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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Qui veut la tête d’Alexis, le Premier ministre haïtien ?

Publié par Elsie HAAS sur 27 Février 2008, 10:53am

Catégories : #PEUPLE sans mémoire...

Sur une radio haïtienne, l’année dernière, vers le mois de juin,  le Premier Ministre Jacques Edouard Alexis avait déclaré qu’il fallait absolument développer l’agriculture de manière à ce que le pays puisse s’engager dans une politique d’auto-suffisance alimentaire.

Après  cette déclaration publique, un observateur attentif pouvait se douter que les  jours du chef du gouvernement étaient comptés.
N’importe quelle personne au fait des enjeux autour du système foncier  dans l’histoire d’Haïti serait arrivée à la même conclusion.
Développer l’agriculture signifie entamer une réforme agraire.
On sait que ni Aristide, ni Préval n’y sont parvenus.

Jean Dominique, le journaliste assassiné,  racontait que des paysans auxquels Aristide avaient  octroyé des parcelles de terres appartenant à l’Etat, avaient répondu à l’ancien Président qu’ils appréciaient ce geste, mais qu’ils ne pouvaient pas accepter parce qu’avant de leur donner la terre il aurait fallu qu’Aristide s’assure que les « zenglendos » et autres  brigands armés ne viendraient pas les en dépouiller.
Sagesse du paysan qui  comprend à quel point certains "cadeaux " peuvent être empoisonnés quand celui qui les fait n’a pas les moyens d’assurer à celui qui les reçoit sa protection.

Ca c’est le premier point.
Cette difficulté s’aggrave  aujourd’hui, quand on sait que nombreux sont les commercants qui lorgnent sur les terres de l’Etat et celles des paysans pour les transformer en champs à production de biocarburants.
Parce que si pour l’instant cette idée folle de Bush et Lula de transformer les  îles des Caraïbes en producteurs de biofuls pour les pays du nord semble mise de côté, dans les coulisses  les tractations se mènent, les commercants et leurs alliés font de plants de jointventure, c’est-à-dire cherchent des capitaux pour investir dans ce projet criminel qui aura pour conséquences d’affamer et d’exploiter encore plus et mieux la population.

Par ailleurs.
Le business d’importation a pris ces trente dernières années des proportions énormes. Les familles  qui en ont le monopole  se sont enrichies considérablement grâce à la revente de denrées alimentaires et du reste, qui va des UZZI aux « kennedy » ou "pèpè" c’est-à-dire des vêtements d’occasion. De sorte que le pays ne produit plus ni aliments, ni vêtements, ni chaussures, ni ...rien.

Ce groupe de commerçants, comme on peut s'en douter,  fait la pluie et le beau temps en Haïti, c’est un lobby puissant qui n’a absolument pas l’intention de perdre sa rente. Un lobby qui ne recule devant rien pour la défense de ses intérêts. Un lobby d’autant plus puissant qu’il a ses entrées à Washington et en République Dominicaine, deux pays qui ont  tout  intérêt à ce que les 9 millions d’Haïtiens demeurent des consommateurs  et des travailleurs sous-payés à vie.

Donc à entendre Alexis faire sa déclaration d’une politique qui vise à long terme l’autonomie alimentaire, on savait qu’en  face on commencerait à fourbir les armes.

Ca ne s’est pas fait attendre. Peu après une décision d’un Parlement croupion d’interpellation du gouvernement est tombée. Elle est restée lettre morte. Cette fois-là, des voix manquaient pour rendre l’opération possible.

Il aurait fallu un journaliste avisé pour suivre l’ensemble des événements, parfois  apparemment anecdotiques qui ont marqué  cette lutte sournoise entre l’opposition représentée parr le lobby des importateurs et Alexis.

Si on remonte aux prémisses, l’affaire Alexis  a commençé avec le refus du gouvernement canadien de lui accorder un visa au prétexte d’une accusation de crime contre l’humanité.
Qui était derrière cette accusation ? Qui a suggéré, demandé, conseillé au gouvernement canadien cet angle d' attaque ?
Ca doit bien venir de quelque part ?

