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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Blogmediapart.Pourquoi les banlieues de Stockholm se sont-elles enflammées

Publié par siel sur 18 Juin 2013, 11:56am

Catégories : #INTERNATIONAL

Dix chercheurs suédois et internationaux, parmi lesquels le Britannique Paul Gilroy, ont demandé au gouvernement de Stockholm l'ouverture d'une enquête sur les événements survenus dans le quartier de Husby. Alors que le « gouvernement ne mène aucune politique susceptible de réduire la ségrégation », cette enquête, affirment-ils, « doit également porter sur les causes de la situation sociale précaire des populations des banlieues suédoises ».


 


Le soulèvement dans les banlieues défavorisées de Stockholm (et de quelques autres villes), au mois de mai, a semblé surprendre de nombreux Suédois, et le reste du monde. De tels événements ne s’étaient pas produits en Suède depuis les révoltes de la faim en 1917, quinze ans avant que les socio-démocrates ne lancent « le modèle suédois ». Ceux qui ont suivi le tournant néo-libéral de ce modèle depuis les années 1990, et vu ses conséquences sociales, n’ont pas été surpris par ces événements.

Les événements ont commencé à Husby, après que la police a tué un homme de 69 ans. D’après la police, il serait mort de ses blessures à l’hôpital, mais les habitants de Husby avaient pris des photos de la police dans l’appartement, au milieu de la nuit, en train d’emporter son cadavre. Tandis que les voitures ont commencé à brûler à Husby et dans d’autres banlieues, nous avons immédiatement pensé aux événements similaires qui se sont produits à Paris (2005), Athènes (2008) et Londres (2011). Dans tous ces cas, c’est l’implication de la police dans des décès qui a mis le feu aux poudres. Mais il importe de souligner d’autres ressemblances entre ces cas, et d’expliquer plus en profondeur ces événements qu’on qualifie de « soulèvements » ou d’ « émeutes ».

Dans tous les cas, il s’agit de villes profondément ségréguées. Le point essentiel, c’est que l’urbanisation dans sa forme actuelle en Europe est profondément racialisée – et la Suède ne fait pas exception à cette règle. Ses centre-ville sont devenus des enclaves complètement gentrifiées pour les blancs des classes moyennes et supérieures, tandis que les quartiers périphériques pauvres sont de plus en plus non-blancs. Depuis les années 1990, et le début de la libéralisation économique en Suède, les grandes villes suédoises font partie des plus ségréguées en Europe. Selon un rapport du gouvernement, plus de 40% des jeunes banlieusards âgés de 20 à 25 ans sont sans emploi et n’étudient pas, et plus de 50% des enfants de ces banlieues grandissent dans la pauvreté. Un rapport récent de l’OCDE a montré que c’est en Suède que les disparités de revenu s’accentuent le plus vite, parmi les 34 pays étudiés. Les politiques de logement suédoises, qui ont pu à une époque réguler le marché foncier, ont été démantelées. Les régies municipales de logement, créées dans les années 1940 dans le cadre du programme « Good Housing for All » (« Bon logement pour tous »), ont été privatisées, et celles qui sont restées publiques sont, en vertu d’une loi votée en 2011, tenues de faire du profit.

De plus, l’Etat-providence a peu ou prou abandonné les banlieues. Ce sont les secteurs qui sont les plus affectés par les économies dans le secteur public. Dans le cas des écoles, la combinaison des coupes budgétaires et de la réforme libéralisant l’enseignement a eu des effets désastreux, les élèves suédois ayant chuté des premières places à la queue de peloton des classements de l’OCDE. Dans les banlieues, moins de 50% d’entre eux parviennent au terme de leurs études secondaires. Travailleurs sociaux et centres pour la jeunesse ont virtuellement disparu, alors que la présence policière s’est accrue.

Le sociologue français Loïc Wacquant a analysé ce type d’évolution comme tournant politique depuis le « welfare » keynésien vers le « workfare » néolibéral. D’un côté, cela donne plus de liberté aux privilégiés des centres gentrifiés (si isolés et obsédés par leur sécurité qu’ils soient). D’un autre côté, c’est moins de liberté pour les habitants de la périphérie, qui sont confrontés à de nouvelles mesures disciplinaires et reçoivent moins de subventions. En Suède, le gouvernement libéral-conservateur a appelé cette politique « the work line » (la ligne du travail).

De surcroît, la discrimination est structurelle. La recherche en Suède a établi qu’à dossier égal, « Erik » et « Mohammed » sont loin d’avoir les mêmes chances d’obtenir un emploi ou un logement (en dehors des banlieues). Le stigmate associé aux lieux et le racisme contribuent à cette discrimination. Le débat récent sur le racisme quotidien a ouvert les yeux à beaucoup de Suédois blancs vivant dans les bulles de leurs enclaves gentrifiées. A Husby et dans d’autres banlieues suédoises, des jeunes ont témoigné du fait que la police les traitait de « singes ».

Wacquant parle de « stigmatisation territoriale » pour qualifier cette discrimination liée au lieu de résidence. Les enjeux sociaux et psychologiques de la ségrégation sont des éléments de la compréhension de l’événement déclencheur des soulèvements. Quand la police abat un habitant d’un quartier stigmatisé, le geste est ressenti comme une violation officiellement admise, qui symbolise l’ensemble des violations que les habitants subissent depuis des années en silence.

 

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