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Le Monde du Sud// Elsie news

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Haïti, les Caraïbes, l'Amérique Latine et le reste du monde. Histoire, politique, agriculture, arts et lettres.


Tentative de réhabilitation de Jean-Claude Duvalier (3ème partie) Par Robert Berrouët-Oriol) Par

Publié par siel sur 27 Avril 2013, 12:36pm

Catégories : #DUVALIER

Au nom du Père et du Fils et de Saint-Nicolas

 

Cartes sur table. Au nom  de la liberté d’expression, du droit à la pluralité des voix dans l’espace public, les médias haïtiens peuvent-ils se permettre, aujourd’hui, de publier un manifeste pédophile, un texte antisémite, une apologie du racisme, un factum à la gloire du nazisme, une béatification de Mussolini et de Pinochet? À bien comprendre ce que nous enseigne Albert Camus, –«tout est permis ne veut pas dire que rien ne soit défendu», y a-t-il un code éthique et déontologique appelé à encadrer la liberté d’expression dans les médias haïtien? Dans mes domaines de recherche et d’écriture –la linguistique et la littérature–, ai-je le droit de diffuser, par exemple dans Le Nouvelliste, les bonnes feuilles du très grand écrivain français Louis-Ferdinand Céline tirées de ses œuvres antisémites ayant pour titre  «Bagatelles pour un massacre» et «L'École des cadavres» sans déshonorer mes amis Juifs et la mémoire des millions de Juifs massacrés par le système-Hitler durant la seconde Guerre mondiale? Haïti dispose-t-elle aujourd’hui d’un dispositif juridique contraignant et punissant le délit d’apologie de crimes contre l’humanité dont le duvaliérisme, en Haïti, a constitué la machinerie infernale la plus aboutie?

J’avais en tête ces questions taraudantes au constat que Le Nouvelliste de Port-au-Prince avait franchi la ligne rouge la fin de semaine du 20 avril 2013 en publiant un texte laudateur, mystificateur et négationniste d’un pâle descendant d’une lignée de dictateurs, un certain François-Nicolas Duvalier, petit-fils du tyran du même nom, le fondateur de la plus violente dynastie assassine de l’histoire nationale. Sans mise en garde de la rédaction, sans distance critique de sa part et certainement sans décence aucune, le Nouvelliste a ouvert avec largesse ses précieuses et si sélectives pages au dénommé François-Nicolas Duvalier en publiant, le 19 avril 2013, son hallucinant hommage ainsi titré: «In memoriam Dr François Duvalier, président à vie1».

L’horreur. Le choc. La gifle. Cet article, qui s’inscrit tout naturellement dans l’actuelle entreprise de falsification de l’histoire nationale, atteint de plein fouet les victimes et familles de victimes du duvaliérisme…

Car la parole duvaliériste, qui a longtemps tyrannisé toute parole citoyenne, ne saurait être censurée par Le Nouvelliste, on l’a une fois de plus constaté ces derniers temps… Alors ils sont très nombreux, en Haïti comme en diaspora, les lecteurs qui s’estiment bafoués voire agressés par cet article, qui signe l’accompagnement consanguin et ouvertement hospitalier que le journal Le Nouvelliste –au motif de vouloir s’en tenir à un «journalisme objectif» soucieux de «donner la parole à toutes les parties», accorde à l’entreprise de réhabilitation du nazillon Jean-Claude Duvalier et du duvaliérisme. Une vive levée de boucliers contre cette entreprise négationniste, sur les réseaux sociaux, sur Facebook et dans les commentaires postés à même les pages (non encore censurées) du Nouvelliste, en a fait foi. Nombreux sont les internautes qui disent ouvertement non à la collusion incestueuse entre la lèpre duvaliériste et Le Nouvelliste.

Plusieurs observateurs s’inquiètent d’ailleurs de ce qu’ils appellent «le pacte» qui semble avoir été conclu entre certains secteurs de la société, le PUN duvaliériste et des ayants-droits d’anciens régimes en embuscade qui veulent vassaliser la presse… Alors ce n’est pas la casuistique bluffante du rédacteur en chef du Nouvelliste qui saura embaumer le sentiment révulsif vécu par tant de lecteurs de ce journal au sortir du texte du petit-fils du tyran. «François Duvalier doit-il deux fois nous imposer le silence?2» brait le rédacteur en chef du Nouvelliste dans une sinueuse autojustification datée du 23 avril 2013. Certainement pas puisque la parole duvaliériste n’étant jamais censurée par le seul quotidien d’Haïti, l’apologie du duvaliérisme peut librement s’exprimer dans ce journal alors même que plusieurs voix citoyennes, qui s’opposent à pareille apologie, sont sans états d’âme l’objet d’une clanique et surtout politique censure au Nouvelliste3 … En clair: contrairement à ce que veut faire croire le rédacteur en chef du Nouvelliste lorsqu’il tente malignement de se parer de l’aura intellectuelle de Georges Anglade, lire l’Histoire contemporaine d’Haïti d’un œil critique et libre, regarder en face le duvaliérisme n’autorise à aucun moment d’en excuser ni d’en justifier l’apologie dans Le Nouvelliste. Vouloir contredire ce principe éthique c’est déjà vouloir insulter l’intelligence des lecteurs du Nouvelliste. À ma connaissance, Le Nouvelliste est le seul journal haïtien qui censure des voix citoyennes (dissidentes) tout en donnant généreusement la parole, du même mouvement, aux voix duvaliéristes, à l’apologie du duvaliérisme... Alors, cartes sur table: ce qui est rigoureusement en débat, ici, ce n’est pas le droit d’un rejeton de la fratrie Duvalier de s’exprimer, d’honorer son grand-père –ce qui relève strictement de la sphère de l’intime. Ce qui fait débat c’est plutôt la gracieuse hospitalité qu’offre ouvertement Le Nouvelliste –dans le contexte d’une tentative de réhabilitation du duvaliérisme et au moment où les victimes osent témoigner devant la justice–,  à l’apologie d’un sinistre dictateur et de son système qui ont fait tant de tort au pays. Ce qui fait débat, c’est, dans les pages du Nouvelliste, la banalisation de l’apologie du duvaliérisme, du tyran Papa Doc, au creux d’une tentative de réhabilitation de Jean-Claude Duvalier poursuivi en justice, en Haïti, pour tous les crimes de sa dictature. Il y a donc lieu d’inverser la proposition du rédacteur en chef du Nouvelliste: «l’hospitalité offerte par Le Nouvelliste à l’impunité comme à  l’apologie du duvaliérisme doit-elle deux fois nous imposer le silence?»

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