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Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Récit du créateur de la fête de la mer à Pestel arrivé en Haïti en 1986

Publié par siel sur 16 Novembre 2012, 11:41am

Catégories : #PEUPLE sans mémoire...

 

Voici le récit d'un voyageur français qui arrive en Haïti en 1986.

Il restera 8 ans  à Pestel.

La description qu'il fait du pays après les 29 ans de dictature

est très loin du "paradis" décrit par les néoduvaliéristes du pouvoir rose.

Notamment sa description de Port-au-Prince.

 

Il y a un passage assez émouvant où un jeune candidat boat people exprime

sont point de vue pessimiste sur l'après Duvalier

et le constat qu'il fait du maintien du statu quo.

 

Je me permets de le publer

pour ceux qui, encore aujourd'hui, malgré l'affaire Brandt, persiste à 

croire que le duvaliérisme  aurait  disparu-comme par miracle- avec le départ de J-Cl

en laissant la même camarillla au pouvoir.


"Edouard avait été voir Arsène le jour même de son retour. Ils avaient longuement discutés. Le blanc avait été intraitable, accusant son ami noir de lâcheté et d'abandon. Il lui avait longuement expliqué combien il pensait que ce n'était pas le moment de quitter Haïti, alors que justement l'espoir renaissait maintenant après la chute des Duvaliers. Combien il était nécessaire de rester pour reconstruire le pays, qu'il y avait désormais tant à faire et que Haïti avait besoin de toute sa jeunesse, de tout son peuple, comme un homme a besoin de tout son sang. Et que finalement, partir aux Etats-Unis pour aller servir de main d'oeuvre occasionnelle et sous payée aux yankees de Miami, c'était de la désertion !


Le jeune Haïtien avait d'abord accusé le coup en silence. Puis il s'était défendu en expliquant qu'il n'y croyait plus… Que seul Jean Claude Duvalier et les quelques tortionnaires les plus voyants avaient été "déchouqués", mais que le système, lui, n'avait pas bougé et que ceux qui tenaient les rennes du pouvoir hier les avaient toujours en mains aujourd'hui ! Il expliqua qu'il y avait sans doute beaucoup à faire en Haïti mais que, pour entreprendre il fallait un minimum de connaissances, de relations et d'argent ! Lui, comme tant d'autres jeunes Haïtiens inactifs, n'avaient aucun de ces trois atouts en main! Il expliqua que les Haïtiens cultivés et fortunés qui pouvaient prendre des initiatives de développement et créer des emplois, n'avaient jamais cru bon de le faire et qu'ils avaient depuis 200 ans préféré piller les richesses de leur pays, à la source du pouvoir, sans se fatiguer. Les autres avaient été contraints (ou bien avait-ils préférés....?) s'exiler aux U.S.A., au Canada, au Mexique ou en France....!


—"Crois tu que tout ceci va changer du jour au lendemain...? Sais-tu qu'il y a plus de médecins Haïtiens dans la seule ville de Montréal que dans tout Haïti ? Sais-tu que la majorité des ministres de l'actuel gouvernement sont d'anciens dignitaires du régime Duvalier, qu'il en est de même pour la plupart des candidats à la prochaine élection présidentielle et qu'ils sont plus de 200 à briguer le poste ? Sais-tu que c'est la même chose dans l'armée, dans l'administration, dans la police, le commerce et l'industrie....?"


Oui, Arsène le savait, mais....

—"Qu'est-ce qu'un pauv'neg comme moi peut faire ici...? interrompit Edouard avec fureur "Ya rien à faire pour moi ici ! Même me marier, placer une femme ou viv'avec, avoir des enfants, même ça, c'est très difficile ! Il faut de l'argent ! Du travail ! Même ça je ne peux pas le faire ! répéta-t-il avec rage. Non ! Ca ne peut pas durer ! Oh Bien sûr, à Pestel comme partout ailleurs dans le pays, tout était à faire ! Des écoles, des pharmacies, des dispensaires, des routes, des maisons, des transports maritimes ou routiers, des hôtels, des centres touristiques ! Oui bien sûr, tout est à faire en Haïti aujourd'hui ....! Mais qu'est ce que tu veux qu'un pauv'neg comme moi commence par y faire??? En dehors de partir se vendre à Miami....?"

