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Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Le savoir faire des paysans haïtiens

Publié par Elsie HAAS sur 17 Avril 2008, 09:41am

En Haïti, il y a pléthore d'agronomes.

Les actuels Pérsident de la République et Premier ministre font partie de cette confrérie.

Cependant le déboisement continue de plus belle.

La production agricole est réduite à une portion congrue.

Cette situation, qui n'est pas propre à Haïti,  est la conséquence de l'application des injonctions du FMI,BM et OMC, les trois agences qui travaillent pour le grand capital.

 Depuis 1986 Haïti obéit à la lettre à ces trois organismes.

Ne dit-on, pas que ce pays est l'un de leurs meilleurs élèves.

Avec les résultats que l'on connaît.

 Notamment la chute drastique de la production agricole.

Cependant, il me semble qu'il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark.

Les éminents agronomes n'auraient-ils pas trop bien ingéré et digéré les leçons de leurs professeurs occidentaux.

Professeurs, qui dans leur grande majorité restent persuadés de l'infériorité  des paysans haïtiens, de leur ignorance et de leur absence de connaissances.

Nourris de cet enseignement, les agronomes haïtiens, auraient-ils eu tendance à  mésestimer le savoir faire de la paysannerie de leur pays ?

Reconnaître et valoriser les expériences et savoir-faire paysans

Les chercheurs et les ingénieurs agronomes en charge de favoriser le développement durable dans les divers pays du Tiers-Monde sont donc invités à revoir complètement leurs démarches en matière de recherche agronomique et de promotion de nouvelles techniques agricoles ; en commençant déjà par ne plus prétendre que la priorité serait toujours l’“amélioration variétale” et la promotion d’organismes génétiquement modifiés ! De toute évidence, avant même de vouloir chercher ou proposer de prétendues “améliorations”, les chercheurs et agronomes devraient prendre davantage en considération les conditions agro-écologiques et socio-économiques dans lesquelles opèrent les divers paysans du Tiers-Monde, inventorier les moyens dont ils disposent et bien comprendre leurs intérêts. Ainsi renoncera-t-on à vouloir trouver des solutions “passe partout” aux problèmes multiples et variés auxquels sont confrontées les différentes catégories d’agriculteurs et de reconnaître que dans l’immense majorité des cas, les paysans devront encore rester les véritables innovateurs. Ne pourrait-on pas tout simplement laisser les paysans inventer leurs propres solutions, leur en donner les moyens et les accompagner dans leurs expérimentations ? Les agronomes qui ont la chance de voyager peuvent évidemment les aider à s’inspirer de solutions déjà trouvées par ailleurs12, mais en sachant qu’aucune technique ne peut jamais être reproduite telle quelle et suppose une multitude d’adaptations aux conditions locales. L’idée est de ne jamais vouloir “transférer” une technique d’un endroit à un autre, mais bien plutôt d’accompagner les paysanneries pour qu’elles puissent elles-mêmes inventer librement de nouvelles techniques ou adapter celles ayant déjà fait la preuve de leur efficacité par ailleurs, en tenant compte des conditions locales.

Une chose est sûre : ce ne sont pas les agronomes, ni les généticiens, qui ont inventé l’agriculture. Depuis le néolithique et jusqu’à il y a très peu de temps, toutes les innovations agricoles ont été le fait des paysanneries. Durant des millénaires, ce sont les paysans qui ont eux-mêmes sélectionné les espèces, races et variétés, dont il fallait privilégier le développement, et mis au point de nouveaux modes de mise en valeur des écosystèmes pour répondre aux besoins des sociétés dont ils faisaient partie. Ce faisant, les agriculteurs sont parvenus à sélectionner une grande panoplie de cultivars adaptée à la diversité des conditions écologiques de notre planète13. Il en a résulté ainsi des formes d’agricultures particulièrement adaptées à chacun des “pays”.

Un savoir faire qui a été, d'ailleurs remarqué dans les Antilles françaises et en Guyane française où là, ils sont comparés aux Mhong  qui  avec les Haïtiens sont les deux communautés qui  pratiquent une profession  délaissée par les Guyanais  dits "de souche".

fig-st-die.education.fr/ actes/actes_2004/dufumier/article.htm - 84k

J'avais vu un film réalisé, je crois par des Canadiens, faisant l'éloge des techniques des paysans haïtiens.

C'était une époque où les Quebecquois ne s'étaient pas encore découvert une fibre paternaliste et néocolonialiste.

 
Malheureusement je ne sais qui sont  les auteurs, ni les producteurs de ce film que j'aurais aimé  retrouver.

Il y a quelqu'un qui continue  à vanter les techniques des paysans haïtiens, c'est le professeur Dufumier, agronome et Professeur à l’Institut national agronomique de Paris-Grignon.

Le gouvernement de M. Alexis  qui ne rate pas une occasion de manifester  son intention de développer la production agricole, serait bien avisé de regarder du côté de  gens, comme M. Dufumier qui ont un point de vue original et de solides arguments économiques pour le défendre.

