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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Invitation de la "Communauté haïtienne du nord de la France" à l'occasion du 10 mai

Publié par siel sur 8 Mai 2013, 12:41pm

Catégories : #CULTURE

 

Le 10 mai est le jour de la commémoration de l'abolition de l’esclavage.

La "Communauté haïtienne du nord de la France" vous invite à 

l'Univers

16 rue Georges Danton, 59 000 Lille (près de la rue de Cambrai), 

le vendredi 10 mai 2013 dès 19 h 

 

19 h : Collation haïtienne  (PAF)

 

 20 h 15 : film de Guy Deslauriers  

"Le Passage du Milieu"

 

Entrée 5€/ tarif réduit adhérents, étudiants 3 €

 

Vous serez en même temps  solidaire de notre association dont l'un des objectifs est de reconstruire une école détruite par le séisme en Haïti.

 

Abolition définitive de l’esclavage à Saint-Domingue:

que la France est belle et forte quand elle est fidèle à elle-même !


Evry Archer

 

                                                   (Discours prononcé le 10 mai 2012 sur le parvis des droits de l'Homme, Place de la République, à Lille, à l'occasion de la commémoration de l'esclavage)

 

L’esclavage ne se confond pas avec "la traite négrière"; celle-ci n'en a été que l’apogée par le nombre des victimes, par sa place dans l’économie et la politique des États sur une très longue période, et par le recours  aux arguments racistes dans les tentatives, même récentes, voire actuelles, de justification. L'esclavage à Saint-Domingue, de la conquête coloniale jusqu'au lendemain de la Révolution Française, et son abolition effective par les Nègres eux-mêmes me semblent beaucoup plus riches de significations et de sujets de réflexions, que pourrait laisser croire la place qui  leur est réservée dans les histoires nationales des puissances esclavagistes d'alors.

 

Forme archaïque et encore actuelle de la domination absolue de certains êtres humains par d’autres, l’esclavage fait d’un individu une propriété, une bête de somme. Son propriétaire dispose souverainement de son corps, de son travail et de ses biens. Il peut le vendre, le louer, le céder à bail, l’estampiller de son nom en le marquant au fer rouge. C'est un travailleur sans salaire, ni droit, écrasé de devoirs, un "instrument actif", - selon la terminologie aristotélicienne - entretenu uniquement pour ses usages, comme les autres outils de production, les "instruments passifs".

 

Depuis l’Antiquité, l’esclave est généralement un soldat vaincu, ou un civil appartenant à un peuple vaincu, ou, plus rarement, une personne asservie pour dette insolvable, ou encore un enfant abandonné ou survivant, exposé au public et recueilli. 


L’esclave, c’est surtout un étranger! Ainsi, il n’était autorisé aux anciens Hébreux de réduire en esclavage que les personnes extérieures à la communauté. De même, en terre d’Islam, la charia – qui, on le sait, s’appuie sur le Coran et les paroles du Prophète (hadiths) – indique que seuls peuvent être esclaves: les enfants d’esclaves, les prisonniers de guerre et quiconque provient d’un pays non musulman. On peut lire dans l’Ancien Testament, «Les serviteurs et servantes que tu auras viendront des nations qui vous entourent (…) Ils seront vos propriétés et vous les laisserez en héritage à vos enfants après vous, pour qu’ils les possèdent à titre de propriété perpétuelle. Vous les aurez pour esclaves; mais sur vos frères, les enfants d’Israël, nul n’exercera un pouvoir arbitraire» (Lévitique, chapitre XXV, versets 44 à 46).

 

Le Nouveau Testament en dispose autrement: en l’an 49, Saint-Paul écrit aux Galates: «Il n’y a plus ni Juif, ni Grec. Il n’y a plus ni esclave ni homme libre.(…) Car vous n’êtes qu’une personne dans le Christ Jésus». Notons la relation causale implicite entre «Il n’y a plus ni Juif, ni grec» et «Il n’y a plus ni esclave ni homme libre». Pas de distinction identitaire pertinente de race et de religion, donc pas d'esclave.