 

Arsène, le Blanc, frappé  par le témoignage du jeune Haïtien,

décide de rester à Pestel et d'y créer des emplois afin que les jeunes ne s'aventurent plus sur les boatpeople.

C'est lui qui va créer "La fête de la mer", inspirée de celle de Bahia, 

qui prendra fin avec le Coup d'Etat de 1991.

Je vous donne à lire l'épilogue.

Sinon l'ensemble du récit est ici.link

 

Ce récit qui n'a pas grand chose d'imaginaire et pour lequel toutes ressemblances avec des personnes et situations existantes ou ayant existées ne sont aucunement fortuites, a été rédigé à Pestel (Haïti) du 13 au 28 août 1986 par Alain Bosmans. Il est dédié aux habitants du district de PESTEL.


Arsène a ensuite pris sa décision ! Il est resté 8 ans à PESTEL où il a monté un complexe touristique avec auberge, bar, hôtel, restaurant, location de voiliers nommé: " LA FLIBUSTE ". Inauguré en décembre 1986, l 'entreprise devait connaître un surprenant succès avec l'organisation à son initiative de la première "Fête de la Mer ".


S'inspirant des festivités de Yémanja (déesse de la mer au Brésil) qui se déroulent chaque année dans la baie de Salvador de Bahia et auxquelles il avait participé trois ans plus tôt, Arsène eu l'idée d'organiser à Pestel, sur l'exceptionnel plan d'eau de la baie des Cayemites, des compétitions d'embarcations et de voiliers Haïtiens traditionnels. La première "Fête de la Mer " organisée par " La Flibuste " se déroula en mars 1987 avec la participation de nombreux sponsors privés (notamment la Shell Haïti , le Rhum Barbancourt et PubliGestion) ainsi que le soutien de la plupart des missions de coopération étrangères.


En mars 1988 le président de la République de l'époque, le Général Namphy, s'y rendait et Arsène rencontrait à Paris, à l'occasion d'une de ses visites à ses parents, le père Ernest Legarec. L'année suivante c'est une équipe du magazine de la mer "Thalassa" de la télévision française qui venait tourner à Pestel un reportage de 26 minutes qui sera diffusé sur FR3 en juin 1989 et repris depuis à plusieurs occasions par TV5.


En juillet 1989 Arsène inaugurait à Pestel avec son ami Bernard Sexe, le chef de la mission de coopération française en Haïti, le "CEPEC", Centre Pédagogique et Culturel de Pestel dont il devenait l'animateur. En février 1990 Jean Bertrand Aristide, le curé des bidonvilles était élu Président de la République d'Haïti avec près de 70 % des voix. Le dimanche de Pâques suivant, le 15 avril 1990 à 11 heures du soir, alors que l'on tirait le feu d'artifice de la quatrième Fête de la Mer , Arthur naissait à Pestel et Arsène y faisait construire en quelques mois une nouvelle maison en bordure de lagon pour y abriter sa nouvelle famille.


En septembre 1991, un sanglant coup d'état renversait Jean Bertrand Aristide qui se réfugiait aux Etats-Unis. Un nouveau régime macoute dirigé par le général Cédras faisait de nouveau régner la terreur tandis que tous les coopérants et aides internationales s'en allaient laissant le pays frappé par un sévère embargo international. A Pestel, la Flibuste et le CEPEC périclitèrent … Arsène, pour s'occuper, reprit pendant prés d'un an la gestion de la marina d'Ibo-Beach prés de Port au Prince, avant d'être finalement contraint de quitter, avec son fils Arthur, clandestinement et définitivement le pays d'Haïti le 10 mars 1994. Arsène et La Cigale seront restés en Haïti 8 ans moins 8 jours …

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