Voici ce qu'il dit, entre autres dans un aricle du Monde diplo daté de 2006

www.monde-diplomatique.fr/2006/04/DUFUMIER/13338 - 36k

Ce riche savoir-faire des paysans du Sud

Parmi les 6,5 milliards de personnes qui peuplent notre planète, plus de 850 millions ne mangent pas à leur faim, et près de 2 milliards souffrent de malnutrition, faute de disposer de protéines, vitamines et éléments minéraux en quantité suffisante. Les compagnies semencières transnationales affirment que les plantes génétiquement modifiées (PGM) pourraient contribuer à la résolution de ce problème. Quelle crédibilité accorder à leurs propos ?

Les populations dont l’alimentation est insuffisante sont, pour plus des deux tiers, des familles paysannes minifundiaires (petites propriétés) équipées d’outils exclusivement manuels et dotées de systèmes de culture et d’élevage insuffisants pour se nourrir elles-mêmes ou pour permettre des achats alimentaires. Auxquelles s’ajoutent celles qui, appauvries ou endettées à l’extrême, s’entassent dans les bidonvilles sans y trouver d’emplois rémunérateurs. C’est donc bien par un accroissement de la productivité et des revenus agricoles des paysans les plus pauvres que l’on parviendra à réduire la prévalence de la faim et de la malnutrition dans le monde.

Mais rien n’indique que le recours aux PGM permette d’atteindre cet objectif. D’un point de vue technique, les solutions prioritaires doivent associer les cultures combinant diverses espèces et variétés, complémentaires dans l’espace et dans le temps, de façon notamment à :

– intercepter au mieux les rayons solaires et transformer ainsi le maximum d’énergie lumineuse en calories alimentaires, par la voie de la photosynthèse ;

– produire des protéines par la fixation de l’azote de l’air, grâce aux légumineuses avec lesquelles des bactéries fixatrices peuvent vivre en symbiose ;

– favoriser l’exploration maximale des sols par les racines et les transferts verticaux de minéraux vers la surface, via la production de biomasse aérienne, la chute des feuilles et leur décomposition dans la couche arable ;

– assurer une couverture végétale maximale des terrains, et les protéger ainsi de l’agressivité des agents d’érosion (pluies tropicales, eaux de ruissellement, vents violents, etc.) ;

– apporter le maximum de matières organiques sur les champs cultivés et favoriser ainsi la production d’humus en leur sein ;

– faire barrière à la propagation et à la prolifération d’éventuels insectes prédateurs et agents pathogènes.

Des variétés rustiques, survivant en conditions aléatoires, permettent de limiter les risques de très mauvaises récoltes, ce qui est crucial pour les paysans précaires. En témoigne le succès récent du riz pluvial Nerica en Afrique de l’Ouest. Issue d’une hybridation classique entre des espèces de riz africaine et asiatique, cette variété, riche en protéines, résiste bien aux sécheresses... sans modification génétique.

De même, il conviendrait d’associer agriculture et élevage, de façon à valoriser les résidus de culture dans l’alimentation des troupeaux, et à utiliser les déjections animales pour la fabrication de fumier sans transports excessifs. Mais encore faudrait-il que les paysans aient accès aux moyens de production nécessaires : animaux de trait, charrettes pour le transport des matières organiques, terres en quantités suffisantes, etc. Il s’agit là bien davantage d’un problème de répartition des ressources que d’une affaire de génétique.

Les paysanneries du tiers-monde disposent d’un savoir-faire « naturel » sous-utilisé. Ainsi en est-il des associations de culture dans les « jardins créoles » d’Haïti et dans de nombreuses îles des Caraïbes. De même, certaines sociétés de l’Afrique soudano-sahélienne emblavent leurs céréales sous des parcs arborés d’Acacia albida, légumineuse dont le feuillage constitue un excellent fourrage pour les animaux, et sert aussi à la fertilisation des sols. Les paysans du delta du fleuve Rouge, au Vietnam, cultivent, dans leurs rizières, des algues aquatiques qui favorisent des cyanobactéries contribuant à la fertilisation azotée des sols. Et l’élevage de canards n’est-il pas un moyen efficace de lutter contre les insectes prédateurs du riz ?

Certes, tous ces systèmes sont perfectibles, et les agronomes ne manquent pas de travail, à la condition de reconnaître les écosystèmes souvent complexes dont on doit toujours ménager les diverses potentialités productives.

De ce point de vue, rien n’indique que la génétique soit le facteur limitant de la production et des revenus agricoles, et que les OGM puissent être utiles aux paysans pauvres. Les multinationales auraient-elles massivement investi dans la mise au point de PGM, pour céder ensuite leurs semences aux paysans les moins solvables du tiers-monde ? Les semences de soja, de maïs et de coton transgéniques sont utilisées dans les pays du Sud, au sein de grands latifundia au Brésil, en Argentine et en Afrique du Sud. On ne sache pas qu’elles aient mis fin à la misère des paysans sans terre et des populations des favelas et des bantoustans...

