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Le Monde du Sud// Elsie news

Le Monde du Sud// Elsie news

Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Education et Démocratie, Extrait d' Olivier REBOUL. Rediff

Publié par siel sur 7 Novembre 2013, 14:25pm

Catégories : #CULTURE

En Haïti, la majorité de la population est analphabète. Les lettrés qui, fort souvent, assimilent le fait d'avoir suivi un cursus académique à la condition d'intellectuel font partie de la sous-classe dirigeante. ( fonctionnaires, politiciens, journalistes, cadres, professions libérales, employés de bureau)

La question de l'éducation  en Haïti, en dehors du  sujet récurrent français/ créole, a fait l'objet de nombreuses réflexions. Souvent ont été pointés du doigt les aspects autoritaires et "jaquotrépète" qui ne  favorisent pas chez l'apprenant la réflexion personnelle, la pensée critique

et par delà, sa préparation à  être un acteur dynamique, un sujet pensant, dans la société haïtienne.

Un sujet capable de dialoguer, d'améliorer  ou de remettre en question  le savoir acquis

de manière à ce que ses décisions aillent dans le sens des intérêts de son pays et de la population.

 

Une sorte d'attachement quasi-puéril, non majeur

à des croyances  personnelles, des perceptions, obsessions  et interprétations

(C'est comme ça que ma maman me l'a appris (le créole)/ on m'a dit qu'après la guerre de l'indépendance les généraux haïtiens étaient morts de peur/ / Moi, je pense qu'il faut réinventer la roue, etc)

sont présentées comme du savoir.

Fort souvent ces "débats" s'achèvent sur des impasses quand ils ne se terminent par un bouquet d'insultes : "Aryere, populiste, complexé, mégalomane etc."

Un ensemble de comportements qui reflètent la pénurie à la fois intellectuelle et morale issue

de 29 ans + 5 d'enseignement duvaliériste  VOIR Lettre de Martelly à la Présidente de la Cour des Comptes

mais également la gestion catastrophique de l'Etat haïtien pris en otage depuis 1957 par une horde de prédateurs de l'extrême droite. VOIR AYITI EXTREME DROITE  et  AYITI ROSE RAKET

Aussi, j'ai pensé que ce texte, d'Olivier Reboul, pourrait enrichir la réflexion de celles et

ceux ouverts à la discussion qui ne sont pas dans la nostalgie de l'Haïti perle des Antilles du temps de l'esclavage, ni dans celle du temps paradisiaque de "avant ces 25 années"  des Duvalier, Max Adolphge, ti Bobob , Zacharie Delva, Avril et nombreuses autres figures de leur panthéon macabre. (jJ'en ferai la liste une autre fois)



Philosophie de l'Education
(PUF, Que sais-je ? Ed. 1997) pp. 77-80

Comme nous l'avons vu, les problèmes pédagogiques ont une dimension politique. On peut penser d'ailleurs qu'il existe une relation entre le régime politique d'une société et la pédagogie qu'elle utilise en enseignant.

Mais la relation n'est pas à sens unique, car si l'enseignement est déterminé par la société globale, il la détermine à son tour; il la fixe ou il la change.
A partir de là, nous poserons la question : que doit être un enseignement dans une société qui se veut démocratique ? Si la réponse est difficile, c'est que le mot "démocratie" est loin d'être univoque.
On le remarque avec la formule démocratiser l'enseignement. Certains la traduisent par : donner plus de liberté, plus de responsabilité aux élèves eux-mêmes; le contenu de la démocratisation est alors pédagogique avant tout. D'autres   traduisent la formule tout autrement : rendre tous les enfants égaux devant l'enseignement, soit en donnant à tous les mêmes chances, soit, ce qui est plus logique, en donnant plus de chances à ceux qui sont moins favorisés au départ, par des classes moins nombreuses, des cours de soutien, etc.