 

La première prise de positon officielle de la France sur l’esclavage date du 3 juillet 1315: dans un édit méconnu et oublié, Louis X le Hutin affirme: «selon le droit de nature, chacun doit naître franc» (…) «Le sol de France affranchit l’esclave qui le touche». Mais des intérêts importants du pays, ou de telles ou telles de ses catégories sociales, vont modifier cette pétition de principe. Le tristement célèbre «Code Noir» de 1685, préparé par Colbert et signé par Louis XIV en est un exemple.

 

L’épitre de Paul aux Galates n’empêche pas le pape Nicolas V d’autoriser par une bulle (datant du 8 janvier 1454) le roi du Portugal à réduire en esclavage «les Sarrasins, les païens et autres ennemis du Christ», et de déclarer; «Il n’est pas contraire à la saine théologie de faire des Nègres des esclaves, puisque, comme les bêtes, ils n’ont pas d’âme».Mais d’autres papes réagissent autrement: Pie II en 1462 qualifie l’esclavage de «crime énorme» et, en 1537, le pape Paul III condamne fermement toute forme d’esclavage.

 

On sait que, suite à la controverse de Valladolid, Charles-Quint affranchit en 1550 tous les esclaves des Indes occidentales et que Sébastien 1er du Portugal en fait de même en 1570.

 

Tout s’aggrave avec le «commerce triangulaire»: des navires partent d’Europe, chargés de marchandises diverses, en échange desquelles sont achetés sur les côtes africaines des Noirs captifs qui sont transportés en Amérique où ils sont vendus, et ces navires reviennent en Europe, remplis de productions coloniales. Ce commerce commence quelques années seulement après le premier voyage de Christophe Colomb en Amérique. (Déjà, au retour de son deuxième voyage, Colomb amène en Espagne trois cents «Indiens» captifs et les vend 5000 maravédis chacun. Dès son troisième voyage, en 1498, des Noirs sont embarqués dans les caravelles.) La vitesse de croisière de ce massacre au long cours est atteinte entre 1503 et 1517, après qu'aient été décimés le million d'autochtones trouvés sur le sol de l'ïle d'Haïti  par le navigateur génois et ses terribles compagnons.

 


La "traite négrière" est à l’origine du plus grand génocide de l’histoire. Le nombre de morts en Afrique du fait, directement de la «traite négrière», est estimé à 50 à 65 millions. Entre 15 et 18 millions d’Africains ont été embarqués à bord des bateaux négriers. Le taux moyen de mortalité  pendant la traversée était de 30% au début de la «traite négrière», puis progressivement ramené à 15%, soit entre 2,5 et 3 millions de morts. Le nombre des Nègres victimes de l'esclavage dans l'une ou l'autre colonie n'est pas connu: la mortalité des esclaves sur les plantations d’Amérique était épouvantable: l’espérance de vie à partir du débarquement, à Saint-Domingue, par exemple, était de dix ans.

 

Du début du XVIème siècle au milieu du XIXème, toutes les puissances maritimes européennes participent à la "traite négrière", mais quatre pays en assurent plus de 90% : le Portugal (5,650 millions de transplantés recensés), l’Angleterre (3,6 millions), l’Espagne (2,6 million), la France 2,3 millions)...

 

La France

 

Après sa défaite dans la guerre de Sept ans et le traité de Paris de 1763, la France abandonne le projet de la "Nouvelle France" en Amérique du Nord, au profit des plantations esclavagistes tropicales (à Saint-Domingue, à la Martinique, en Guadeloupe, dans la Guyane française et dans les Mascareignes), ayant fait le choix cohérent et ambitieux, assuré par Choiseul, d’être le fournisseur de l’Europe en denrées coloniales – sucre, café, indigo, tabac… - ce qui implique une traite négrière intensive. Ainsi se multiplient les expéditions triangulaires : 3289 entre 1713 et 1792 (1402 de Nantes, 423 de La Rochelle, 399 du Havre, 343 de Bordeaux, 214 de Saint-Malo…). La France n’abolira l’esclavage que le 4 mars 1848

 

Saint-Domingue

 