Marc Dufumier.
Professeur à l’Institut national agronomique Paris-Grignon (INAPG).

Et aussi :


Des techniques appropriées existent déjà
La pratique des paysans haïtiens, qui consiste à associer simultanément et successivement plusieurs espèces et variétés dans un même champ, permet aux diverses plantes cultivées sans recours aux engrais chimiques ni aux produits phytosanitaires (céréales, légumineuses, tubercules et cucurbitacées) de bien intercepter la lumière pour transformer celle-ci en calories alimentaires. Ainsi l’intégration de légumineuses dans les assolements autorise-t-elle la fixation de l’azote de l’air pour la fertilisation des sols et la synthèse des protéines. (...)
Chercheur en agriculture : une fonction à repenser totalement
Les chercheurs en agriculture ne devraient-ils pas tout d’abord rendre plus intelligible le fonctionnement des écosystèmes aménagés par les agriculteurs et expliquer toujours plus rigoureusement comment se constituent les rendements des cultures sur les parcelles paysannes, au fur et à mesure de la croissance des plantes cultivées et du développement des animaux domestiques ? Le plus urgent ne serait-il pas, en effet, de mieux comprendre comment les divers écosystèmes cultivés peuvent être différemment affectés par les multiples interventions agricoles, avant même de vouloir éventuellement proposer des normes aux agriculteurs ? Il conviendrait alors de mettre les compétences des chercheurs au service d’un suivi attentif des techniques agricoles et d’une évaluation rigoureuse de leurs résultats lorsque les paysans mettent en œuvre leurs propres expérimentations, et cela, bien sûr, sans préjuger de ce qui serait « meilleur » pour eux !
Les obstacles à l’accroissement des productions agricoles ne sont d’ailleurs pas d’ordre exclusivement agro-écologique, mais résultent aussi, bien souvent, de structures agraires injustes, de législations foncières inadéquates et de conditions inégales dans lesquelles se manifeste la concurrence entre exploitants sur les marchés mondiaux des produits agricoles et alimentaires. Les chercheurs en agronomie seraient donc bien inspirés de travailler en association étroite avec leurs collègues de sciences sociales pour mettre en évidence les fondements agro-écologiques et socio-économiques des systèmes de production actuellement pratiqués par les diverses catégories d’agriculteurs.

L’ O. M. C.  et  l’AGRICULTURE
 Par Marc DUFUMIER, Professeur d'agriculture comparée, I.N.A. - Paris Grignon

Et aussi :

Si vraiment on poursuit la libéralisation des échanges et que l’on fait en sorte que les agriculteurs du Sud soient en compétition  directe avec les agriculteurs du Nord, les conséquences pourraient être absolument dramatiques. Parce que, je crois, il faut bien mesurer les  choses et savoir que les écarts de productivité entre les paysans du Sud, qui n’ont que des outils manuels, pour prendre les plus pauvres, et les agriculteurs moto et mécanisés des pays du Nord, l’écart de productivité est de l’ordre de 1 à 100.

Si vous me permettez quelques chiffres: en HAITI, un producteur dans la plaine de l’Artibonite produit du riz en repiquant à la main. Il repique 0,5 ha par actif. Il ne peut pas en repiquer plus à la main. Les rendements, s’il ne met pas d’engrais, c’est 1 tonne à l’hectare. Cà veut dire que 1 haïtien produit 500 Kg de riz par actif et par an.

Aux U.S.A., juste à côté, à MIAMI en Louisiane ou en Floride, un agriculteur maîtrise  100 ha ; il peut avoir 5 tonnes à l’hectare, ce qui fait 500 tonnes de riz par actif et par an. Le rapport est de 1 à 1000. Alors, c’est vrai que le paysan haïtien qui ne met pas d’engrais et qui n’a comme seul outil que des outils manuels, n’a pas beaucoup de coûts et ses 500 Kg ce sont vraiment des valeurs ajoutées. Aux U.S.A., même si vous considérez que les 9/10ème de ces 500 tonnes ce sont des coûts, la valeur ajoutée reste de 50 tonnes. Le rapport de productivité est de 1 à 100.

Maintenant, à PORT-AU-PRINCE, quand vous avez 50 Kg de riz de MIAMI, quand vous avez 50 Kg de riz de la plaine de l’Artibonite, ces kilos de riz ont le même prix, sauf que dans un des sacs vous avez 100 fois plus de travail que dans l’autre. Et pour que le paysan haïtien puisse vendre et vivre un petit peu, acheter des chaussures, des textiles, etc…, vendre son riz, il est obligé d’accepter le même prix que le riz en provenance des U.S.A. ;  il est obligé d’accepter une rémunération donc 100 fois moindre que celle de son concurrent.

L’ O. M. C.  et  l’AGRICULTURE
 Par Marc DUFUMIER, Professeur d'agriculture comparée, I.N.A. - Paris Grignon

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