Sachant qu’Alexis qui a occupé plusieurs  postes dans  différents gouvernements n’a jamais eu de "dossiers" . On ne pouvait l’accuser de corruption, ni de trafics de drogues, ni de pédophilie, ni de je ne sais quoi d’autre ; Il  s'avérait  nécessaire de  lui mettre un truc sur le dos. Ce fût fait. Mais Alexis n'ayant pas accepté de se soumettre, les choses  sont restées pour l'heure en suspens.

Donc,  après le coup raté de la première interpellation, les opposants ne se tiennent pas  pour battus et vont chercher d'autres angles d'attaque.
Il ne faut pas oublier qu’Alexis hérite d’un gouvernement totalement bancal dit de 
« rassemblement » selon le vœu de Latortue, de son clan et de l’international. Vœu appliqué à la lettre par Préval. Ce gouvernement de rassemblement est en fait un "manje kochon" On y trouve de tout, et suffisamment de quoi paralyser l'action du Premier ministre.

Dès le départ, cette combinaison avait très peu de chances de réussir, vu qu’elle amalgamait des représentants de partis aux politiques non seulement différentes mais carrément opposées. La majorité étant des "libéraux" comme on l'entend aux USA, c'est à dire prorépublicains. Ce qui explique l’attentisme d’un exécutif tiraillé par des forces contraires avec à sa tête un président qui adopte comme tactique la politique du dos rond.

Pourquoi Préval n’a t-il pas pu  ou voulu appuyer son Premier ministre ?
Pour la bonne raison que « chat échaudé craint l’eau froide ». Ayant suivi de près les déboires d’Aristide et son combat perdu contre le libéralisme à tout crin et aussi les dérives provoquées par un rapport de force qui n'était pas en sa faveur, Préval qui, quoiqu’en dise est un progressiste, a voulu trouver une autre stratégie. Il s’agit d’éviter les affrontements directs et de pousser les pions les uns après les autres, comme il le dit « posé déposé, reposé." En séparant son Premier ministre de lui-même,  en installant  un scénario du style bon et mauvais flic, lui dans le rôle du bon et Alexis dans le rôle du mauvais, Préval avait pensé gagné du temps.


Mais à malin malin et demie, le camp d’en face ayant compris la maneuvre, l’a pris au mot et a fait d’Alexis une sorte d’Aristide bis et dirigé toutes les armes contre lui.
 
(Voir l'article du Nouvelliste et se rappeler que des "bandes"  de Cité Soleil" étaient venues soutenir M. Boulos lors de sa convocation devant le juge Gassant sans qu'on ait à ce moment là crû bon de parler "d'insulte à l'ordre public".

http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=54698&PubDate=2008-02-26

Au gouvernement même et à l’intérieur de son propre ministère, Alexis s’est retrouvé seul. Comme la sympathie du peuple va à Préval (à cause de sa supposée relation d’amitié avec Aristide) Alexis ne pouvait pas compter non plus sur sur un appui du secteur populaire avec lequel, d'ailleurs,  il n’a pas pu ou su communiquer.Il l'aurait fait qu'on l'aurait accusé de "populisme" terme équivalent de nos jours à "terrorisme".
On lui reprôche de ne pas avoir procédé à un remaniement minstériel. Mais c'est le président lui-même qui s'y est opposé d'après ce qu'on dit. On ne comprend pas qu'il n'y ait pas eu de changements dans le corps diplomatique. D'après ce qu'on dit, là encore , ce serait le Président qui ne'aurait pas donné son feu vert. On dit aussi que non seulement la nomination des ministres mais aussi celle des chefs de Cabinet, des directeurs, etc. dépendrait exclusivement du Président.

Résultat .
A partir du moment où le Président Préval, lors d’un discours pour défendre son option de refonte de la Constitution, avait donné comme exemple l'impossiblité s’il l'avait désiré de  se séparer de son Premier ministre, l'actuelle  Constitution l'en empêchant,  on pouvait comprendre qu’il était prêt à donner des gages  de bonne volonté à la partie adverse en  lâchant Alexis.
La fin d’Alexis n'était plus qu’une question de jours, et de mois.

On ne sait pas si  finalement  le camp représenté  par les éminents sénateurs Youri Latortue et Réginald Boulos gagnera cette  ènième bataille contre le Premier ministre Alexis. Si c’était le cas, le 28 février 2007 marquera une  nouvelle défaite  dans la lutte que mène le peuple haïtien pour la liberté.

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