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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Globalisation et Développement d’Haïti (1 de 2), par Leslie Péan

Publié par siel sur 11 Juillet 2013, 12:18pm

Catégories : #L.PEAN chronique

Publié le lundi 8 juillet 2013

Création de la première globalisation qui a fait suite à la « découverte » de l’Amérique en 1492, soit 71 ans après le voyage de l’amiral chinois Zheng He (1) en 1421, Haïti constitue en même temps une rupture avec le mouvement de subjugation et de contrôle des peuples par l’Occident chrétien. De la route de la soie empruntée par Marco Polo en 1271 à celle des épices liant l’Europe, l’Afrique et l’Asie va succéder le commerce triangulaire reliant l’Europe, l’Afrique et l’Amérique. Pour des raisons sociohistoriques, Haïti n’a pas pu ouvrir ses frontières pour accueillir les Blancs au cours des 18e et 19e siècles, comme ce fut le cas avec les grandes migrations qui ont contribué au développement de pays tels que les Etats-Unis d’Amérique. Très tôt, des débats ont eu lieu au sein des élites haïtiennes sur l’octroi du droit de propriété aux Blancs. Le racisme anti-noir dominant à l’échelle mondiale place Haïti dès sa naissance dans un univers sans avenir.

 

Les élites haïtiennes se battent contre la pensée européenne des Gobineau qui martèle l’infériorité des Noirs pour tenter de justifier, sinon l’esclavage, l’asservissement colonial. Des moments importants de ce combat sont l’appui donné par le gouvernement de Fabre Geffrard à l’abolitionniste John Brown en 1859 au point de baptiser la plus grande avenue de la capitale Avenue John Brown et de collecter 20 000 mille dollars pour sa veuve. On vit alors des Haïtiens tels que Prosper Élie, Louis Audain, Exilien Heurtelou échanger des correspondances avec Victor Hugo et se serrer les coudes pour appuyer la lutte de John Brown (2). D’autres éminents haïtiens continueront le combat contre le poids lourd du passé raciste dans le présent avec Louis Joseph Janvier et Anténor Firmin dont l’ouvrage « De l’égalité des races humaines » brille encore et tranche avec la grisaille des préjugés raciaux et de couleur.

 

Les luttes politiciennes exécrables dans lesquelles la mort rodait à chaque carrefour contribueront à atténuer le nationalisme au point que nombre d’Haïtiens qui n’avaient jamais laissé Haïti se déclaraient étrangers (à l’époque, on se disait Français) pour rester en vie (3). Cette aspiration à être étranger chez soi sera assez forte au point de combattre toute tendance xénophobe. Le refus du droit de propriété formel aux Blancs n’empêchait le développement des activités des hommes d’affaires allemands, français, anglais et américains. Ces investisseurs étrangers s’implantent dans certains secteurs tels que le sucre, le café, la coupe des bois, les chemins de fer, les usines électriques, la banque et la gestion des ports. Le fondamentalisme dessalinien a été mis en sommeil au point que, lors du Procès de la Consolidation de 1904, il fut conseillé au président Nord Alexis de kase fèy kouvri sa, car il s’agissait d’étrangers en lui expliquant « les mille dangers qui en résulteraient, et surtout l’exécrable renommée dont la presse européenne ne manquerait pas de le couvrir (4). » Toutefois, les Constitutions haïtiennes ont gardé l’abolition de la propriété pour l’homme blanc jusqu’à l’occupation américaine de 1915. D’ailleurs, la Constitution de 1918 a été écrite par les Américains et imposé aux Haïtiens.

 

Essentiellement, les capitaux sont faibles au cours de ce premier siècle de la nation haïtienne. L’économie haïtienne n’a jamais pu s’affranchir de son héritage colonial. Ce dernier s’est même renforcé quand en 1825, le gouvernement mulâtriste de Boyer a accepté de payer 150 millions de francs à la France, tout en réduisant de moitié les droits de douane devant être payés par les navires marchands français en Haïti. De plus, Haïti sera obligée de contracter un emprunt de 30 millions de francs pour payer la première échéance de cette dette. L’ignorance des élites haïtiennes conduit d’une part à la diminution des capitaux disponibles en Haïti, mais d’autre part, cette ignorance crasse et sordide renforce la dépendance de l’économie haïtienne et sa vulnérabilité aux crises, à un moment où la première grande crise du capitalisme international se produit en 1825.

 

Le deuxième coup fatal porté à l’accumulation est donné par le gouvernement noiriste de Salomon qui livre la gestion des finances haïtiennes à la Banque Nationale d’Haïti entièrement contrôlée par la banque française Société Générale de Crédit Industriel et Commercial en 1880. Les quelques entreprises haïtiennes qui se développaient dans les secteurs du tabac, du sucre, du café, du cuir, de la glace, des vêtements, du bois, des vivres, des confiseries, des médicaments et du transport maritime ne trouveront pas de financement auprès de la banque française. Bien-Aimé Rivière, dit Mémé, est un prototype de ces entrepreneurs haïtiens de la fin du 19e siècle. La banque financera plutôt le gouvernement au détriment du secteur privé. D’ailleurs, le gouvernement de Salomon devait massacrer un grand nombre de ces entrepreneurs privés (5) au cours des journées sanglantes des 22 et 23 novembre 1883.

 

L’inféodation aux intérêts étrangers

SUITE à : link

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