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Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Les chroniques de M. Lagacé dans le journal La Presse de Montréal suscitent différentes réactions dont ce droit de réponse

Publié par Elsie HAAS sur 16 Mars 2008, 10:50am

Catégories : #CULTURE

De mon côté, je trouve la réponse de M. Berrouet-Oriol excessive et à côté de la plaque.

D'abord le journaliste a bien pris la précaution de présenter son récit comme impressioniste. Toute la différence entre un croquis et un tableau. Ce qui ne veut pas dire que le croquis sera moins réaliste, moins vrai que la peinture. Il arrive même que ce soit l'inverse, c'est-à-dire que  le croquis  soit plus proche du modèle.

Ensuite,  à l'inverse de ce que dit M. Berrouet, un journaliste a le droit de choisir  l'art et la   manière, dont il va rendre compte  de choses vues et entendues.
D'autant plus qu'il n'y a pas distorsion de la réalité.
Oui ou non, l'élecricité est-elle quasiment inexistante à Port-au-Prince ? 
Oui ou non l'eau courante court-elle dans les robinets ?
Oui ou non les ONG ne recrutent-elles pas les cadres les plus compétents ?
Oui ou non le désir d'une grande partie des gens n'est-il pas d'aller chercher des conditions de vie  meilleure dans des pays où l'eau court dans les tuyaux, où l'electricité permet de travailler correctemnent, où les transports sont assurés, où la médecine et la sécurité sociale sont abordables ? Etc, etc.


Donc où est le probléme ?
Que ce soit un mec assez futé pour avoir vu ça en  si peu de temps ?
Ou bien pour avoir eu l'audace de le dire sur un ton  volontairement badin ?
En quoi traiter une situation dramatique de manère légère lui enlève-t-elle ses aspects tragiques ?
Faire diversion en répondant par des outrances et des insultes, serait-ce une technique pour noyer le poisson ?

Ce procédé me rappelle celui utilisé par l'auteur de "Duvalier titan ou tyran ? " en réponse à l'article de M. Bourjolly.

Bref, une critique sur le fond au lieu de vaines invectives allant jusqu'à mettre en doute la qualité de journaliste de M Lagacé, ce ne serait pas  la preuve d'une impossibilité de dialoguer ?

Ah, que c'eût été bien si une telle verve  se fut  appliquée  aux  Haïtiens journalistes, anthroplogues, écrivains,essayistes,  historiens et autres autoproclamés  intellectuels ! Mais hélas, ni les "galettes de boue", ni la présence de la Minustah, ni l'injustice, ni le déboisement,  ni.. ne déclenchent  de telles envolées lyriques.




Droit de réponse à Patrick Lagacé
du journal La Presse


BÉNI SOIT L'AGACÉ SCALPEL
QUI SURFE SUR LES PLAIES BÉANTES D'HAÏTI

Par Robert Berrouët-Oriol
Linguiste-terminologue
Directeur général de TraduteXte inter-Communications
tradutexte-inter@hotmail.com – Tél.: 514 984 37 60
Montréal, le 12 mars 2008


Ils sont et s'estiment –me dit-on par tempêtes de courriels et autres tsunamis téléphoniques interposés-- furieux, furibards, vexés, courroucés, outrés, destabilisés, stupéfaits, grogis, barattés, interloqués, laminés, virtualisés, néantisés, sciés, bogués, ratatinés, bottés, traqués, piégés, dévissés, négrifiés, vaudouisés, reduvaliérisés, retontonmacoutisés, tabassés, relavalaseifiés, rerobotisés, relobotisés, recaramélisés, recolonisés, reLapresseisés, revassalisés, rezombifiés, reergotés... Bref, ils sont, ces 120 000 Québécois d'origine haïtienne, cible à chérir aux prochaines élections kanadian-kébékoiz, A-G-A-C-É-S par la symphonie inachevée du brillant Patrick LAGACÉ, journaliste émérite tout récemment et vitement dépéché par notre vénérable quotidien montréalais La Presse pour croquer ad nauseam, le temps d'un éclair analytique, les belles, aurifères, odorifères et diamantifères et séduisantes et déjà-connues plaies béantes d'Haïti... Alors, que l'on soit... agacé ou pas par la vive et croquante prose de Môsieu l'Agacé, il faut l'écouter en le lisant attentivement, il faut méditer son courroux et trépas analytique, et en débattre publiquement : avec sérénité mais sans concession à une certaine sous-culture de l'amalgame, sans verser dans l'anesthésie du consensus mou à la Mario Dumont alias Jean Charest, et encore moins sans se laisser berner par le crédo de l'impunité qui fait flasher les effets sans mettre en lumière les causes profondes des phénomènes superficiellement entrevus.