L’Assemblée Constituante vote les décrets des 13 et 15 mai 1791 appelant à la vie civique ceux des hommes de couleur nés de pères et de mères libres; mais elle maintient l’esclavage. Les Girondins qui représentent  la grande bourgeoisie, surtout bordelaise, y sont très attachés, si l’on peut dire, à cause des profits considérables qu’elle en tire. L’Assemblée Législative accorde le 21 mai 1792 la totalité des droits politiques aux hommes de couleur libres, quel que soit le statut de leurs parents; mais elle maintient aussi l’esclavage. Après la chute des Girondins, et surtout après la grande révolte des esclaves de Saint-Domingue déclenchée par Bouckman - et dont la cérémonie inaugurale, dite du Bois Caïman, est décrite dans tous les manuels scolaires d’histoire d’Haïti -, les Commissaires conventionnels à Saint-Domingue, Sonthonax et Polvérel, proclament en 1793 la liberté générale des Noirs.

 

La Convention Nationale vote enfin le 5 février 1794 l’abolition de l’esclavage. Il faut dire que, dans ses luttes contre les autres puissances coloniales - Angleterre et Espagne, notamment - désireuses, elles aussi, d’occuper Saint-Domingue pour bénéficier de ses esclaves, ainsi que des richesses de son sol et de son sous-sol, la France voulait s’assurer le concours des autochtones, organisés à Saint-Domingue en troupes militaires autonomes constituées surtout de nègres marrons, esclaves ayant pris le maquis, devenus soldats, munis d'armes prises à la maréchaussée ou fabriquées de bric et de broc..

 

En 1801, l’ancien esclave noir Toussaint Louverture, nommé, par un décret de la Convention, général français, et devenu maître incontesté de toute l’île, donne, de manière unilatérale, une véritable constitution à la colonie de Saint-Domingue, lui accordant une certaine autonomie, et dont l’article 3 proclame l’abolition de l’esclavage.

 

Le Premier Consul, promulgue le 20 mai 1802 une loi qui rétablit l’esclavage dans les colonies. Napoléon Bonaparte, envoie 40 000 soldats, « des héros de l’Adige et du Rhin », commandés par son beau-frère, le Général Charles  Leclerc, le mari de Pauline Bonaparte, pour rétablir l’esclavage. Il sera remplacé après sa mort par le cruel Donatien de Rochambeau. Et une guerre sans merci se poursuit, entre deux armées portant le drapeau bleu-blanc-rouge et chantant la Marseillaise: l’une noire, constituée d’esclaves en guenilles, défend la liberté, l’égalité, la fraternité, ayant juré de «vivre libre ou mourir»; l’autre, blanche, formée des troupes d’élite issues de la meilleure armée européenne de l’époque, investie par la France des Lumières et des Droits de l’Homme, de la mission de rétablir l’esclavage.

 

Et, lorsque Toussaint Louverture est arrêté par traîtrise et déporté en France où il meurt de froid et de faim au Fort de Joux, dans le Jura, le 7 avril 1803, l’armée anti-esclavagiste s’érige en armée de libération et d’indépendance, se donne un drapeau bicolore le 18 mai 1803, en supprimant le blanc du drapeau français (symbole voulu et assumé), et en plaçant horizontalement les bandes bleu et rouge. Après la bataille décisive de Vertières, le 18 novembre 1803, la naissance le 1er janvier 1804 du premier État Noir de l’époque moderne consacre la victoire des idéaux de la liberté, d’égalité et de fraternité sur les projets esclavagistes de l’armée de Bonaparte.

 

Certes, écrit un historien français, « Les généraux haïtiens, noirs et mulâtres, qui ont guerroyé contre l’armée de Bonaparte, étaient pour la plupart des illettrés, ou même des analphabètes. Disons le à leur gloire: ils avaient pourtant assimilé la tactique militaire occidentale. L’art de la stratégie leur était familier. Pour obtenir leurs grades dans l’armée française, ils avaient dû lutter contre anglais et espagnols qui avaient envahi Saint-Domingue.» Pourtant le poète haïtien Tertulien Guilbaud, en 1885, explique plutôt la victoire des esclaves révoltés de Saint-Domingue par la différence énorme entre les idéaux au nom desquels combattaient les héros des deux camps: c’est parce que cette France de Bonaparte avait renié des missions typiquement françaises, dit-il, pour tenter d’imposer l’esclavage dont la perspective donnait à l'armée de libération l'énergie du désespoir, qu’elle a été battue par des va-nu-pieds auxquels la Révolution Française avait appris à se sacrifier pour des idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité en chantant la Marseillaise. Voici la fin du poème de Tertulien Guilbaud :

