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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Préval, pas contradictoire pour un sou

Publié par Elsie HAAS sur 30 Avril 2008, 09:35am

Catégories : #PEUPLE sans mémoire...

On entend, ici et là, dire que M. Préval est « contradictoire».

D’un côté,  dit-on, il parle de développer l’agriculture.

Il demande  aux gens de manger « local » .

 De l’autre, le voici qui désigne à la tête du gouvernement un technicien agroéconomiste fervent adepte de l’ultralibéralisme.
 
Cependant, examinons cette contradiction de plus près et voyons si c’en est bien une.
 
Certes, Alexis dès le mois de juin 2007 déclarait  clairement (un peu trop d’ailleurs) sur les radios nationales que son gouvernement visait l’autonomie alimentaire.

Par contre, il ne me semble pas qu’on  ait entendu le mot « autonomie » prononcer par Préval.

Développer l’agriculture  oui, il l'a dit.

Mais "développer l'agriculture" reste un terme flou.

Développer l’agriculture.  On ne peut qu’être à priori d’accord. 

Mais comment ?

Et surtout au bénéfice de qui ?

On peut développer l’agriculture en plantant de la canne pour les agrocarburants.

On peut développer l’agriculture en  plantant des fruits ou des légumes destinés à l’exportation.

On peut développer l’agriculture en expropriant de petits cultivateurs pour créer de grandes plantations vouées à l’exportation.

On peut développer l’agriculture en achetant des engrais chimiques, des semences de Mosanto, des tracteurs et en poussant  un plus grand nombre de petits cultivateurs à la "bidonvillésation"

Le Burkina Faso, par exemple, à développer l’agriculture.

Obéissant aux injonctions du FMI que je synthétiserais  ainsi :

 "Pas la peine de produire du riz, vous pouvez  l'acheter à meilleur prix ailleurs. Faîtes quelque chose qui vous rendra compétitif sur le marché international. Tiens pourquoi pas des haricots verts ?"

Le Burkina s’est mis à développer la culture d’haricots verts et sa population (pas la minorité qui a investi et qui a eu des subventions pour ce type de production) crève de faim.

http://www.cadtm.org/spip.php?article3269

Rien à voir avec une autonomie alimentaire dont  la finalité  va à l’encontre des recettes du FMI comme l’exprime l’auteur de cet article :

Burkina Faso: La pomme de terre se vend mal

« Une des solutions serait que l'Etat soutienne très fort son agriculture, la production et la commercialisation -- comme n'ont cessé d'ailleurs de le faire les Etats-Unis et l'Union Européenne - Ce sont eux qui sont aux commandes du FMI et de la Banque mondiale qui n'ont jamais visé que la destruction des agricultures du Sud. Ils commencent aujourd'hui à le regretter avec la famine qui se profile car ils en sont directement responsables - avec la complicité des dirigeants africains, qui, au passage, s'en sont mis plein les poches, fêtant, à intervalles réguliers, leurs ixièmes milliards, dans un pays avant-dernier de l'Indice de développement humain."

http://fr.allafrica.com/stories/200804212048.html

 L’autonomie alimentaire demande une planification de l’Etat pour une  production dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche en coordination avec les acteurs afin de répondre aux besoins alimentaires de la population.

Le budget de l’Etat pour l’agriculture est autour de 4%.

Pensez-vous qu’il soit possible de mettre en chantier une  politique d'autonomie alimentaire avec si peu de moyens ?

Non.

Donc il n’y a pas de contradiction entre le « développer l’agriculture » du Président haïtien et la désignation d’un ultralibéral aux commandes du gouvernement.

Bien au contraire.

Il faut y voir une cohérence dans le désengagement de l’Etat.

C’est-à-dire une privatisation de l’agriculture qui passe par une dépendance accrue aux  trois grâces (FMI, BM, OMC) et aux investisseurs privés.

Processus résumé par l’auteur de l’article ainsi :

« Une des solutions serait évidemment que l'Etat, au lieu de se désengager de l'agriculture (comme le lui ont demandé FMI et Banque mondiale), s'y réengage, mais pas comme prédateur des filières, comme il est souvent tenté de le faire à travers des fonctionnaires payés pour leur emploi et qui se font payer une deuxième fois pour le même temps de travail pour accompagner les paysans dans le cadre de projets non étatiques. »

http://fr.allafrica.com/stories/200804212048.html

Il est évident qu’il est très difficile pour la société civile, les organisations paysannes, les syndicats haïtiens généralement mal informés et peu formés  de voir clair dans les pratiques multiformes et embrouillées du FMI.

De plus, le mouvement antinéolibéal haïtien, à l’inverse de  ce qui se passe en Amérique Latine, est très faible et peu organisé.

Il est vrai que depuis 1957, il a été soumis à des attaques d'une violence inouïe  qui tendent à le dévitaliser.

Dans ce contexte, le terrain est préparé pour qu'un technicien, formaté par les Institutions internationales, soit le profil  adéquat pour  une application sans états d’âme de la politique  agressive de  ces institutions.

Le Président a donc fait un choix logique et pas contradictoire pour un sou.

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