On le voit, pour les premiers, l'enseignement peut rester tout à fait inégalitaire, puisque rien n'empêche la pédagogie démocratique de confirmer les différences, donc les clivages entre plus et moins doués, entre futurs chefs et futurs subordonnés (cf. Meirieu, 1987).
Pour les seconds, l'enseignement peut rester autoritaire, l'essentiel étant que personne ne soit défavorisé. Nous pensons quant à nous qu'une démocratie ne peut sacrifier ni la liberté ni l'égalité. Posons un premier principe. Comme l'avait bien montré John Dewey, une société n'est réellement démocratique que si l'école forme réellement desdémocrates. Une pédagogie autoritaire risque de faire des êtres soumis ou des révoltés, une pédagogie laxiste des irresponsables. C'est pourquoi l'enseignement doit se fonder autant que possible sur l'autorité du contrat, par exemple la gestion commune de projets adoptés en commun. En tout cas, la démocratie exige que les élèves acquièrent dès que possible l'auto-discipline, le sens de la coopération, le respect de l'autre qui sont au principe même de son fonctionnement.
Un second principe est que l'enseignement fondamental dure le plus possible. Une société, en effet, n'est pas démocratique si elle contraint la plupart des jeunes à entrer trop tôt dans le monde du travail ou de la formation professionnelle et laisse à une mino-rité le loisir de se cultiver, car cette culture-là ne sera plus alors que celle d'une élite dirigeante. Bref, que tous reçoivent une culture de base aussi complète que possible, donc aussi longue qu'il le faut.
L'application de ce principe ne va pas de soi. En effet, qu'est-ce qu'il exige au juste : qu'on donne à tous le même enseignement fondamental (primaire et secondaire), ou au contraire qu'on différencie l'enseignement pour l'ajuster aux aptitudes de chacun?
Le même enseignement pour tous cette solution aboutit en fait à renforcer les inégalités, ou du moins à les confirmer. Ou bien, en effet, il s'agit d'un enseignement exigeant ; si des élèves ont besoin de plus d'aide, ou simplement de plus de temps pour l'assimiler, ils ne suivront pas et seront en état d'échec permanent. Ou bien, il s'agit d'un enseignement facile – comme dans ces pays où presque tous les jeunes se retrouvent diplômés de fin d'études secondaires; alors, oui, tous réussiront, mais à un niveau très bas, et les élèves vraiment forts s'imposeront autrement, par exemple en suivant des cours privés plus sélectifs et plus ambitieux. Bref, si l'on admet que les enfants, pour être égaux, ne sont pas pareils, on conclura qu'ils ne peuvent recevoir le même enseignement sans devenir réellement inégaux.
Alors, un enseignement différencié qui, tout en posant le même objectif fondamental pour tous, permet aux diverses catégories d'élèves de l'atteindre par des voies différentes et selon leur rythme propre ? Reste à savoir si la "pédagogie différenciée" supprime les inégalités qu'elle avait trouvées au départ, ou si au contraire elle les consacre. Il s'agit là d'un grave problème, à la fois politique et pédagogique, qu'une démocratie ne peut se résigner à laisser sans solution.
Posons pour finir un troisième principe. Etant destiné à tous, l'enseignement démocratique se doit d'être objectif. Nous évitons ici le terme "laÏque", trop connoté, trop lesté d'histoire de France. Et de même le terme "neutre" ; un enseignement ne peut pas être neutre; le fait même d'enseigner le français plutôt que tel dialecte, les sciences et non les sciences occultes, repose sur un choix.