Môsieu l'Agacé, en effet, vient de livrer en pâture --avec la candide ferveur d'un papillon butinant le suc hallucinogène d'un pays saigné, saignant, édenté, excisé et exsangue : Haïti-- aux lecteurs ahuris de La Presse, quotidien montréalais au demeurant de bonne tenue, trois «papiers» (1) que je recommande haut et fort à nos meilleures Écoles de journalisme d'inscrire au chapitre des références que tout apprenti journaliste devra obligatoirement étudier s'il veut un jour exercer le nobre métier d'informateur-analyste sur la planète des médias branchés. Ces «papiers» sont percutants, d'un très haut niveau intellectuel et d'une très grande justesse analytique... Car il est ainsi avéré que n'importe quel quidam peut en toute impunité séjourner une petite huitaine de jours en Haïti, y surfer allègrement en s'abouchant à la «pensée» éclairée (sic) de lumpen-intellectuels parasitoses en mal de scoop et...et... en revenir avec un catalogue normalisé de «vérités», de semi-«vérités», d'apparentes «vérités», de «vérités» tronquées et/ou déguisées, de «vérités» fumantes voire fumistes, de «vérités» sans passé mais grosses d'avenir, de «vérités» virtuelles, en capsules menstruées ou déréglées... Il peut regagner Montréal «armé» d'un hallucinant et curieux bréviaire et surtout surtout se faire allègrement (col)porteur de poncifs, de lieux communs, d'anecdotes, de «jokes» revampées/«relookées», d'approximations encore-toujours tolérées, de clichés abrasifs, de strapontins outrecuidants, le tout, avec la bénédiction toute onctueuse de certaines et rares directions éditoriales friandes de la pensée unique si chère à Le Pen-le-Suif-errant, à Harper-le-mouton-texan, à Sarkozy-le-croisé-hystérique et à Bush-le-fauteur-de-guerre et croque-mort des cimetières gazés...

Mon propos, dans ce bref, n'est pas de «défaire» maille à maille le filet analytique de Môsieu l'Agacé : des centaines de Québécois oeuvrant depuis plus de 50 ans dans divers domaines de la vie citoyenne en Haiti –santé, éducation, gouvernance, formation technique et professionnelle, etc.-- sont mieux que moi en mesure de témoigner, avec rigueur, sans concession douteuse et sans complaisance, de l'état des lieux en terre haïtienne. Et je sais, pour les avoir souventes fois écoutés avec attention et respect, qu'ils sont précisément les meilleurs analystes, les meilleurs scruteurs-pisteurs, les meilleurs témoins de toutes les plaies multi-séculaires de la société haïtienne. Alors, de quoi s'agit-il de débattre ici, si l'on pose l'hypothèse que Môsieu l'Agacé a raison sur toute la ligne et que son tapageur coup de scalpel anthologique sur les multiples plaies béantes d'Haïti --en ses registres anthropologique et anthropophage-- est d'une indiscutable justesse ?