 

Oh ! Oui, tes vieux soldats, ces géants intrépides

Que durent contempler du haut des Pyramides

Quarante siècles révolus,

Tes soldats endiablés, criblés comme des cibles,

Tes soldats invaincus, tes soldats invincibles,

France, nous les avons vaincus.

 

C’est qu’hélas, reniant leur mission sublime,

Ils étaient devenus les complices du crime,

Et que leurs vieux drapeaux portaient dans leurs plis noirs

L’Esclavage, qui fait naitre les désespoirs.

(…)

Notre victoire à nous, c’est encore la tienne.

Si devant nul assaut, l’armée haïtienne

Jamais ne recula; s’ils eurent, nos guerriers,

Pour affronter l’horreur des canons meurtriers,

Ce dédain de la mort et cette audace fière,

C’est qu’ils savaient chanter la Marseillaise altière.

 

Ainsi, dans cette étrange guerre, ce n’était pas le corps expéditionnaire de Bonaparte, mais plutôt l'armée ennemie, ces héros affamés, en guenilles, dignes et fiers, prêts à mourir pour que vive la devise combien française - liberté, égalité, fraternité - qui avait le visage de la France; - pour parodier André Malraux. Ils étaient admirables et indomptables: la France est si belle et si forte quand elle est fidèle à elle-même.

 

Louis de Jaucourt

Cet achat de nègres pour les réduire en esclavage est un négoce qui viole la religion, la morale, les lois naturelles et tous les droits de la nature humaine.

Louis de Jaucourt, 1766, Encyclopédie, article "Traite des Nègres", dans Encyclopédie, ou, Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des Métiers, paru chez Flammarion, 1986, p.337, Alain Pons.

 

Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre

Je suis fâché que des philosophes qui combattent les abus avec tant de courage n'aient guère parlé de l'esclavage des noirs que pour en plaisanter, ils se détournent au loin; ils parlent de la Saint-Barthélémy, du massacre des Mexicains par les Espagnols, comme si ce crime n'était pas celui de nos jours, et auquel la moitié de l'Europe prend part. Y a-t-il donc plus de mal à tuer tout d'un coup des gens qui n'ont pas nos opinions, qu'à faire le tourment d'une nation à qui nous devons nos délices? Ces belles couleurs de rosé et de feu dont s'habillent nos dames, le coton dont elles ouatent leurs jupes; le sucre, le café, le chocolat de leurs déjeuners, le rouge dont elles relèvent leur blancheur : la main des malheureux noirs a préparé tout cela pour elles. Femmes sensibles, vous pleurez aux tragédies, et ce qui sert à vos plaisirs est mouillé des pleurs et teint du sang des hommes !.

« Voyage à l'Ile de France » (1769), dans Oeuvres complètes, Bernardin de Saint-Pierre, éd. Méquignon-Marvis, 1818, t. 1, Lettre XII, Des Noirs, 1769, p. 162

 

 

Nicolas de Condorcet

Quoique je ne sois pas de la même couleur que vous, je vous ai toujours regardés comme mes frères. La nature vous a formés pour avoir le même esprit, la même raison, les mêmes vertus que les blancs. Je ne parle ici que de ceux d'Europe; car pour les blancs des colonies, je ne vous fais pas l'injure de les comparer avec vous ; je sais combien de fois votre fidélité, votre probité, votre courage ont fait rougir vos maîtres. Si on allait chercher un homme dans les îles de l'Amérique, ce ne serait point parmi les gens de chair blanche qu'on le trouverait. Votre suffrage ne procure point de places dans les colonies; votre protection ne fait point obtenir de pensions; vous n'avez pas de quoi soudoyer des avocats : il n'est donc pas étonnant que vos maîtres trouvent plus de gens qui se déshonorent en défendant leur cause, que vous n'en avez trouvé qui se soient honorés en défendant la vôtre.