D'ailleurs, exiger que l'enseignement soit démocratique, alors qu'il pourrait ne pas l'être, est déjà une position de valeur. Que voulons-nous dire alors par objectif? Saint Augustin écrivait : "Quel père serait assez fou pour envoyer son fils à l'école à la seule fin d'apprendre ce que le maître pense?" (De magistro, n° 45). Autrement dit, le maître est là pour enseigner des savoirs et des valeurs qui ne dépendent pas de sa subjectivité, qui le transcendent. Bien entendu, il a le droit d'avoir ses goûts, ses opinions; il est même souhaitable qu'il les fasse connaître à ses élèves, mais non qu'il les leur fasse apprendre, qu'il les leur enseigne. Alors, qu'est-ce qui est objectif ? D'une part, les savoirs qui ressortissent à la raison humaine, c'est-à-dire toutes les sciences et aussi les principes moraux sans lesquels une vie en société ne serait plus possible. Et, d'autre part, les opinions qui font l'objet d'un consentement culturel; or, une des opinions les plus fondamentales de notre culture est justement la démocratie.
Certains diront que la démocratie demande trop peu de son enseignement, qu'elle s'avère incapable d'inculquer ces valeurs qui enthousiasment les Jeunes, cimentent une société et donnent un sens à la vie. Pour nous, il s'agit là non d'une carence de la démocratie mais de son essence même. En effet, une société vraiment démocratique se reconnaît d'abord à ceci qu'elle n'est pas vouée à une valeur, mais à plusieurs, qui peuvent être ou paraître incompatibles, mais qui en tout cas ne dépendent pas du pouvoir, qui n'a pas à "dire le sens". Le rôle d'un Etat démocratique est tout au contraire de permettre à chacun de trouver par lui-même le sens de sa vie, en adulte. Un Etat n'est démocratique que s'il renonce à être une Eglise.
Maintenant, dans une société moderne, l'enseignement est, pour l'essentiel, public. Même quand il est juridiquement privé, il dépend de l'Etat (ou de la Région), qui lui impose ses programmes et ses examens, contrôle ses maîtres et le finance partiellement. En démocratie, ce pouvoir de l'Etat s'arrête au seuil des convictions, puisque sa fonction est de les protéger, non de les interdire ou de les créer. Maintenant, si un pouvoir privé, l'enseignement d'une Eglise par exemple, prétend à son tour créer ou interdire les convictions, il est juste que l'Etat intervienne et impose son contrôle pour protéger la liberté de croire. Que ce contrôle s'exerce mieux par un enseignement public unique oupar un enseignement interconfessionnel semi-public n'est pas notre problème. Disons simplement qu'en démocratie l'Etat (ce qui ne veut pas dire le gouvernement) doit contrôler l'enseignement pour éviter l'endoctrinement.
D'où un dernier problème : à quoi reconnaît-on l'endoctrinement ? (…)Un enseignement endoctrine, d'abord quand il réprime la pensée, quand, quels que soient ses buts, ses contenus ou ses méthodes, il impose aux gens de croire tout en leur laissant croire qu'ils pensent. Ensuite, un enseignement endoctrine quand il inculque la haine; la haine, c'est c'est à- dire le désir de nuire à toute une catégorie de gens, un peuple, une race, une confession, un désir à base de mépris et de crainte; car, enseignant la haine, on légitime la violence, on "apprend" la violence comme le seul recours et on détruit ainsi, dans son principe même, la démocratie.
On le voit : l'endoctrinement est la perversion de l'éducation. Il s'en attribue les finalités : préserver les jeunes et les former. Il s'en attribue les méthodes, toutes les méthodes, puisqu'on peut endoctriner par l'informatique ou par des entretiens non directifs aussi bien sinon mieux que par des cours et des examens. Il s'en attribue
surtout l'autorité, puisqu'il  présente comme un savoir ce qui n'est qu'un croire, puisqu'il légitime la haine et donc la  violence, alors que l'éducation n'a de sens que par des valeurs qui s'opposent au fanatisme, à la violence et à la haine. Des valeurs qui font l'homme majeur

cueep100.univ-lille1.fr/philo/education_democratie.pdf

JEU 26 AOÛ 2010

    

 

JEU 26 AOÛ 2010

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