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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Immense surprise à la réunion du 31 mars à New York pour la reconstruction d'Haïti

Publié par Elsie HAAS sur 1 Avril 2010, 09:30am

Catégories : #REFLEXIONS perso


De notre correspondant sur place


Les mauvaises langues s’attendaient à ce que cette réunion qui a suscité tant d’espoirs chez les Haïtiens accouche d’une  pléiade de promesses sans lendemain.
Il est vrai que les gouvernements  haïtiens qui se sont succédé depuis 2004 ont eu droit à moult valses de milliards virtuels qui devaient aider ce pays le plus pauvre de l’hémisphère ouest à faire face aux désastres naturels qui se sont abattu sur la population de cette île qu’on croirait maudite. Quand nous disons île,  nous ne parlons pas, bien sûr, d'Hispagnola, il s’agit  bien d'Haïti et non pas de la République Dominicaine qui, elle, est un véritable paradis pour les touristes.


Que s’est-il passé  de si marquant ce 31 mars 2010 au siège de l’ONU à New York ?
La délégation haïtienne menée par le Président haïtien en personne, accompagné de son Premier ministre et de ses éminents conseillers  à l’économie, au tourisme et à la reconstruction, s’était à peine installé  devant ses pupitres couverts de documents et de dossiers de toutes les couleurs que le représentant de l’Espagne prenait la parole.
«  L’Eglise d’Espagne ", déclare-t-il, " m’a chargé d’un message à la nation haïtienne. Elle prie le peuple haïtien qui vit actuellement une des plus grandes tragédies de son histoire, de bien vouloir recevoir ses excuses  pour avoir génocider les  premiers habitants de l’île et les avoir remplaçés par des Africains réduits en esclavage.
Le gouvernement socialiste espagnol conscient des richesses accumulées grâce à ce commerce,  appuie la position de l’Eglise catholique apostolique romaine de l’Espagne et propose en réparation d’apporter au gouvernement haïtien le montant que celui-ci aura  l'obligeance de fixer »

La délégation haïtienne stupéfaite,  se remet à peine de son étonnement quand, le délégué de la France se lève à son tour, et proclame sur un ton qui n’est pas sans rappeler celui de M. de Villepin lors de la fameuse session qui devait décider de la guerre contre l’Irak :
« La patrie des droits de l’Homme, le pays des Lumières se fait un honneur, aujourd’hui où Haïti vit un drame, de lui rembourser la dette de l’Indépendance. En effet c’est un devoir pour la France  de rendre à Haïti ce qui lui a été usurpé par la force, sous la menace des canons, alors que ce petit pays en était encore au stade du berceau. Nous sommes, comme nos voisins espagnols déterminés à écouter toutes les propositions de réparations qui émaneront du gouvernement haïtien. Ce n'est que justice.»
Mais ce n’est pas tout, voici que l’homme des USA, prend la parole :

« Les Etats Unis d’Amérique, le pays le plus puissant au monde bien que paradoxalement le plus endetté, reconnaît avoir agi tout au long de l’histoire d’Haïti de manière à ce que ce petit pays ne soit indépendant que sur le papier. En effet, Washington en imposant de manière constante et résolue une politique contraire aux intérêts de ce pays a contribué sciemment  à sa faillite économique. Parmi une kyrielle d’exemples, il suffira de rappeler, l’occupation américaine et le vol de la réserve d’or encore détenue dans nos banques, l’affaire des plantations de caoutchouc, celle du cochon noir et celle plus récente du riz subventionné de nos chers fermiers qui a ruiné des masses de paysans, les forçant à s’exiler à Port-au-Prince et dans notre cher pays.  C’est pourquoi, tout comme le représentant de l’Espagne et celui de la France, les Etats Unis d’Amérique prient le peuple haïtien d’accepter leurs excuses et demande au gouvernement haïtien de lui présenter ses propositions. Votre prix sera le nôtre. »
Le grand patron socialiste du FMI après avoir décrit les piètres résultats en Haïti de  la politique appliquée par l’institution en question, rappelle qu’il n’était pas à sa tête  à cette époque. Et que, bien entendu, lui également était tout à fait fin prêt à réparer les dommages que 30 ans de politique néolibérale ont causés au pays le plus pauvre de l’hémisphère ouest.
Quant aux représentants de la BM, de la BID, et tutti quanti, ils se sont contentés d’appuyer les déclarations de leur  éminent collègue.
Le Canada, rappelle qu’il a sur son territoire une forte population haïtienne, que cette population  de cadres, il y a une trentaine d’années, a apporté sa contribution au développement de son pays, et aura permis  au Québec de faire  des économies certaines, vu qu’il n’avait pas eu à  faire de dépenses pour sa formation. Et vu que ses firmes canadiennes ont obtenu quasi gracieusement le monopole de l’exploitation du riche sous-sol de ce pays le plus pauvre de l’hémisphère ouest, il lui paraît tout à fait équitable et légitime d’écouter  d'une bonne oreille les propositions du gouvernement haïtien et d’accéder dans la mesure du possible à ses demandes. Et c'est par une phrase vibrante d'enthousiame qu'il conclue son allocution :

  « Messieurs, les cartes sont sur la table. »
La délégation haïtienne, figée, pétrifiée, n’en croit pas ses oreilles.
Frappée de commotion, elle reste muette.
Un lourd silence,  à la mesure de celui qui s’est emparé du gouvernement à la suite du séisme du 12 janvier, 2010 tombe sur l’hémicycle.
Finalement, le Président se résigne à prendre la parole :
« Chers amis de la  Communauté Internationale, le peuple haïtien tout entier en mon nom, vous remercie. Cependant, en tant que son représentant, je me dois de vous rappeler que vous ne lui devez rien.
Le passé c’est le passé. L’histoire est faite de vainqueurs et de vaincus. Nous sommes les vaincus. Le monde est fait de pauvres et de riches. Nous sommes pauvres. Aussi, il ne saurait être question pour nous de fuir nos responsabilités. Le peuple haïtien qui a montré, tout au long de son histoire, qu'il était passé docteur es-résilience, ne saurait résilier ses dettes. (
Applaudissements). Cette masse analphabète dont seul le travail  acharné dans les champs de canne et de café pendant plus d'un siècle, a permis à l'Etat de rembourser les engagements pris par mon illustre prédécesseur, le président Boyer vis à vis de la France éternelle. Des générations entières d' Haïtiens, des mornes et des bidonvilles, patriotes conséquents, patriotes réels, fiers et dignes sont prêts, - comme jadis sous la protection tutélaire et bienveillante de l'armée nationale (FAD'H) et des Volontaires de la sécurité nationale (VSN), aujourd'hui  sous celle de la police nationale et de la Minustah- à naître, vivre et mourir dans la boue afin de rembourser l'argent que nous empruntons en leur nom.  Le Premier ministre l’a dit dans une réunion précédente au Canada, et je me permets de vous rappeler ses propos «  Nous n’avons pas de problèmes à payer nos dettes. " Messieurs et Mesdames faîtes vos jeux ! "
Une pluie d’applaudissements déferle sur l’hémicycle dont tous les membres se lèvent pour une "standing ovation" au généreux Président de la petite République noire.

Mezanmi, ceci n’est qu’un misérable compte  conte à dormir debout,

Improvisé pour le 1er avril.

Un hommage à cette  unique journée dans l’année

où  exceptionnellement les poissons ont droit à la parole.

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