« Réflexions sur l'esclavage des nègres » (1781), dans Oeuvres de Condorcet, Nicolas de Condorcet, éd. Firmin Didot frères, 1847, t. 7, p. 63

 

 

Napoléon Bonaparte

Comment a-t-on pu donner la liberté à des Africains, à des hommes qui n'avaient aucune civilisation, qui ne savaient seulement pas ce que c'était que colonie, ce que c'était que la France ? Il est tout simple que ceux qui ont voulu la liberté des Noirs, veuillent encore l'esclavage des Blancs. Mais encore croyez-vous que, si la majorité de la Convention avait su ce qu'elle faisait, et connu les colonies, elle aurait donné la liberté aux Noirs ? Non sans doute : mais peu de personnes étaient en état d'en prévoir les résultats, et un sentiment d'humanité est toujours puissant sur l'imagination. Mais à présent tenir encore à ces principes, il n'y a pas de bonne foi, il n'y a que de l'amour-propre et de l'hypocrisie.

Réponse de Napoléon à Truguet hostile aux colons des îles et à l'esclavage.

Napoléon Bonaparte, 21 ventôse an XI, Paris, séance du Conseil d’Etat, dans Le Consulat et l'Empire, paru chez Jules Renouard, 1834, p.323, A.C Thibaudeau.

 

Général Rochambeau

Je vous envoie, mon cher commandant, un détachement de cent cinquante hommes de la garde nationale du Cap, commandés par M. Bari, il est suivi de vingt-huit chiens bouledogues. Ces renforts vous mettront à même de terminer entièrement vos opérations. Je ne dois pas vous laisser ignorer qu'il ne vous sera passé en compte aucune ration, ni dépense pour la nourriture de ces chiens. Vous devez leur donner des nègres à manger. Je vous salue affectueusement.

Le général Rochambeau chargé par Napoléon Ier de reconquérir Haïti écrit au général Ramel le 15 germinal 1803. Rochambeau ajouta "Le capitaine général trouvait très déplacée ma répugnance à me servir des chiens, je ne pus jamais lui faire entendre raison".

Général Rochambeau, avril 1803, Haïti, dans Vie de Toussaint Louverture, paru chez Ollendorf, 1889, p.373, Victor Schoelcher.

Victor Schoelcher

Les Noirs ne sont pas stupides parce qu’ils sont noirs mais parce qu’ils sont esclaves.

Esclavage et colonisation (1948), Victor Schoelcher, éd. PUF, 1948, p. 71

 

Aimé Césaire

On aurait peine à s’imaginer ce qu’à pu être pour les Nègres des Antilles la terrible époque qui va du début du XVIIè siècle à la moitié du XIXè siècle, si depuis quelque temps, l’histoire ne s’était chargée de fournir quelques bases de comparaison. Que l’on se représente Auschwitz et Dachau, Ravensbrück et Mathausen, mais le tout à l’échelle immense, celle des siècles, celle des continents, l’Amérique transformée en "univers concentrationnaire", la tenue rayée imposée à toute une race, la parole donnée souverainement aux Kapos et à la schlague, une plainte lugubre sillonnant l’Atlantique, des tas de cadavres à chaque halte dans le désert ou dans la forêt et les petits bourgeois d’Espagne, d’Angleterre, de France, de Hollande, innocents Himmlers du système, amassant de tout cela le hideux magot, le capital criminel qui fera d’eux des chefs d’industrie. Qu’on imagine tout cela et tous les crachats de l’histoire et toutes les humiliations et tous les sadismes et qu’on les additionne et qu’on les multiplie et on comprendra que l’Allemagne nazie n’a fait qu’appliquer en petit à l’Europe ce que l’Europe occidentale a appliqué pendant des siècles aux races qui eurent l’audace ou la maladresse de se trouver sur son chemin. L’admirable ait que le nègre ait tenu !

Esclavage et colonisation (1948), Victor Schoelcher, éd. PUF, 1948, Introduction par Aimé Césaire, p. 17-18

 

 

 

 

 

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