier, Directeur du Festival des Droits de l'Homme ; lui, ne s'est, en aucun cas, "trompé".

    Donc voici qu'enfin, LE film de Nicolas Rossier a été choisi par une instance gouvernementale. Va être diffusé sur Public Sénat et sera suivi d'un débat, en cette mi-janvier 2008. Alors que bientôt c'est l'anniversaire, le quatrième, de ces événements et de l'exil du Président Aristide.

"Débat : action de débattre une question, de la discuter".
 Débattre : Examiner contradictoirement quelque chose avec un ou plusieurs interlocuteurs".
C'est LE ROBERT qui le dit.

 Quelle satisfaction! Cela n'a jamais encore été fait en France, sur ce problème bien particulier d'Haïti.  On sait que Rama Yade est allée il y a peu en Haïti et que le président René Préval a invité le président Sarkozy. Le film de Nicolas Rossier, diffusé à Public Sénat, cela semble vouloir dire qu' on pense enfin à s'ouvrir. Un autre point de vue. Une autre lecture des faits. Par souci d'élargissement de l"information. La preuve : la traduction du titre a retrouvé son sens. Quel bon augure! C'est officiellement annoncé :

Le film sera diffusé sur PUBLIC SENAT suivi d'un débat
http://www.publicsenat.fr/cms/emission/emission.html?idE=56598
Retrouvez le DOCUMENTAIRE le 19/01/2008 à 22h
Une révolution sans fin - Jean-Bertrand Aristide et l'avenir incertain d'Haïti
avec Jean-Bertrand Aristide, Docteur Paul Farmer, Laennec Hurbon, Noam Chomsky, Claude Moise et beaucoup d'autres...
 
Un film de Nicolas Rossier
Rediffusion le :
dimanche 20/01/2008 à 18h00
lundi 21/01/2008 à 11h25
vendredi 25/01/2008 à 16h30
Durée : 52 minutes
Que s'est-il réellement passé ce dimanche 29 février 2004 dans le palais présidentiel de Port-au-Prince à Haïti? Le président Jean-Bertrand Aristide a-t-il de lui-même choisi de s'exiler et de renoncer à son poste ou a-t-il été contraint et enlevé par les forces spéciales états-uniennes? L'affaire n'a jamais été vraiment élucidée. Nicolas Rossier tente avec ce film de renouer les fils de cette histoire complexe qui met aux prises les milieux financiers d'Haïti, les rebelles infiltrés par la République dominicaine, le parti Lavalas, Washington et Paris et bien sûr Aristide lui -même, qui raconte sa version des faits.
Le fameux médecin Paul Farmer, l 'anthropologue Laennec Hurbon, la représentante de la Californie Maxine Waters, le sous-secrétaire d'État Roger Noriega et Noam Chomsky comptent également parmi les personnes interviewées. Le réalisateur a obtenu une interview exclusive avec le président Aristide en exil. La thèse du complot et de la déstabilisation délibérée, orchestrée par Washington, y est défendue avec vigueur, mettant au jour les intrigues politiques, les manipulations, les mensonges et les erreurs qui ont plongé à nouveau Haïti dans le chaos."


 C'est ainsi qu'à la mi-janvier 2008, j'ai une fois de plus espéré en un réel échange d'idées au sujet d'Haïti… Puis constaté qu'il n'en était rien, une fois de plus.
J'ai revu le film et regardé l'émission de Public Sénat.

Quatre débatteurs ne débattant rien puisqu'ils partagent tous les mêmes points de vue
M. Fritz Calixte, le seul Haïtien du groupe donne raison à Mme Taubira qui a quand même rappelé dans quelles difficultés la nation haïtienne s'est toujours trouvée et souvent à cause des autres nations, de leur opposition ou de leur indifférence. A part ça, liquidant en deux phrases, sans aucun rappel historique, les débuts de la présidence de Jean-Bertrand Aristide du 7 février 1991 au coup d'Etat qui le renversa le 29 septembre de la même année.
M. Calixte ajouta :"Les Américains sont pour quelque chose dans l'échec d'Aristide, mais il ne faut pas oublier les erreurs du "personnage".
"Comme l'a dit Mme Taubira, il y avait un peu d'amateurisme au début… C'est vrai qu'Aristide a construit quelques écoles, mais par rapport à l'espoir qu'il suscitait! Il n'y a pas eu de justice sociale. Il voulait monter une classe contre une autre"
Et toutes ces phrases,  sans aucune analyse de la situation de ces classes, de ceux qui se sont appelés "La Société Civile", des restrictions imposées à Haïti depuis 2000.
 Rien.
Mme Taubira, constatant que sur le plan de la Santé, du temps d'Aristide, il n'y avait guère de docteurs et pas plus à son second mandat qu'au premier.
"Certes, il y a eu l'embargo mais la population vivait toujours dans la même précarité des soins"
…Tiens! Un docteur peut se fabriquer en quelques mois! Quand tant de docteurs Haïtiens ont fait la richesse de pays étrangers…

Le plus acharné fut vraiment Charles Najman.
Jalousie de cinéaste, rivalité? En plus de l'opposition de points de vue politique, d'engagement?
Il laissa froidement tomber : "Ce film est un mauvais documentaire de propagande pro Aristide…"
Deux défauts pour un seul film, en effet, c'est beaucoup.
Quoi! Mais que faudrait-il alors dire du film de ce même Charles Najman, La fin des chimères?