En clair, il s'agit de ne jamais occulter cette sorte de gêne nauséeuse et mortifère qui nous saute au nez, à la gorge et aux yeux lorsque nous lisons, dans la presse grand-public québécoise, ce type de «papier» qui, à l'insu parfois de son rédacteur, pose LA QUESTION DE FOND DE L'IMPUNITÉ lorsque l'éthique journalistique est mise à mal --par exemple toutes les fois qu'il s'agit de «gloser» sur Haïti-- par le traitement complaisant de l'information tant de la part du journaliste que de la direction éditoriale d'un quotidien. Dans le cas qui nous occupe, chacun –et au premier chef la Fédération professionnelle des journalistes du Québec-- doit se poser la question : les «papiers» (1) de l'Agacé journaliste contreviennent-t-ils à l'éthique du métier en véhiculant complaisamment une information butinée de manière toute superficielle auprès d' «informateurs» dont on ne peut mesurer la crédibilité (2), en donnant droit de cité une fois de plus aux clichés les plus éculés sur Haïti (3), en banalisant l'obligation de rigueur de l'observation au profit d'«instantanés» cueillis au détour d'une libidinale beuverie où le rhum Barbancourt, même lorsque freudien il dévêt les langues, ne peut servir de potion magique ou de boule de cristal «analytique» ?

La superficialité de la glose de l'Agacé journaliste indique d'emblée que ses «profondes» analyses du réel haïtien, si elles ont le mérite de ne point se vouloir inédites ni innovantes, ne s'embarassent guère du devoir d'éthique qui doit gouverner le métier de journaliste, et aussi toute prise de parole publique comme privée, politique autant que philosophique, en dehors de quoi nous ne vivons pas en société régie par des lois, y compris la Morale... En manquant insidieusement au devoir d'éthique  –sous couvert d'humour glauque, de pisteur-feu-follet-«innocent» et en tablant sur sa nulle connaissance, béatement revendiquée, des réalités des pays dudit Tiers-Monde--, «notre» Agacé journaliste manque également au devoir de respect envers le peuple visité (ici, le peuple haïtien) auquel un correspondant de presse doit obligatoirement se soumettre même lorsqu'il visite les camps de concentration nazifiés de la Bush cannibale à Cuba et en Irak...


En prenant avec autant de légèreté la voie obtuse de la superficialité du propos au sujet du drame haïtien, drame pourtant réel, actuel et sanglant à travers ses plaies mémorielles et dont le peuple québécois demeure intelligemment solidaire, l'Agacé journaliste n'informe ni en profondeur ni objectivement les lectorats québécois qui font bien légitimement confiance au journal La Presse pour se nourrir d'informations fiables et contrôlées et garanties par la direction éditoriale de ce quotidien. Car l'information journalistique est aussi, en amont, un savoir, un savoir-faire et un savoir-dire, une accumulation de savoirs sectoriels qui doivent impérativement être articulés, mis en logique discursive et analytique, pour précisément éclairer notre regard sur un pays, un événement, une histoire... Est-ce donc si agaçant d'exiger ce strict minimum du métier de journaliste à Môsieur Patrick ? 

Robert Berrouët-Oriol
Linguiste-terminologue



1) En réalité, cette Chronique impressionniste d’un journaliste québécois à Port-au-Prince, dans La Presse de Montréal, comprend 4 «papiers» :
    a) Haiti : dieu est partout, 25 février 2008.
    b) Une dame marche avec des poules sur la tête, 1er mars 2008.
c) Tout le monde veut aider Haïti, 2 mars 2008.
d) Personne ne dit la vérité dans ce foutu pays, 3 mars 2008.

2) Idem, ibidem : notamment ces 2 éclairants passages des Carnets de voyage lagaciens :
-- «Je reviens d'Haïti. Je n'y suis pas resté bien longtemps. Juste assez pour voir que ce pays, c'est pas un pays, c'est un milk-shake de cercles vicieux. Un tragique milk-shake de cercles vicieux.»
-- «C'est ce que j'ai compris, un soir, en jasant avec des Haïtiens et des Québécois, lors d'un souper modérément arrosé.»

3) Idem, ibidem : «En Haïti, m'a-t-on expliqué, il y a beaucoup de gens en bas de la pyramide, évidemment. Et des gens en haut. Les politiciens, la bourgeoisie. Mais au milieu? Rien. Le vide.»

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