 Diffusé sur de nombreuses chaînes de télévision, ce film a canalisé l'animosité des medias en France contre le Président Aristide à qui on n'a laissé, ni à lui, ni à ses partisans, aucune place pour dire le moindre mot. Un inlassable tribunal sans l'accusé ni les avocats pour le défendre! Dans son reportage, Charles Najman n'interrogeait que très peu de supporters d'Aristide ; je me souviens seulement de Leslie Voltaire et de Paul Raymond. En revanche Nicolas Rossier interroge nombre de ses opposants, il leur laisse longuement la parole.

   A la fin de l'émission qui, il fallait bien le constater, n'avait eu rien d'un débat, le présentateur recommanda la lecture de Christophe Wargny Haïti n'existe pas. En revanche, alors que mon livre et celui de Gérard Lehmann avaient été expressément apportés au Sénat pour cette émission, il n'en fut pas dit un mot. Une fois de plus comme s'il n'existait qu'une version des événements. Et je le répète, depuis longtemps, c'est cette attitude qui l'emporte en France ; et il est d'autant plus étonnant de le constater qu'aux Etats-Unis, toutes les tendances ont pu s'exprimer.

   Vanité blessée, ricaneront certains! Non! Ce n'est pas qu'on n'ait pas cité mon livre qui m'afflige. C'est bien plus qu'on n'ait pas parlé de Noam Chomsky, Michel Chossudovsky, Jeffrey Sachs, Paul Farmer dont quelques rares journaux français, en 2004 ont repris les propos, Le Courrier International, Le Monde Diplomatique. Gérard Lehmann dans son livre fait une synthèse intéressante d'un grand nombre d'articles parus dans les medias américains.

   Une fois de plus, hélas, même à Public Sénat, on a bien été obligé de constater que le mot DEBAT n'avait aucun sens… Une fois de plus nous n'avons vu qu'un petit groupe de personnes  sans contradicteur aucun, broder à l'infini sur une obsession ressassée par les medias français.

Encore une chance perdue pour une vraie démocratie.


Notes
(1) Nicolas Rossier a étudié les sciences politiques à l'Institut des Hautes Etudes Internationales de Genève. Il vit depuis 1998 à New York où il a étudié le théâtre et la cinématographie à l'Institut Strasberg et la School for Visual Arts. En 2000, il monte sa propre société de production, Baraka Productions. Il a réalisé depuis 2001 plusieurs documentaires et courts-métrages. Aristide est son premier long métrage documentaire.
(2) Voir le livre de Peter Hallward, Damming the flood : Haïti, Aristide and the Politics of Containment,  publié par Verso et non encore traduit en français.
Les livres de Mireille Nicolas : Jistis, murs peints d'Haïti, Editions Alternatives, 1994 et Haïti d'un coup d'Etat à l'autre, Ed. L'Harmattan 2006.
 De Gérard Lehmann, Haïti 2004, radiographie d'un coup d'Etat, paru en 2006 et réédité en novembre 2007 aux Editions L'Harmattan
Voir également trois articles de Mireille Nicolas : Mais bien sûr, M. Debray, sur RISAL, mai 2004 ;  La démocratie, publié en 2004 sur le site Bellaciao.org et Petit dictionnaire, paru en plusieurs articles dans le Journal Haïti Tribune, année 2005.
(3) Quelques journaux parmi d'autres :"Taut, well-balanced, insiging piece of investigative journalism! Surprising access to a bevy of heavy weigts ( including Colin Powell and Noam Chomsky)" déclare  Boston Globe."Informative and Enraging…Highly recommended!" écrit SF Weekly.
Sur la couverture du DVD disponible sur internet, on peut lire également:"An hour south of Miami is the western Hemisphere's poorest nation. In 2004, the democratically elected president Jean-Bertrand Aristide was taken against his will from Haïti in an American plane. Having been deposed once with CIA backing in 1991, the 2004 coup d'etat was not the first American intervention into Haitian politics, nor will it likely be the last.
Featuring exclusive interviews with Aristide, commentary from a wide range of supporters and critics, and searing glimpses inside strife-torn HaÏti, this award-winning documentary exposes the tangled web of hope, deceit, and political violence that has brought ths wotld's first black republic to its knees.
(4)"Winner Best documentary 2006 PAN AFRICAN FILM FESTIVAL", Prix du meilleur documentaire du Festival du Film Pan Africain.


 

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